Trump victime du yes we can dira-t-on

Barack Obama est revenu la nuit dernière, spectre surgissant soudain pour chasser les miasmes du trumpisme triomphant. Retour sur cette offrande politique yankee, où flotta comme un air de déjà vu, entendu et ressenti...

Depuis Jacques Offenbach, nous étions bercés par une sorte de yes we cancan, galop infernal (cf. son Orphée aux enfers) popularisé par La Goulue, enseigné par Grille d'Égout ou Nini Patte en l'air, peint par Henri de Toulouse-Lautrec. Le cancan, rebaptisé French cancan par un entrepreneur de spectacles londonien à la fin des années 1860, n'allait cesser d'incarner une forme d'esprit – à moins que ce ne fût l'esprit des formes – montmartrois et universel. La cause était entendue et même vue depuis le film de Jean Renoir (1954).

« French Cancan » de Jean Renoir : bande annonce © Gaumont

Toutefois, en 2008, vint Barack Obama, outre-Atlantique, avec son nouvel air d'une nouvelle ère : yes we can. Il allait faire flotter une émotion électorale.

© BarackObamadotcom

Soudain, les paroles de Barbara, en 1981 au sujet de François Mitterrand, allait prendre tout leur sens, dans ce nouveau chassé-croisé entre la France et l'Amérique :
« Regarde
Quelque chose a changé

L'air semble plus léger
C'est indéfinissable. »

© WeCan08

Neuf ans plus tard, c'est l'hiver nucléaire de la politique, avec un demi-fou, Donald Trump, qui imprime la cadence à la Maison blanche. Fini le lyrisme chaloupé gros d'espoir, voici l'aboiement électronique formaté par Twitter et empli de ressentiments, de haines et de vengeances fantasmagoriques. Le meilleur de l'Amérique courbe le dos, tandis que le pire exulte : quand le Trump bas et lourd pèse comme un couvercle...

Or voici qu'au milieu de cette catastrophe américaine et planétaire, le président enfoui s'est manifesté à l'encontre du président enfoiré, sans jamais le nommer, mais tout en le désignant à chaque phrase décochée : « Si pour remporter une campagne on doit diviser un peuple, alors on ne sera pas capable de le gouverner. » Ou bien : « Nos valeurs sont au firmament, non pas quand nous rabaissons les gens mais quand nous essayons d'élever tout le monde en même temps. » Ou encore : « Plutôt que la politique reflète nos valeurs, elle contamine nos communautés. Au lieu de chercher des manières de travailler ensemble, d'aucuns essaient délibérément de susciter la colère envers autrui, en diabolisant toute idée différente. »

C'était jeudi 19 octobre, devant 6 000 personnes, à Richmond, dans l'État de Virginie, lors d'une réunion électorale en faveur du candidat démocrate au poste de gouverneur du cru, Ralph Northam.

© Guardian Wires

Arrière ou avant-goût de revenez-y ? Le 22e amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique, adopté voilà 70 ans, en 1947, interdit plus de deux mandats au président – tirant ainsi les leçons des quatre élections d'un Franklin Roosevelt subclaquant en 1944 et du reste décédé au début de son quatrième mandat en 1945. Ronald Reagan avait vainement tenté de supprimer ce 22e amendement. William Clinton avait, de son côté, songé à permettre une possible troisième réélection après une période d'inoccupation de la Maison blanche : en vain itou.

À moins de spéculer sur une éventuelle préparation du terrain électoral pour sa femme, Michelle Obama, il faut se contenter d'estimer que Barack Obama utilise au mieux l'actuel président. Ce dernier, du fait de sa nullité, permet à son prédécesseur de ciseler, par contraste, sa trace dans l'histoire. C'en est du pain bénit. Toute apparition du pouvoir antérieur devient coup de pied de l'âne au pouvoir postérieur ! Pourquoi se priver d'une telle piqûre de rappel, qui vous blanchirait un Bush ?

Celui-ci s'est du reste rué sur l'occasion. Donald Trump permet en effet à Bush Le Jeune de se poser en parangon d'humanisme : de l'avantage d'un tel repoussoir échevelé, orangé, péroxydé – à même de se représenter à un second mandat, dans trois ans, à 73 ans bien sonnés. D'ici là, l'envahisseur de l'Irak en 2003 sera peut-être parvenu à se faire canoniser, à force de dénoncer plus rétrograde que lui...

Bush apporte sa pierre à la lapidation de Trump... © Mediapart Fr

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