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Journaliste (longsformats.com), auteur de "Ces 600 milliards qui manquent à la France" (Seuil, 2012), de "Corruption" (Seuil, 2014) et de "Résistance !" (Seuil, 2016)...
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Billet de blog 18 avr. 2022

« Faire le lit de Marine Le Pen ? » (bis repetita placent)

Au printemps 2017, on nous assénait déjà : « S’abstenir, c’est faire le lit de Marine Le Pen ! » Cette intimidation soi-disant républicaine n'était que propagande hystérique, dissimulant cette vérité : ceux qui font « le lit de Marine Le Pen » dirigent notre pays, ruinant, à leur profit, les sécurités sociales et les services publics, pratiquant mensonge et corruption, violence sécuritaire...

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texte publié en mars 2017

Faire le lit de Marine le Pen ?

« Ne nous décevez pas et allez voter. Ne commettez pas la funeste erreur de l’abstention. »

Marine Le Pen, « Discours du 1er Mai », place de l’Opéra, Paris, à la veille des élections européennes des 22 et 25 mai 2014.

Présidentielle 2017, le duo de choc, déjà... © Ishta / Antoine Peillon

17 - #angoisse Ayant pris connaissance du projet de ce livre, cet ami me l’a dit avec une véhémence très inhabituelle : « S’abstenir, c’est faire le lit de Marine Le Pen ! »

« Angoisse sincère, colère, intimidation sophistique ? », me suis-je demandé, un instant. « Angoisse sincère », ai-je pensé, in fine ; angoisse générée par une propagande de fond, si peu mise en question par la presse, tellement martelée par certains politiciens sur la base d’un postulat sans cesse radoté : « Si tu ne votes pas pour un parti républicain, tu fais le jeu du FN. »

18 - #propagande « Quand l’abstention fait le lit de l’extrême droite », titrait ainsi Le Nouvel Observateur, en juin 2002, avant le premier tour des élections législatives, lequel enregistra pourtant une hausse significative du taux d’abstention (de 32% en 1997 à 35,60% en 2002), mais une baisse tout aussi nette du FN (de 14,94% des exprimés en 1997 à 11,34% en 2002)… De même, l’émission « Façon de penser » du Mouv’ (station de Radio France « à destination des publics jeunes ») du 26 mars 2014 continuait d’affirmer, entre les deux tours des dernières élections municipales, et sans la moindre argumentation : « On serait tenté de dire que l’abstention est une attitude irresponsable qui met en danger la démocratie : d’abord, parce qu’elle fait le lit du Front national… »

Ce délire médiatique s’articule malheureusement à la désinformation délibérée de certains politiciens patentés. Ainsi, Frédéric Barbier (PS) étant vainqueur d’une élection législative partielle dans le Doubs, le dimanche 8 févier 2015, son concurrent UMP vaincu, Édouard Philippe, déclarait le lendemain matin, au micro de Jean-Jacques Bourdin (RMC – BFMTV), sans sourciller : « Systématiquement, quand les participations sont faibles, les scores du Front national sont plus élevés. C’est une mécanique dont il faut avoir conscience. »

De même, Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du Parti socialiste, assénait le 15 mars 2015, sur France 5, à la veille des élections départementales des 22 et 29 mars : « Le problème, c’est que le Front national a quasiment tout le temps le même nombre de voix. Mais l’abstention est là. Si vous avez de l’abstention, le Front national est beaucoup plus haut. » Cinq jours plus tôt, Marion Maréchal-Le Pen, députée FN, soutenait exactement le contraire sur les ondes de France Info : « J’invite à lutter contre l’abstention, parce que l’expérience des campagnes prouve que plus la participation est forte, plus le Front national est fort. »

Comprenne qui pourra…

19 - #politologie Heureusement, il y a justement moyen de comprendre, si nous le souhaitons vraiment et si nous nous donnons la peine d’analyser rigoureusement ce que les politologues appellent les « déterminants » des votes en faveur du FN.

Ainsi, Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Institut français d’opinion publique (IFOP), pouvait expliquer au journaliste Laurent de Boissieu, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, que « l’abstention pénalise le Front national ». Et précisait : « C’est une erreur de penser qu’une forte abstention favoriserait mécaniquement l’extrême droite en s’imaginant que, par nature, son électorat radical se mobiliserait davantage que ceux des partis de gouvernement. […] Les dirigeants du FN disent d’ailleurs eux-mêmes que l’abstention est leur principal adversaire. »[1]

Cette analyse fut amplement vérifiée, deux ans plus tard. Lors du premier tour des élections municipales de 2014, dans les 110 communes où le Front national obtient plus de 20 % des suffrages, la participation moyenne fut bien plus élevée (62,33%) que la participation moyenne nationale. De quoi démentir que les scores élevés du FN seraient dus à l’abstention. Ainsi à Villers-Cotterêts (Aisne), le parti du clan Le Pen obtenait même 40,30% des suffrages exprimés, alors que le taux de participation s’élevait jusqu’à 68,47%. A Carros (Alpes-Maritimes), le Front national récoltait 35,75% des voix, avec une participation de 70,7%. Les exemples pourraient être multipliés...

