Antoine Perraud
Journaliste à Mediapart
Journaliste à Mediapart

168 Billets

1 Éditions

Billet de blog 25 mars 2011

Royer est mort, vive Royer!

Jean Royer vient de mourir à 90 ans. Pour ceux qui le croyaient déjà dans la tombe, pour ceux, encore plus nombreux, qui apprendront son existence à l'annonce de son trépas, rappelons qu'il fut un chaînon d'une droite reliant Patrice de Mac Mahon à Philippe de Villiers

Antoine Perraud
Journaliste à Mediapart
Journaliste à Mediapart

Jean Royer vient de mourir à 90 ans. Pour ceux qui le croyaient déjà dans la tombe, pour ceux, encore plus nombreux, qui apprendront son existence à l'annonce de son trépas, rappelons qu'il fut un chaînon d'une droite reliant Patrice de Mac Mahon à Philippe de Villiers: nationalisme et ordre moral furent les deux mamelles de son idéologie.

© 

Député d'Indre-et-Loire depuis 1958, maire de Tours depuis 1959, Jean Royer était la figure idéale que le pouvoir pompidolien, féru de modernisation industrielle et urbaine, pût trouver pour rassurer son électorat, désorienté par le moindre mouvement. Ministre du Commerce et de l'Artisanat en 1973, Jean Royer allait, par une loi portant son nom, faire barrage de son corps sec et noueux aux grandes surfaces menaçant nos chers petits détaillants: il a bouté Mamouth hors des villes de France. Personnage comme distrait d'une toile du Greco, il incarnait l'immobilisme intransigeant, le fixité absolue, la discipline de fer, dont cet ancien instituteur portait au reste le masque.

© 

À la mort de Georges Pompidou, un rien jouisseur, face à Chaban-Delmas, un rien cavaleur, opposé à Giscard d'Estaing, un rien charmeur, il fallait un chevalier à la triste mine, encore pire qu'Yves Guéna, pour complaire aux rombières. Ce fut donc lui qui enfila le rôle – il lui allait comme un gant:

De quoi Jean Royer se plaint-il au début de son intervention? Il évoque des gauchistes casqués, nous orientant vers Mars. Junon était pourtant au rendez-vous, avec des vestales facétieuses ayant 68 en tête et rien sur les épaules. Oui, Jean Royer, ce père la rigueur dont la raideur toute cérébrale s'accommodait mal de bacchanales, cet austère qui jamais ne se marra, fit face à un déluge orgiaque et dionysiaque. La licence envahit ses réunions électorales, à Toulouse comme à Paris. On y chantait: «Royer, puceau, le peuple aura ta peau!» Ou pire encore: «Une seule solution, la masturbation!»

C'en fut fini de Jean Royer. Moins de 4% à l'arrivée. Mais une génération de jeunes Français, qui se morfondaient dans des lycées non encore mixtes, sentit soudain souffler, nonobstant les petits écrans en noir et blanc, un petit vent frais californien. Jean Royer, droit et coincé, personnifiait malgré lui ce coin du voile qui s'était levé par son truchement: la sévérité aimantait la sensualité. Et vice versa, comme en témoigne ce reportage à Tours, en 1975, après que le présidentiable avait plié les gaules:

Jean Royer allait s'éterniser dans une ville rétive à la modernité (Tours refusa le chemin de fer au XIXe siècle). Et il en fut le maire jusqu'en 1995, jusqu'à ce qu'il vît trente-six chandelles:

Jean Royer se cramponna jusqu'à 1997 à son siège de député. En 2002, à bientôt 82 ans, pour la présidentielle de sinistre mémoire, il rallia Jean-Pierre Chevènement.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Aurélien Rousseau, l’autre caution de gauche de Matignon
Le nouveau directeur de cabinet d’Élisabeth Borne, Aurélien Rousseau, a été directement choisi par Emmanuel Macron. Sa réputation d’homme de dialogue, attentif aux inégalités, lui vaut de nombreux soutiens dans le monde politique. D’autres pointent sa responsabilité dans les fermetures de lits d’hôpitaux en Île-de-France ou dans le scandale du plomb sur le chantier de Notre-Dame.
par Ilyes Ramdani
Journal
Législatives : pour les femmes, ce n’est pas encore gagné
Plus respectueux des règles de parité que dans le passé, les partis politiques ne sont toujours pas à l’abri d’un biais de genre, surtout quand il s’agit de réellement partager le pouvoir. Nouvelle démonstration à l’occasion des élections législatives, qui auront lieu les 12 et 19 juin 2022.
par Mathilde Goanec
Journal
Élisabeth Borne, une négociatrice compétente et raide au service du président
Ces deux dernières années, celle qui vient de devenir première ministre était affectée au ministère du travail. Tous les responsables syndicaux reconnaissent sa capacité de travail et sa propension à les recevoir, mais ont aussi constaté l’infime marge de manœuvre qu’elle leur accordait.
par Dan Israel
Journal — Politique
Le député de Charente Jérôme Lambert logé chez un bailleur social à Paris
Le député Jérôme Lambert, écarté par la Nupes et désormais candidat dissident pour les élections législatives en Charente, vit dans un logement parisien de 95 m2 pour 971 euros par mois. « Être logé à ce prix-là à Paris, j’estime que c’est déjà cher », justifie l’élu qui n’y voit rien de « choquant ».  
par David Perrotin

La sélection du Club

Billet de blog
par C’est Nabum
Billet de blog
De l'art de dire n'importe quoi en politique
Le problème le plus saisissant de notre démocratie, c’est que beaucoup de gens votent pour autre chose que leurs idées parce que tout est devenu tellement confus, tout n’est tellement plus qu’une question d’image et de communication, qu’il est bien difficile, de savoir vraiment pour quoi on vote. Il serait peut-être temps que ça change.
par Jonathan Cornillon
Billet de blog
Qu’est-ce qu’un premier ministre ?
Notre pays a donc désormais un premier ministre – ou, plutôt, une première ministre. La nomination d’E. Borne aux fonctions de premier ministre par E. Macron nous incite à une réflexion sur le rôle du premier ministre dans notre pays
par Bernard Lamizet
Billet de blog
Qui est vraiment Élisabeth Borne ?
Depuis sa nomination, Élisabeth Borne est célébrée par de nombreux commentateurs comme étant enfin le virage à gauche tant attendu d'Emmanuel Macron. Qu'elle se dise de gauche, on ne peut lui retirer, mais en la matière, les actes comptent plus que les mots. Mais son bilan dit tout le contraire de ce qu'on entend en ce moment sur les plateaux.
par François Malaussena