Ci-gît Nicolas Bulloz

Un être incroyable et merveilleux vient de mourir. Il était né en 1955. Il était sculpteur et se nommait Nicolas Bulloz. Il descendait d'une lignée de photographes (« cliché Bulloz », était-il souvent inscrit en marge des vues illustrant nos manuels scolaires), dont les établissements du 21 rue Bonaparte résistèrent, tout au long du siècle dernier, à la transformation du VIe arrondissement de Paris, qui a fini par chasser l'être au profit de l'avoir.

L'ancêtre, Jacques-Ernest Bulloz (1858- 1942), avait mitraillé Rodin sous toutes les coutures. Nicolas Bulloz allait boucler la boucle en se lançant éperdument dans la sculpture. Un jour, le déclic se fit chez lui, dans son VIe arrondis- sement familial : il se mit à tailler une antique borne de l'ancien Paris, avec une ardeur créatrice qui le conduisit au commissariat de la place Saint-Sulpice. Mais rien ne devait plus l'arrêter.

Nicolas Bulloz, dans les années 1970, vivait des Beaux-Arts et d'eau fraîche : gardien de nuit au théâtre de l'Odéon, flânant le jour au Luxembourg, transformant la moindre ferraille en déesse stéatopyge et tout bloc de pierre en cheval, en griffon, en chimère. Ses œuvres étaient belles, il ne se souciait pas de les vendre, d'autres le feront peut-être un jour à sa place. Il semait les stèles, les têtes et les torses.

Et puis son génie trouva son emploi. Nicolas Bulloz allait offrir à la cathédrale de Reims, à celle de Chartres et à de plus petites églises ce que leur avaient ôté les outrages du temps, les guerres, la foudre et les grêlons : il allait refaire des prophètes, des frises, des anges, une vache et une Pietà (dans l'Aube, à Sainte-Savine).

 

 

 

 

Nicolas Bulloz était un vivant discret comme une ombre, intense comme l'éclair, qui vous aimantait au premier regard. Son coup d'œil s'avérait secrètement infaillible. Il a lutté comme un damné contre la maladie, avant de rejoindre la nuit des séraphins.

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