Déjà, entre les élections régionales (premiers tours) de 2004 et de 2010, l’abstention explosait de 34,34 % à 48,79 % (+ 14,45% !), tandis que le vote frontiste désenflait de 14,7% à 11,42% des suffrages exprimés (- 3,28%). J’ajoute qu’entre 2010 et 2015 (toujours aux premiers tours des élections régionales), l’abstention stagnait de 48,79% à 49,91% (+ 1,19%), tandis que le vote FN progressait en flèche de 11,42% à 27,73% (+ 16,31%, soit + 801 759 voix).

De façon plus générale, aux élections présidentielles, notamment en 2012, le Front national obtient de bons scores malgré une faible abstention. Et il lui arrive souvent faire de mauvais scores alors que l’abstention est élevée, comme lors des législatives 2012, des régionales 2010, des européennes et des régionales 2004…

On ne peut faire de plus claires démonstrations qu’il n’existe aucun lien mécanique entre le vote FN et de l’abstention.

Dans la rue... © Ishta / Antoine Peillon

20 - #épouvantails Il n’empêche. Le Premier ministre Manuel Valls n’a cessé d’affirmer que l’abstention profite au FN lors de la campagne pour les élections départementales de 2015, afin remobiliser les électeurs « républicains ». Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, entonnait, je l’ai dit, le même refrain : « Si vous avez de l’abstention, le Front national est beaucoup plus haut. »

Les faits les ont, une fois de plus, contredits. Dans des cantons, comme ceux de Fréjus (Var), Le Pontet (Vaucluse), Vic-sur-Aisne (Aisne), où le FN l’a emporté dès le premier tour, les taux de participation ont été supérieurs à la moyenne nationale. A l’inverse, dans le Val-d’Oise, où fut enregistrée une des plus fortes abstentions de l’Hexagone (59,5%), les candidats frontistes ont obtenu un score légèrement inférieur à la moyenne nationale (24,8%) des résultats du FN. Le lien organique entre abstention et vote Front national était à nouveau renvoyé au rayon des épouvantails du grand bazar politique.

Maintenant qu’il est démontré que la montée irrésistible du FN, depuis une trentaine d’années, ne doit rien à celle de l’abstention, il me semble nécessaire de dévoiler comment celles et ceux qui ne cessent de diaboliser l’une et l’autre sont en vérité les principaux promoteurs des succès électoraux de plus en plus dangereux du clan Le Pen. Et d’expliquer pourquoi épouvantails et pompiers-pyromanes de la République ont parti lié.

21 - #déterminants Car il existe, bien entendu, des « déterminants » réels du vote frontiste, qu’ils soient socio-économiques, idéologiques et tactiques, dont les dirigeants des partis dits « de gouvernement » sont absolument responsables.

En premier lieu, le vote frontiste se nourrit de la hausse dramatique du chômage. Une étude du cabinet d’expertise statistique SLPV Analytics relevait, à propos des élections communales de 2014, que « quel que soit la taille de la commune : 1% de chômage en plus donne 0,93% de vote supplémentaire au FN »…

Aujourd’hui, l’aggravation constante de la précarité et du chômage, autrement dit la multiplication des « hommes inutiles »[2], dont le Premier ministre devrait s’estimer comptable plutôt que de s’abaisser à marteler une propagande éculée, a produit le résultat électoral auquel on pouvait s’attendre[3]. Au premier tour des élections régionales de 2015, le Front national est arrivé en tête dans six des treize nouvelles grandes régions françaises et a dépassé les 40% des suffrages exprimés dans deux régions : le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où se présentait Marine Le Pen, et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où se présentait Marion Maréchal Le Pen. Dans l’ensemble du pays, le parti de Marine Le Pen a recueilli, à la même occasion, environ 28% des suffrages exprimés, dépassant les 6 millions de voix, et a donc pu à bon droit se revendiquer comme le « premier parti de France ». Au second tour, le Front national dépassait son record de voix antérieur et triplait le nombre de ses conseillers régionaux, ceux-ci passant de 118 en 2010 à 358 en 2015, le Parti socialiste n’en comptant plus dès lors que 339.

