La politique de la « post-vérité » de l’État Macron-Philippe-Castaner

Il faut stopper Macron, Philippe et Castaner dans leur « en marche » précipité vers un « nouveau monde » saturé de violence, de mépris, de mensonge... (extrait de "Cœur de boxeur : le vrai combat de Christophe Dettinger" / Les Liens qui Libèrent, en librairie le 7 mai), chapitre 4 : "Têtes de mort".

Manifestation du 1er mai 2019, à Paris © Antoine Peillon (Ishta) Manifestation du 1er mai 2019, à Paris © Antoine Peillon (Ishta)

(extrait de Cœur de boxeur : le vrai combat de Christophe Dettinger / Les Liens qui Libèrent (en librairie le 7 mai 2019)

(...) Le combat contre la politique de la « post-vérité » de l’État Macron-Philippe-Castaner est donc bien une résistance à l’inhumanité. Sous les termes de « politique de la post-vérité », est dénoncée une stratégie politique indigne, pratiquant sciemment la manipulation de l’opinion publique. Stratégie de communication pour laquelle « les faits objectifs ont moins d’influence dans la formation de l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux croyances personnelles », selon l’édition 2016 de l’Oxford Dictionnary.[1]

Dès 1964, Hannah Arendt, la célèbre philosophe des Origines du totalitarisme (New York, 1951), craignait « que le sens par lequel nous nous orientons dans le monde réel - et la catégorie de la vérité relativement à la fausseté compte parmi les moyens mentaux de cette fin - se trouve détruit ». Mais elle se reprenait aussitôt, témoignant de sa confiance dans la résistance ontologique des faits (la « vérité de fait » qu’elle distingue de la « vérité de raison ») et faisant donc le pari de l’incapacité du mensonge politique à se substituer, in fine, à la réalité. « Les faits s’affirment eux-mêmes par leur obstination, et leur fragilité est étrangement combinée avec une grande résistance à la torsion. Dans leur opiniâtreté, les faits sont supérieurs au pouvoir », espérait-elle heureusement.[2]

Essayons d’être dignes de son espérance.

Car si le mensonge est consubstantiel à la politique, il est surtout facteur de violence. Nous le savons bien, il y a une relation organique entre le mensonge généralisé et la montée de la violence dans laquelle nous sommes enfermés.

Dans ses essais réunis en 1972 sous le titre Du mensonge à la violence[3], Hannah Arendt a parfaitement établi cette dialectique morbide entre le mensonge et la violence. Prolongeant ses réflexions élaborées entre Condition de l’homme moderne (1958) et De la révolution (1963), la philosophe faisait ce constat pessimiste : « Le secret, la tromperie, la falsification délibérée et le mensonge pur et simple, employés comme moyens légitimes de parvenir à la réalisation d’objectifs politiques, font partie de l’Histoire aussi loin qu’on remonte dans le passé. La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques. »[4]

Vous-même, cher Christophe Dettinger, avez été littéralement harponné par cette folie de la désinformation à finalité politique.

Dès le 7 janvier, deux jours après votre pugilat contre les gendarmes, et alors que vous venez tout juste de vous rendre à la police, des médias commencent à diffuser la fausse nouvelle : « le boxeur » était équipé de gants « coqués », voire « lestés de plomb ». Une telle « information » faisait aussitôt de vous un délinquant armé et ayant prémédité son agression des fonctionnaires.

Le déshonneur de cette diffusion d’une évidente manipulation revient, ce jour-là, à France Inter qui affirme, à 12h20 : « Christophe Dettinger a utilisé des gants coqués, lestés de plomb, des gants retrouvés à son domicile. Ce sont des gants de motards, mais cela pourrait aussi signifier que l’ancien boxeur professionnel a prémédité son acte. » Dans le sillage de cette première désinformation, le journal de 13 heures de France 2 reprend, certes avec moins de détails, la même accusation : « Il [vous, Christophe] est soupçonné d’avoir frappé avec des gants coqués au moins deux gendarmes. »

Ensuite, cette intox est reprise par Francetvinfo, qui cite France 2 : « Ses gants étaient ‘‘coqués’’, c’est-à-dire renforcés avec du plomb, précise une source policière à France 2. » Au 20h de France 2, un reportage est même consacré à cette affaire dans l’affaire de la passerelle Léopold-Sédar-Senghor. On y apprend, sans aucun conditionnel toujours : « Il [encore vous, Christophe] se présente comme un manifestant qui a cédé à la colère, mais il portait samedi des gants renforcés. L’enquête devra déterminer si ces violences étaient préméditées. »

Dès le lendemain, Francetvinfo relance l’accusation, à travers les propos du porte-parole du syndicat des cadres de la sécurité intérieure, Christophe Rouget, qui commente, sentencieux : « Dans quel monde vit-on ? Quelle image donne-t-on à nos enfants lorsqu’on soutient des gens qui ont commis des actes délictueux graves ? Cet individu est venu avec des gants plombés sur ces manifestations et a agressé volontairement des policiers. »

Plus tard, une autre syndicaliste policière se voit ouvrir les colonnes de La Dépêche du Midi et de La Nouvelle République des Pyrénées qui impriment : « Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police, soulignait quant à elle que Christophe Dettinger avait utilisé des gants de moto coqués sur les phalanges et lestés de plomb. Retrouvés à son domicile lors d’une perquisition menée pendant le week-end, ces accessoires qu’il a utilisés samedi pour passer un gendarme à tabac, mettent à mal la version du boxeur selon laquelle sa violente altercation avec les forces de l’ordre n’était pas préméditée. »

