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Billet de blog 19 avril 2008

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In memoriam Sandro Pertini

En 1983, voilà déjà vingt-cinq ans, Toto Cutugno offrait au public sa chanson L'Italiano : « Partigiano come Presidente » ([nous avons] un partisan comme Président). Il s’agissait d’Alessandro (Sandro) Pertini (1896-1990), qui occupa le palais du Quirinal de 1978 à 1985.

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En 1983, voilà déjà vingt-cinq ans, Toto Cutugno offrait au public sa chanson L'Italiano : « Partigiano come Presidente » ([nous avons] un partisan comme Président). Il s’agissait d’Alessandro (Sandro) Pertini (1896-1990), qui occupa le palais du Quirinal de 1978 à 1985. On y repense aujourd’hui, alors que Silvio Berlusconi revient au pouvoir et que Nicolas Sarkozy s’apprête à présider les obsèques nationales d’Aimé Césaire.


Sandro Pertini avait un rapport singulier à la mort. Lors du tremblement de terre d’Irpinia en novembre 1980, il lance un fameux « Fate presto » (faites vite !) en direction des sauveteurs. En juin 1981, il assiste aux vaines tentatives pour sortir vivant Alfredino Rampi, 6 ans, tombé dans un puits artésien à Vermicino. Toujours en 1981, il participe aux funérailles de Sadate avec des mines de premier perdant. Enfin, en juin 1984, il se rend au chevet d'Enrico Berlinguer, qui vit ses dernières heures à Padoue, et ramène le corps du leader communiste à Rome dans l'avion présidentiel. Pertini devait être applaudi à tout rompre pendant les obsèques.


Les Italiens, du coup, avaient surnommé leurs trois derniers présidents de la République (Giuseppe Saragat, Giovanni Leone et Sandro Pertini) : bacco, becco et becchino (l’ivrogne, le cocu et le croque-mort) ! Mais Pertini, courageux, résistant et intègre, ami très cher d’Antonio Gramsci, avec lequel il fut enfermé dans la prison de Turi au début des années 1930, ne transformait pas sa présence à des obsèques en acte d’anthoprophagie politique, comme s’apprête à le faire le sixième président de la Ve République en Martinique.


Et le surnom de becchino paraît moins inquiétant que celui de «Sua Emittenza» (mot-valise formé d’éminence et d’émetteur) accolé à Silvio Berlusconi. Un autre mot-valise existe, par la grâce du sociologue Pierre Musso (du titre d'un livre à paraître en mai aux éditions de l’Aube) : Le Sarkoberlusconisme. Nous avons-là affaire — c’est le cas de le dire ! — à une sorte de «pédégisme» (diriger un pays comme une entreprise) cathodique.


Sandro Pertini se situait aux antipodes de cette fâcheuse occurrence post-libérale. Le grand journaliste Indro Montanelli (1909-2001), fondateur d’Il Giornale, auteur d’Il Generale della Rovere (adapté au cinéma par Roberto Rosselini en 1959), avait ainsi salué l’élection, par 832 voix sur 995 (du jamais vu), de Sandro Pertini à la présidence de la République italienne : « Il n'est pas nécessaire d'être socialiste pour aimer Pertini. Quoi qu'il dise ou fasse : odeur de propreté, de loyauté et de sécurité.»


Il n’est pas nécessaire d’être socialiste pour abhorrer le sarkoberlusconisme. Quoi qu’il dise ou fasse : odeur de souillure, de félonie et de détresse.