À la veille du même scrutin, les électeurs qui envisageaient de voter pour le Front national étaient 68% à déclarer le faire pour exprimer leur opposition à François Hollande. Dans un entretien qu’il m’avait accordé en juillet 2013, le philosophe Bernard Stiegler expliquait déjà : « Je dis que la seule façon de lutter contre le FN, c’est de prendre soin de ses électeurs, non pas pour leur faire plaisir, en s’en prenant aux immigrés par exemple, mais finalement en prenant soin de tous. Les électeurs du FN sont ceux qui souffrent le plus de ce qui nous fait tous souffrir. Par exemple, nous sommes tous très inquiets pour nos enfants. Tous les gens que je rencontre, me disent : “J’ai peur pour mes enfants.” Et pas simplement à cause du chômage, pourtant sujet d’angoisse important, mais à cause du développement d’une société devenue extrêmement toxique. »[4]

22 - #déclassement « Ce qui regroupe les électeurs de ce parti (le FN), c’est plutôt le sentiment de ne pas s’en sortir face à la crise, et de ne pas avoir d’avenir », analyse ainsi le démographe et historien Hervé Le Bras. Avant de préciser : « Ce terreau économico-social explique en partie la progression récente du FN. En tout cas, c’est dans les régions où ce problème est le plus aigu, comme le Nord-Pas-de-Calais, la région Paca et l’ancien Languedoc qu’il enregistre les plus hauts scores. Au-delà de l’immigration et de l’insécurité, le FN a pris la posture d’un recours beaucoup plus large contre d’autres angoisses. Le blocage de la mobilité sociale est dangereux pour une société démocratique. »[5]

« Le sentiment de déclassement est l’un des meilleurs terreaux du FN », confirme le sociologue Camille Peugny.[6] Or, la peur du déclassement s’est généralisée, depuis les années 1990. Selon une enquête de l’IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès (janvier 2013), 56 % des personnes interrogées pensent qu’elles vivent moins bien que la génération de leurs parents, 50 % sont persuadées qu’elles vivront moins bien dans dix ans qu’aujourd’hui et 62 % que leurs enfants s’en sortiront moins bien qu’elles.[7] Cette recherche capitale souligne aussi que, toujours en 2013, 85% des « défavorisés » estiment que « l’Etat et les pouvoirs publics ne les aident pas assez », sentiment d’abandon que partagent très majoritairement aussi et de façon croissante les « catégories modestes » (72% en 2013, 66% en 2010) et les « classes moyennes inférieures » (63% en 2013, 47% en 2010).

23 - #effondrement En mai 2013, les conclusions de la Fondation Jean-Jaurès sur le « grand malaise » des classes moyennes sont politiquement fracassantes, mais totalement ignorées par François Hollande et les gouvernements Valls dont la politique ultralibérale assumée n’a cessé d’aggraver les inégalités et la paupérisation de la très grande majorité des Français. Pourtant, l’alarme y est plus inquiète que jamais : « Il y a continuité, accentuation   du   déclassement […]. Les Français   font   état   d’une   généralisation   du   glissement social vers le bas qui atteint pratiquement l’ensemble des milieux sociaux et se traduit par l’accentuation du morcellement de la société. […] La dégradation sociale qui intègre les effets du déclassement généralisé est interprétée non plus dans le cadre de l’Etat-nation : elle n’est plus rapportée aux déboires de la promesse républicaine. La question n’est plus seulement de savoir si la République est trahie, mais si la République est viable. La question n’est plus de savoir ce qui va advenir de l’Etat mais si l’Etat a encore voix au chapitre dans un contexte où la finance impose chaque jour la démonstration de son pouvoir sur le politique. La question est de savoir si, dans cette dégradation généralisée, ce n’est pas l’Etat-nation lui-même qui n’est pas emporté et si ce n’est pas la Nation qui vacille. »[8]

Les auteurs experts de l’étude de la Fondation Jean-Jaurès osaient, en conclusion, une image d’effondrement apocalyptique : « En   2006, pour les milieux populaires, l’ascenseur social s’était mis à descendre. C’était très problématique mais cela   supposait qu’il y avait un ascenseur et, de ce fait, un immeuble. […] Aujourd’hui, après cinq années de crise, la crainte n’est pas tant de voir descendre l’ascenseur que de voir l’immeuble s’effondrer. » C’était au printemps 2013. Depuis, nous avons effectivement vu l’immeuble s’effondrer.

24 - #inégalités Certains pourraient être tentés de soutenir qu’il y a discordance entre le sentiment de déclassement et la situation socio-économique réelle des Français, afin de défendre l’Etat, les pouvoirs publics et les gouvernements mis en cause par les études de l’IFOP et de la Fondation Jean-Jaurès. Ils en seront malheureusement pour leurs frais.

Le 15 décembre 2016, l’Observatoire des inégalités publiait un bilan statistique inédit sur quarante ans d’évolution des inégalités de revenus. Sa double conclusion était lapidaire : « Depuis une vingtaine d’années, les inégalités de revenus augmentent » et « les années 2010 sont marquées par une baisse du niveau de vie des plus pauvres ». Faisant le détail de cette inversion historique, la synthèse de l’Observatoire des inégalités expliquait : « L’écart entre le niveau de vie mensuel moyen des 10 % les plus riches et le niveau de vie mensuel moyen des 10 % les plus pauvres s’est fortement accru entre 2003 et 2011, tiré par l’élévation du niveau de vie des plus aisés. De 3 700 euros par mois, l’écart est passé à 4 400 euros. […] En 2014, le niveau de vie des plus pauvres a à nouveau baissé et celui des plus riches augmenté. En onze ans, le niveau de vie mensuel moyen des plus riches a progressé de près de 272 euros quand le niveau de vie mensuel moyen des plus pauvres a diminué de 31 euros. »

25 - #jeunesse Le résultat politique est presque évident, pour celles et ceux qui ne vivent pas hors du monde. Marine Le Pen a su facilement s’attirer la sympathie de nouvelles catégories d’électeurs, notamment chez les femmes ayant des emplois mal rémunérés, à temps partiel et précaires. Or, traditionnellement, le vote frontiste était principalement masculin… La même propagation est à relever chez les plus jeunes, avec une surreprésentation du vote FN chez les 18-24 ans.

