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Le Club de Mediapart mer. 4 mai 2016 4/5/2016 Édition du matin

Robert Boulin, on y revient !

Dans la nuit de mardi, sur France 3, après la diffusion de “Crime d’État” – le téléfilm de Pierre Aknine traitant de l’affaire Boulin –, l’émission “Ce soir (ou jamais !)” permit à la télévision de reprendre des couleurs, c’est-à-dire de revenir au noir et blanc des fameux débats sous haute tension de nos “Dossiers de l’écran” de jadis. Le jeu cédait face à l’enjeu.

Dans la nuit de mardi, sur France 3, après la diffusion de “Crime d’État” – le téléfilm de Pierre Aknine traitant de l’affaire Boulin –, l’émission “Ce soir (ou jamais !)” permit à la télévision de reprendre des couleurs, c’est-à-dire de revenir au noir et blanc des fameux débats sous haute tension de nos “Dossiers de l’écran” de jadis. Le jeu cédait face à l’enjeu. Et dans le rôle de l’animateur du temps passé – Joseph Pasteur –, Frédéric Taddeï fut parfait, laissant ses invités se dévoiler. Chacun apparut donc à la fois tel qu’il se croit et tel qu’il est…


Parmi le trio des “suicideurs”, Michèle Cotta sembla d’emblée désemparée, savonnant tel un “bafouilleur” du cinéma français des années trente : Henri Tournet, le faux ami de Robert Boulin et véritable compère de Jacques Foccart, devenait invariablement « Tournier » dans sa bouche.

Le réalisateur d’un documentaire pas très fameux diffusé la veille, Gilles Cayatte, entreprit pour sa part d’expliquer qu’il avait accompli « un vrai travail d’immersion », sans doute pour se convaincre qu’il est flagrant de se noyer dans 50 cm d’eau. Résultat, il s’engloutit dans le petit sensationnel et nous embourba dans le terrain de Ramatuelle. Il perdit de vue l’essentiel avec vaillance. Basile à gaz pauvre, il tentait, sans trop y croire, l’air de la calomnie.

Le seul à tenir la route, à cheval sur la discipline (« Quand je me fâche l’on se tait, car ma rigueur on la connaît »), c’était Alain Tourre, commissaire n’ayant rien de bon enfant. Il affichait la morgue du Versaillais, ayant précisément exercé ses talents au SRPJ du cru au moment des faits, en 1979. Ignorant la sémiologie, il arborait son épinglette d’officier de la légion d’honneur, si bien que les téléspectateurs imaginaient, rien qu'à l'observer, comment s’obtient ce genre de galon...

L’homme semblait avoir plus d’un tour dans son sac. Il entreprit, au mépris de toute vraisemblance, de blanchir ce qui se fit d’improbe ou de tragiquement nul sous sa férule. La découverte, fort manipulée, du cadavre de Robert Boulin, puis son autopsie ni faite ni à faire, lui semblent encore aujourd’hui un modèle de rigueur et d’incorruptibilité. La violence assassine dont témoigne le visage fracturé du ministre ? Des « excoriations » (cela sonne sans doute mieux qu’écorchures à ses oreilles délicates), provoquées par la maladresse d’un pompier, un rien chancelant, retirant le corps de l’étang ! Tout fut de la même eau.

Alain Tourre se permit de projeter sur autrui ce qu’il incarne : « Épouvantable ! » (pas lui, le téléfilm) ; « scandaleux » (pas son propos, le débat). In fine, le commissaire à rosette s’est abandonné à l’une de ces rodomontades qui signalent le pervers manipulateur à vingt pas. Il entama sa phrase, lui dont l’incuriosité rogue sautait aux yeux, par ces mots : « Je serais bien curieux de savoir. » Notre pompeux pandore prit alors l’exemple des courriers attribués à Robert Boulin postés le jour de sa mort. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un envoi falsifié de lettres controuvées annonçant un geste désespéré, forgées par quelques traitres de l’entourage du ministre. Or notre malin roussin proposa de procéder à l’analyse ADN des timbres, pour confondre ses détracteurs et les obliger à s’incliner devant la salive de Boulin. Bernique ! Le poulaga démoniaque sait parfaitement, comme l’a expliqué à Mediapart l'ancien journaliste de TF1 Jacques Collet, que lesdites enveloppes font partie des scellés un temps disparus, histoire de les rendre inaptes à la moindre expertise. Il fallait bien une carrière marquée par un robuste sentiment d’impunité pour ainsi narguer, en fin d’émission, ceux qui cherchent la lumière parmi tant d’altérations !…

Face au psittacisme caudataire du commissaire (« Pourquoi il s’est suicidé ? » lâchait-il avec rouerie), le camp des partisans de l’assassinat fit plutôt bonne figure : avec Jean Charbonnel, antique adepte d’une notion spectrale frisant désormais l'oxymore (le gaullisme de gauche !) ; avec le réalisateur de fiction Pierre Aknine, qui dama sans difficulté le pion à son confrère documentariste Gilles Cayatte ; avec surtout Benoît Collombat, de France Inter, impeccable, auquel rendit quelques secondes les armes Michèle Cotta, qui bredouillait au milieu du gué.

Entre le camouflage versaillais aux ordres et l’attrait de la vérité doublé d’une inclination à la justice – fût-elle tardive –, le choix ne va-t-il pas de soi ? Même si le temps judiciaire ne saurait se calquer sur les rythmes cathodiques, gageons que la Chancellerie laissa traîner un œil sur ce programme fixant le sien : réouverture !

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Billet complètement Con....