Du ci-devant Rugy

Même s'il n'est ni responsable ni coupable de sa particule, François de Rugy s'avère le premier représentant de la noblesse française à présider la chambre des députés depuis 1875 – la France hésitait alors entre monarchie et République. Comme aujourd'hui ?...

François de Rugy fait converger sur soi-même, à son corps défendant et plus que de raison, une foultitude de symboles : il y a embouteillage sémiotique sur la personne ! 

D'abord et avant tout, la prime offerte – sous la forme du perchoir et de l'hôtel de Lassay afférent – à la traîtrise en politique considérée comme une vertu cardinale en ces temps nouveaux qui s'ouvrent : le sens de l'adaptation. Les convictions (de gauche) sont désormais ineptes et infécondes si elles ne sont pas accompagnées d'un parachute idoine, c'est-à-dire si elles ne s'avèrent pas à géométrie variable. M. de Rugy incarne donc la cohérence souhaitable de la méduse portée par les flots. Que les saumons ringards qui s'épuisent à remonter le courant sachent s'en inspirer ! La fidélité, la sincérité, la franchise, la constance, bref la droiture – de gauche ! – sont passées de mode. Qu'on se le dise : le nouveau président de l'Assemblée nationale en est le symbole (sur)vivant.

Il y a ensuite cette hypocrisie frétillante, qui consiste à genrer à mort à l'écrit comme à l'oral, pour que tou.t.es y trouvent leur compte, au figuré. Mais quand on entre dans le vif du sujet, lorsqu'il s'agit, au sens propre, de s'imposer en bénéficier du Palais-Bourbon, la cause des femmes dont on se proclame le parangon passe aux oubliettes ! La part du lion ne saurait être que virile : Rugy soit qui mâle y pense !

Comme si la barque métaphorique n'était pas suffisamment chargée, le nouveau pouvoir macronien, dont l'allant monarchien voire impérial n'est pas sans réveiller l'implicite régalien qui couvait sous la Ve République, s'offre un signe avant-coureur supplémentaire. Le prétendu renouveau saura se repaître d'Ancien Régime. Emmanuel Macron a donné le signal voilà exactement un an, dans un entretien au 1 : « La démocratie comporte toujours une forme d'incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. »

Voilà la figure du Roi ressuscitée à l'Élysée. La cour se reconstitue abondamment sous nos yeux. L'absence est vite devenue trop-plein. Il ne manquait plus que M. de Rugy au perchoir. Le dernier ci-devant dépêché en un tel sommet fut Gaston d'Audiffret-Pasquier, en 1875, comme un ultime pied de nez à l'amendement Wallon qui venait d'instaurer la République face aux appétits royalistes encore aiguisés – à l'époque défendus depuis le palais de l'Élysée par Patrice de Mac Mahon.

Sans sonner ici le tocsin républicain, avouons sans fard que Macron jupitérien, ne reculant devant aucune audace signalétique, finit par avoir la main lourde : les symptômes, présages et signes du temps pleuvent sur nous comme à Gravelotte. Un Rugy ne fait pas le printemps néo-monarchiste, mais il contribue, volens nolens et mutatis mutandis, à boucher l'horizon démocratique...

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