Selon une très récente étude de l’institut Ipsos/Sopra Steria sur la sociologie de l’électorat, réalisée auprès de 8 000 personnes, entre le 29 novembre et le 2 décembre 2015, le Front national est majoritaire parmi les jeunes, qu’il s’agisse des 18-24 ans ou des 25-34 ans, avec 35 % d’intentions de vote dans la première catégorie (contre 21 % pour le PS et Les Républicains) et 28 % dans la deuxième (contre 27 % pour le PS et 21 % pour Les Républicains).

Mais d’autres évolutions sociologiques de l’électorat frontiste ont aussi eu lieu entre le règne de Jean-Marie Le Pen et celui de sa fille Marine. Le vote FN s’est progressivement « diffusé au-delà du monde ouvrier ou du petit commerce pour concerner de nouveaux secteurs d’activité, y compris les plus réfractaires au vote FN, comme la fonction publique », assure ainsi Luc Rouban, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof-Fondation nationale des sciences politiques et CNRS).[9] Un effet supplémentaire, sans doute, de la destruction inexorable des services publics.

26 – #déchéance Au-delà des déterminants socio-économiques, la faute idéologique des dirigeants politiques des partis dit « de gouvernement » est effarante. Ceux qui stigmatisent l’abstention comme mère-porteuse du Front national, n’ont eu aucun scrupule à entonner les mêmes airs sécuritaires extrêmes que le parti de Marine Le Pen.

Ainsi, à peine un mois et demi après les attentats monstrueux du vendredi 13 novembre 2015, le projet de révision de la Constitution transmis le 1er décembre au Conseil d’État, pour avis, ne faisait qu’ajouter l’état d’urgence au régime des pleins pouvoirs présidentiels institué par l’article 16. Onze juristes universitaires de grand renom l’affirmaient alors clairement : « Le projet d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution ne vise pas à mieux encadrer les pouvoirs exorbitants accordés à l’exécutif – notamment en rappelant les limites résultant des droits “indérogeables ” énumérés par la Convention européenne des droits de l’homme –, mais à renforcer ces pouvoirs, en leur donnant une base constitutionnelle qui les mette à l’abri d’une éventuelle censure du Conseil constitutionnel. » [10]

La forfaiture est d’autant plus insupportable que le chef de l’Etat s’est laissé aller à confirmer lui-même que les mesures exceptionnelles de sécurité mises en œuvre durant la COP21 (du 30 novembre au 12 décembre 2015) ont d’abord permis d’interdire et de réprimer violemment les manifestations contre le réchauffement climatique. François Hollande, interrogé par les journalistes Gérard Davet et Françis Lhomme, admettait ainsi : « C’est vrai, l’état d’urgence a servi à sécuriser la COP21, ce qu’on n’aurait pas pu faire autrement. Imaginons qu’il n’y ait pas eu les attentats, on n’aurait pas pu interpeller les zadistes pour les empêcher de venir manifester. Cela a été une facilité apportée par l’état d’urgence, pour d’autres raisons que la lutte contre le terrorisme, pour éviter qu’il y ait des échauffourées… »[11]

Ajoutant la xénophobie au sécuritaire, François Hollande, encouragé par Manuel Valls, annonçait même, le 23 décembre 2015, que le projet de révision de la Loi fondamentale ne visait pas seulement à constitutionnaliser l’état d’urgence, mais qu’il prévoyait également la possibilité de déchoir de leur nationalité française des binationaux condamnés par la justice pour des crimes terroristes. Le Conseil d’État avertissait pourtant le gouvernement : « La nationalité française représente dès la naissance un élément constitutif de la personne », et en priver quelqu’un « pourrait être regardé comme une atteinte excessive et disproportionnée à ses droits. »

Il s’agissait effectivement d’une atteinte extraordinaire au principe d’égalité des citoyens, inscrit à l’article 2 de la Constitution, la mesure instituant deux catégories de Français : ceux qui le seraient sans partage et ceux qui ne le seraient sous condition, au motif que leurs parents ou grands-parents ne l’étaient pas. De plus, en reprenant une revendication traditionnelle du Front national, le chef de l’État banalisait la démagogie xénophobe de l’extrême droite. Cette forfaiture a essuyé, à l’époque, la dénonciation quasi unanime des consciences républicaines, à l’étranger comme en France.

