Où allons-nous ?

Il vient de m’en arriver une bien belle. À la gare Saint-Lazare, à Paris, je m’assieds parmi les premiers dans la rame automatique de la ligne 14, sur un siège dans le sens de la marche, sans voisin et à un seul vis-à-vis ; une sorte d’espace «solo» comme indiquent les «résa» du TGV, dont les néologismes faits d’élisions et d’apocopes nourrissent l’idiolecte du voyageur.

Il vient de m’en arriver une bien belle. À la gare Saint-Lazare, à Paris, je m’assieds parmi les premiers dans la rame automatique de la ligne 14, sur un siège dans le sens de la marche, sans voisin et à un seul vis-à-vis ; une sorte d’espace «solo» comme indiquent les «résa» du TGV, dont les néologismes faits d’élisions et d’apocopes nourrissent l’idiolecte du voyageur.

Bref, ravi de ma place, je soupire de contentement, tel un gagnant du premier rang au Loto. Une journée sans nuage commençait. Hélas ! une femme plus jeune que moi (ce qui s’avère à la portée de bien des gens à mesure que le temps passe) m’enjoint de lui céder ma position, avec une brutalité pimbêche et griffée (elle devait être coordinatrice de projet chez IBM — à moins qu’elle ne fût directrice de la rédaction de Télérama).

Désemparé par un tel coup du sort, avisant de surcroît des emplacements plus ordinaires encore libres, je lui répliquai froidement: «C’est impossible, Madame, j’ai été blessé à Verdun, déporté à Mauthausen et je souffre d’un cancer du pancréas en phase terminale. Je suis de surcroît aveugle civil et, depuis toujours, pupille de la nation.»

Que croyez-vous qu’il arriva ? Les pérégrins alentours prirent unanimement parti contre moi. Je ne sais ce qu’en pensent les abonnés de Mediapart (au verdict duquel je me rangerai), mais je n’ai pu m’empêcher de me demander où nous allions.

Personnellement, je suis descendu à la station gare de Lyon de ce chemin de croix métropolitain.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.