Pourtant, dès le samedi 5 janvier au soir, il était possible de vérifier par soi-même que vos gants, Christophe, n’étaient ni ‘‘coqués’’, ni plombés, ni renforcés… Sur de nombreuses photos, que certains Gilets jaunes ont fait circuler rapidement sur les réseaux sociaux pour démentir la version policière, il était facile de constater que ceux-ci n’étaient que des gants de chez Singer, du modèle GHNTH, banalement utilisés pour protéger les mains contre le froid. L’un de vos avocats, Maître Vigier, s’insurgeait d’ailleurs très vite : « Toute cette histoire est complètement fausse. Les gants ont été saisis et placés sous scellés : ils n’étaient ni ‘‘coqués’’, ni plombés, ni renforcés. Cela ne figure d’ailleurs nulle part dans la procédure judiciaire. »

Et pour cause. Vos gants avaient été retrouvés dès le 6 janvier, dans l’après-midi, lors de la perquisition de votre véhicule. Sur le procès-verbal de cette perquisition, il est bien relevé qu’une paire de « gants de couleur noire supportant des inscriptions blanches sur le dessus » a été saisie et mise sous scellés. Il n’y est fait mention d’aucune autre particularité, ce qui signifie que dès le 6 janvier, les policiers savaient qu’il s’agissait de gants ordinaires…

Contacté par CheckNews (Libération), Emmanuel Leclère, auteur du premier article de France Inter, a reconnu a posteriori son erreur : « J’avais deux sources m’affirmant qu’il s’agissait de gants coqués. Sur la photo, en zoomant, j’avais cru aussi que c’était le cas. L’une des deux sources a ensuite précisé que c’était des gants d’entraînement, donc lestés. On l’a rajouté dans le papier. »

Du côté de France 2, même réponse irresponsable, à peu de chose près : « L’info nous a été donnée par une source normalement fiable. On a décidé de la donner, avant de voir que France Inter avait aussi la même, probablement à partir de la même source. On s’est rendu compte, par la suite, que l’info était fausse. » Cependant, n’y a jamais eu de rectificatif à l’antenne de France 2. Et aucun correctif non plus sur les ondes de France Inter. Ni dans aucun des autres médias qui ont propagé cette désinformation…

Le « service public » de l’information a fait ainsi son travail de… désinformation.

La décence commune

L’antidote à ce poison historique de la « post-vérité », qui nécrose notre République et la démocratie, c’est votre « décence commune », cher Christophe Dettinger. C’est celle du peuple, telle qu’Orwell l’a magnifiée[5].

Pour lui, la common decency est le principe de la pratique quotidienne de la solidarité. La « décence commune » des classes populaires est aussi une disposition défensive face à l’oppression : « Les petites gens ont eu à subir depuis si longtemps les injustices, qu’elles éprouvent une aversion quasi instinctive pour toute domination de l’homme sur l’homme. »

La common decency était aussi, pour Orwell, le fondement de toute société socialiste et, selon lui, « le révolutionnaire ne s’active pour rien s’il perd contact avec la décence ordinaire humaine »[6]. A bon entendeur…

Pour contrer la « néantisation du réel », Myriam Revault d’Allonnes a compris qu’Orwell en appelait au « sens commun », au « sens du commun » et, oui, à la common decency (« décence commune ») qui désigne « le fondement sensible de notre appartenance au monde ».

Des dirigeants de notre monde, nous dirons donc qu’ils vivent dans une « indécence extraordinaire ».

Il nous faut les stopper dans leur « en marche » précipité vers un « nouveau monde » saturé de violence, de mépris, de mensonge et de narcissisme[7].

Face à ce régime, le coup d’arrêt populaire s’impose, avant de même de se lancer dans une nécessaire Constituante.

[1] C’est, en 1992, dans un essai de l’écrivain américain Steve Tesich, publié par la revue The Nation, que le concept de « post-vérité » est apparu pour la première fois. Il y traitait de l’affaire dite de l’Irangate et de la guerre du Golfe. « Nous, en tant que peuples libres, avons librement choisi de vouloir vivre dans un monde de post-vérité », écrivait-il alors.

[2] Hannah Arendt, La Crise de la culture, Gallimard, coll. Folio, 1972, pp. 327 à 330, dans le chapitre « Vérité et politique ».

[3] Hannah Arendt, Crises of the Republic: Lying in Politics; Civil Disobedience; On Violence; Thoughts on Politics and Revolution, New York, Houghton Mifflin Harcourt, 1972. Du mensonge à la violence. Essais de politique contemporaine, Calmann-Lévy, 1972.

[4] Hannah Arendt, Du mensonge à la violence (1969 et 1972), Calmann-Lévy, 1972, Pocket, 2002, pp. 8 et 9, et dans L’Humaine condition, Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2012, p. 846.

[5] Dans son De la décence ordinaire : court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell (Paris, Allia, 2008), le philosophe Bruce Bégout définit la common decency comme « faculté instinctive de percevoir le bien et le mal ». Il ajoute qu’elle correspond à « un sentiment spontané de bonté qui est, à la fois, la capacité affective de ressentir dans sa chair le juste et l’injuste et une inclination naturelle à faire le bien ». Dans le même sens : Stéphane Leménorel, George Orwell ou la vie ordinaire, Neuvy-en-Champagne, Le passager clandestin, 2017.

[6] « La révolte intellectuelle » [1946], repris dans George Orwell, Écrits politiques [1928-1949]. Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie, Marseille, Agone, 2009. Lire aussi Jean-Claude Michéa, Orwell éducateur, Paris, Climats, 2009, pages 121 à 124.

[7] Orwel nommait « narcissisme » la « tentation pour un écrivain de faire triompher dans ses écrits des idées qui n’ont aucune prise sur la réalité », selon le philosophe Jean-Jacques Rosat (« Ni anarchiste ni tory », dans Orwell, entre littérature et politique, revue Agone, n° 45, 2011, p. 28)

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