Ainsi, l’économiste Thomas Piketty[12] régissait à chaud sur son blog hébergé par Le Monde : « À l’incompétence économique, voici que le gouvernement ajoute l’infamie. Non content de s’être trompé sur toute la ligne sur ses choix de politique économique depuis 2012, avec à la clé la montée du chômage et de la xénophobie, voici que le gouvernement se met à courir derrière le Front national, en imposant une mesure de déchéance de la nationalité que la gauche a toujours combattue, et en créant une inégalité insupportable et stigmatisante – en plus d’être totalement inutile et inefficace dans la lutte contre le terrorisme – pour des millions de Français nés en France, dont le seul tort est d’avoir acquis au cours de leur vie une seconde nationalité pour des raisons familiales. » De même, Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, commentait : « La déchéance de nationalité, c’est une mesure qui serait avant tout symbolique, qui n’entrerait pas beaucoup en pratique, mais l’idée me paraît insupportable. » [13]

27 - #lepénisation Un autre dossier a montré la capacité particulière du dernier gouvernement à « courir derrière le Front national » et à en banaliser les positions xénophobes : la fermeture de la France aux réfugiés.

Lors de la conférence sur la sécurité de Munich, le 13 février, le Premier ministre Manuel Valls a critiqué la politique de l’Allemagne, qu’il jugeait « non tenable dans la durée », précisant que « l’Europe ne peut pas accueillir tous les migrants en provenance de Syrie, d’Irak ou d’Afrique », alors qu’il allait visiter un centre d’accueil de réfugiés en Bavière. « L’Europe doit reprendre le contrôle de ses frontières et sa politique migratoire et d’asile. Nous ne pouvons pas accueillir plus de réfugiés », a-t-il alors insisté, à quelques jours du sommet européen qui s’est tenu à Bruxelles les 18 et 19 février et qui s’est penché sur l’afflux de migrants en Europe.

À Munich encore, Manuel Valls a rappelé que Paris n’était « pas favorable » à la mise en place d’un mécanisme de répartition des migrants dans l’Union européenne, comme le proposait la chancelière allemande Angela Merkel. Le Premier ministre français a dit vouloir s’en tenir à l’accord de « relocation » européen portant sur l’accueil de 160 000 réfugiés, dont 30 000 pour la France. En janvier 2017, notre pays n’avait accueilli que 5 000 réfugiés environ.

Le 13 février 2016, Manuel Valls a explicitement référencé sa position à celles du parti de Marine Le Pen : « Nos concitoyens expriment une inquiétude croissante devant le sentiment que l’Europe a perdu le contrôle de la situation et la maîtrise de son destin. Des tensions communautaires sont apparues, en Allemagne mais aussi en Europe. Les partis populistes continuent de prospérer, y compris en France, c’est le moins que l’on puisse dire. […] Dire ’’venez tous’’ peut finir par détruire les fondements de l’Europe. »

N’est-ce pas là une manifestation spectaculaire de cette « lepénisation des esprits »[14] dénoncée par Robert Badinter, l’ancien garde des Sceaux, au sujet de la loi Debré sur l’immigration, en 1997 ? Or, l’original étant toujours préféré à ses copies, c’est Marine Le Pen qui récoltera les fruits électoraux de cette nauséabonde dérive politique et morale de ses concurrents PS et UMP. Le 19 janvier dernier, une enquête du Cevipof (Sciences Po – CNRS), réalisée par Ipsos/Sopra Steria en partenariat avec Le Monde, menée auprès un panel de presque 16 000 personnes régulièrement interrogées depuis novembre 2016, montrait que Marine Le Pen recueille 25 % à 26 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle 2017, devant François Fillon (23 % à 25 %) et très loin devant Manuel Valls (10 %), dans l’hypothèse où celui-ci serait alors le candidat du PS. À noter que la candidate du Front national est aussi créditée de 5 à 7 points de plus qu’à la même époque, en 2012, ce qui souligne la crue irrépressible de son électorat sous les présidences successives de François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

La bonne presse... © Ishta / Antoine Peillon

28 - #manipulations Aujourd’hui, il est temps de dire aussi clairement à quel point le Front national n’a existé et ne s’est développé, jusqu’à aujourd’hui, que grâce aux manœuvres médiatiques et électorales – « tactiques », disent leurs meneurs – de nombre d’élus et même de plus hauts parrains du Parti socialiste, en premier lieu, mais aussi du RPR/UMP et de l’ancienne UDF.

Les preuves du puissant soutien de François Mitterrand, président de la République, à Jean-Marie Le Pen, dès juin 1982, ont abondé, dès le milieu des années 1990.[15] Le 14 mars 1982, l’ensemble de l’extrême droite, dont le FN, recueille 0,2 % des voix aux élections cantonales. Le 26 mai suivant, Jean-Marie le Pen écrit à François Mitterrand pour protester contre l’absence de couverture télévisuelle au congrès de son parti, les 7 et 8 mai. Le 22 juin, le président de la République lui écrit : « D’ores et déjà, je demande à M. le ministre de la Communication d’appeler l’attention des responsables des sociétés radio-télévision sur le manquement dont vous m’avez saisi. »

Le 29 juin, Jean-Marie Le Pen est l’invité du 23 heures de TF1, alors chaîne publique, ouvrant le bal d’une exceptionnelle exposition médiatique : le « Club de la presse » d’Europe 1, le 18 septembre 1983 ; la première invitation à « L’Heure de vérité » de François-Henri de Virieu, sur Antenne 2/France 2, le 13 février 1984 (il y en aura huit autres, jusqu’en 1995)[16] ; « Grand jury » RTL – Le Monde, le 13 septembre 1987, au cours duquel le leader du FN affirme que les chambres à gaz nazies « sont un point de détail de la Seconde Guerre mondiale »…

La corrélation entre ces tribunes de grandes audiences offertes, dès 1982, à Jean-Marie Le Pen et ses succès électoraux de plus en plus substantiels est impressionnante.[17] Alors qu’il n’avait pas réussi, en 1981, à recueillir les 500 signatures nécessaires pour se présenter à l’élection présidentielle, qu’il plafonnait à 4,38 % des voix, à Paris, lors des législatives de juin 1981, et que toute l’extrême droite était laminée (0,2 % des suffrages) lors des cantonales de mars 1982, Jean-Marie Le Pen récolte 11,26 % des voix parisiennes aux municipales de mars 1983. Premier frémissement…

Le 17 juin 1984, le FN obtient 10,95 % des suffrages aux européennes et place ainsi 10 députés, dont Jean-Marie Le Pen, au Parlement européen, quatre mois seulement après avoir bénéficié d’une première invitation à « L’Heure de vérité ». Dès lors, le Front national ne va cesser d’étendre son emprise sur le paysage politique français. Législatives du 16 mars 1986, à la proportionnelle (!) : 9,63 % des voix pour le FN ; 35 élus, dont Jean-Marie Le Pen et Yann Piat, à l’Assemblée nationale. Présidentielle de 1988 : 14,39 % des suffrages pour Jean-Marie Le Pen, le 24 avril, qui déclare que c’est « un tremblement de terre politique ».

29 - #dealers L’effet est effectivement spectaculaire. Dès le 30 avril 1988, Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac, confiait au magazine Valeurs actuelles : « Sur l’essentiel, le FN se réclame des mêmes valeurs que la majorité. » Et les premiers accords pour le retrait réciproque de candidats de la droite et de candidats frontistes sont passés dans les Bouches-du-Rhône, en préparation des élections législatives de juin 1988. Les barons de la droite prétendument républicaine ne cachent plus, dès lors, leur complaisance, voire leur complicité tactique, avec le chef du Front national. Édouard Balladur, alors Premier ministre, reçoit Jean-Marie Le Pen à Matignon le 30 avril 1993, pendant une heure et vingt minutes, puis le 20 juin 1994, lui donnant du « Président Le Pen », lui assurant que sa porte lui sera « toujours ouverte ». Valéry Giscard d’Estaing le salue d’un « cher ami », Raymond Barre fait preuve d’« une attitude plus démocratique, plus juste que celle de ses homologues » vis-à-vis du leader du FN, comme en témoigne Jean-Marie Le Pen lui-même, le 10 juin 1984.

Du côté du Parti socialiste, la décision d’installer Jean-Marie Le Pen et le Front national au plus haut niveau imaginable de la représentation politique a été prise par un président de la République, François Mitterrand, et ses plus puissants amis et conseillers, afin de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, malgré une impopularité qui commençait, dès le milieu des années 1980, de s’exprimer de plus en plus nettement.

Le 10 juillet 1985, l’Assemblée nationale adoptait donc la loi instaurant la proportionnelle qui donnera, en mars 1986, 35 sièges de députés au Front national. L’idée machiavélique avait été discutée complètement, quelques mois plus tôt, lors de discussions discrètes entre François Mitterrand et Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères, à l’Élysée. « Il faut trouver un moyen de les diviser », testait le président de la République, en pensant au RPR de Jacques Chirac et à l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing, vainqueurs attendus des élections législatives de 1986. Ainsi a germé la décision de changer le mode de scrutin et d’introduire la proportionnelle. Le Premier ministre Laurent Fabius, consulté, approuve sans difficulté le projet.

Roland Dumas a confirmé lui-même cette « tactique » politicienne, le 4 mai 2011, dans l’émission « Face aux Français », sur France 2 : « Il fallait qu’on trouve un moyen de les diviser (à droite). Et le moyen de les diviser ça a été la loi électorale, c’est-à-dire la proportionnelle. » Les journalistes Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez ont aussi raconté un dîner de mai 1988, sur les bords de la Marne, chez Jean-André Faucher, un ami d’enfance de Roland Dumas.[18] A table, un deuxième invité : Roland Gaucher, membre du bureau politique du Front national, que le représentant secret de François Mitterrand a déjà rencontré deux fois. Roland Dumas veut sonder les intentions réelles du Front national pour le deuxième tour de l’élection présidentielle. Roland Gaucher le rassure rapidement et lui explique même que les permanents du Front national sont mobilisés pour « faire voter en sous-main » en faveur du Président de la République sortant. En échange, Roland Dumas évoque un possible retour du scrutin proportionnel pour les prochaines législatives, lui rappelle les anciens combats antigaullistes de François Mitterrand et lui rappelle même la réhabilitation tellement controversée des généraux putschistes, en 1982.

Durant tout le règne de François Mitterrand (double septennat, de mai 1981 à mai 1995), nombreux furent les caciques socialistes qui, outre Roland Dumas, l’encouragèrent plus ou moins ouvertement à nourrir une « complicité tactique » avec Jean-Marie Le Pen : Pierre Bérégovoy, Maurice Faure (un radical), Charles Hernu, Bastien Leccia, Paul Quilès…[19] En revanche, Édith Cresson, Lionel Jospin et Michel Rocard furent totalement réfractaires à ces manipulations.

30 - #Carpentras Cependant, le jeu des compromissions tactiques entre politiciens du Front national et des partis dits « de gouvernement » n’a, depuis, jamais cessé.

En 2007, afin de barrer l’accès de Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy et les siens tentèrent par tous les moyens de favoriser la candidature de Jean-Marie Le Pen. Le 9 novembre 2006, Bernard Accoyer, alors président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, puis Nicolas Sarkozy, le 23 novembre suivant, dans un discours aux maires de France, affirmèrent la nécessité d’aider le président du Front national à recueillir les 500 parrainages nécessaires à l’enregistrement de sa candidature. Bernard Accoyer poussa son soutien tactique jusqu’à expliquer que « pour la démocratie », il valait mieux que Jean-Marie Le Pen « soit présent au premier tour ».

En 2012, la troisième circonscription du Vaucluse, à Carpentras, a propulsé Marion Maréchal-Le Pen, nièce de Marine Le Pen, à l’Assemblée nationale, avec 42,1 % des voix, contre 35,82 % pour le candidat UMP, Jean-Michel Ferrand, et 22,08 % pour la candidate PS, Catherine Arkilovitch, qui ne s’est pas désistée après le premier tour du scrutin (triangulaire), malgré l’appel pressant de son camarade socialiste Francis Adolphe, maire de Carpentras, à le faire. À l’âge de 22 ans, la petite-fille du fondateur du FN devenait ainsi la plus jeune députée de l’histoire de la République française.

Selon plusieurs enquêtes journalistiques (Le Canard enchaîné, L’Express, Le Monde et Mediapart) et internes au PS, le maintien de Catherine Arkilovitch au second tour de la législative à Carpentras a été soutenu par Claude Haut, président socialiste du conseil général de Vaucluse, en contrepartie du maintien de la candidate du Rassemblement Bleu Marine dans la cinquième circonscription du Vaucluse, afin de favoriser l’élection du socialiste Jean-François Lovisolo. La carrière politique de Marion Maréchal-Le Pen doit ainsi son lancement provençal à un pacte « tactique » digne du Sphinx.[20]

Depuis, son ascension politique fulgurante fait d’elle, déjà, la concurrente de sa tante. Au congrès du Front national de novembre 2014, elle arrive première du vote des militants pour le Comité central du parti, avec 80 % des suffrages, devant Louis Aliot (76 %), le compagnon de Marine Le Pen, Steeve Briois (70 %) et Florian Philippot (69 %). Tête de liste du FN à l’élection régionale de 2015 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, elle est aussi conseillère régionale. Dans le premier tome d’une belle bande-dessinée de François Durpaire et Farid Boudjellal, La Présidente, Marine Le Pen gagne l’élection présidentielle de 2017 et Marion Maréchal-Le Pen devient ministre de l’École et des Savoirs fondamentaux. « La nièce » est ensuite élue présidente de la République, le 5 juin 2022, dans le second tome de cette B-D de politique-fiction très réaliste…[21]

Pour l’instant, son emprise sur le FN devient prépondérante et surtout pleine d’avenir. En effet, en décembre 2016 et janvier 2017, les sympathisants frontistes se disaient en majorité plus proches des idées et valeurs très extrémistes défendues par Marion Maréchal-Le Pen (52%) que de celles, plus libérales, portées par Florian Philippot (29%), 19% se déclarant aussi proche des unes que des autres, selon un sondage massif (4938 personnes) réalisé par l’IFOP pour Le Figaro. Dans le détail, le positionnement de Marion Maréchal-Le Pen se révèle surtout « plus porteur chez les plus jeunes » (66% chez les moins de 25 ans) et diminue avec l’âge, les sympathisants frontistes les plus âgés étant partagés entre sa doctrine (39%) et celle de Florian Philippot (35%).

31 - #lit Celles et ceux qui feront « le lit de Marine Le Pen », en 2017, sont d’abord celles et ceux qui voteront pour elle au premier et au deuxième tour probable de l’élection présidentielle des 23 avril et 7 mai prochain. Ce sont aussi, et peut-être principalement, celles et ceux qui, dirigeant à un titre ou un autre notre pays depuis 35 ans, ont ruiné la confiance de leurs électeurs et concitoyens en détruisant, à leur profit, les sécurités sociales et les services publics, en inversant, toujours à leur profit, la marche vers l’égalité, en pratiquant et en protégeant le mensonge, la corruption, la grande fraude fiscale et les compromissions politiciennes.

[1] La Croix, 14 mars 2011.

[2] En lisant le livre majeur de Pierre-Noël Giraud, L’Homme inutile. Du bon usage de l’économie (Odile Jacob, 2015), le Premier ministre d’alors aurait compris qu’une politique résolue de lutte contre la production mondialisée d’« hommes inutiles », c’est-à-dire de pauvres, d’opprimés et de migrants par centaines de millions, est la seule voie réelle de lutte contre les « partis de guerre civile », dont le FN, à l’inverse des vociférations électoralistes.

[3] Jean-François Léger, « Le chômage, terreau du vote Front national ? », Population & Avenir, n° 723, mars 2015 ; « Y a-t-il une corrélation entre vote frontiste et chômage ? », Le Parisien, 7 décembre 2015 ; Faÿçal Hafied (économiste à Sciences Po) et Philippe Englebert (économiste et analyste financier dans une grande banque d’investissement), « La percée du FN : “Un vote contre le chômage et non contre les étrangers” », Le Monde, 12 décembre 2015 ; lire aussi Bernard Stiegler, Pharmacologie du Front national, Flammarion, 2013.

[4] Bernard Stiegler, « Instaurer une nouvelle politique de l’esprit », propos recueillis par Antoine Peillon, La Croix, 5 juillet 2013.

[5] Hervé Le Bras, Le Pari du FN, Autrement, 2014. Entretien avec Cécile Damas : « Le vote frontiste se propage comme des épidémies de grippe », Libération, 9 décembre 2015.

[6] Camille Peugny, Le Déclassement, Grasset, 2009, et « Le grand malaise. Enquête sur les classes moyennes », par Jérôme Fourquet, Alain Mergier et Camille Peugny, Fondation Jean-Jaurès, mai 2013.

[7] Jérôme Fourquet et Guillaume Chevalier, « Enquête sur le déclassement social et l’auto-positionnement dans la société », Ifop, janvier 2013.

[8] « Le grand malaise. Enquête sur les classes moyennes », par Jérôme Fourquet, Alain Mergier et Camille Peugny, Fondation Jean-Jaurès, mai 2013, pp. 61 et 62.

[9] « Les électorats de Marine Le Pen ou les contraintes du succès », par Luc Rouban, Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), novembre 2013.

[10] Véronique Champeil-Desplats, Jacques Chevallier, Mireille Delmas-Marty, Jean-Pierre Dubois, Stéphanie Hennette-Vauchez, Geneviève Koubi, Christine Lazerges, Danièle Lochak, Yves Mény, Serge Slama, Catherine Teitgen-Colly : « Non à l’état d’urgence permanent », Le Monde (lemonde.fr), 20 décembre 2015.

[11] Un président ne devrait pas dire ça... Les secrets d’un quinquennat, Stock, 2016.

[12] Auteur, entre autres, du bestseller Le Capital au XXIe siècle, Seuil, 2013.

[13] Michel Deléan, « Henri Leclerc : la déchéance de nationalité est une idée “insupportable” », Mediapart, 24 décembre 2015.

[14] Pierre Tevanian et Sylvie Tissot, Dictionnaire de la lepénisation des esprits, Esprit frappeur, 2002.

[15] Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, La Main droite de Dieu : enquête sur François Mitterrand et l’extrême-droite, Le Seuil, coll. « Epreuve des faits », 1994 ; Franz-Olivier Giesbert, Le Président, Le Seuil, Paris, 1990, et La fin d’une époque, Le Seuil / Fayard, 1993.

[16] Les 16 octobre 1985, 6 mai 1987, 27 janvier 1988, 22 mai 1989, 9 mai 1990, 12 janvier 1992, 31 janvier 1993 et 13 novembre 1994.

[17] Olivier Warin, Le Pen de A à Z, Albin Michel, 1995.

[18] Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, La Main droite de Dieu : enquête sur François Mitterrand et l’extrême-droite, Le Seuil, coll. « Épreuve des faits », 1994.

[19] Olivier Warin, Le Pen de A à Z, Albin Michel, 1995.

[20] Michel Henry, La Nièce. Le phénomène Marion Maréchal-Le Pen, Seuil, 2017.

[21] François Durpaire et Farid Boudjellal, La Présidente, Les Arènes, 2015, et La Présidente, t. 2, Totalitaire : il est encore temps d'éviter le pire, Les Arènes et Démopolis, 2016.

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