Corruption (Seuil, 2014) / revue de presse

En vingt ans, la corruption a connu en France un développement vertigineux. Au point qu’elle menace aujourd’hui de mettre à bas l’édifice de l’Etat et la société tout entière. Mais s’il est vrai qu’elle est le fruit naturel de l’institution du marché, comment en venir à bout ?

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Date de parution : 02/10/2014

En vingt ans, la corruption a connu en France un développement vertigineux. Au point qu’elle menace aujourd’hui de mettre à bas l’édifice de l’Etat et la société tout entière. Mais s’il est vrai qu’elle est le fruit naturel de l’institution du marché, comment en venir à bout ?

En prenant d’abord la mesure exacte du phénomène. Et qui, mieux que celui qui ouvrit sa carrière de grand-reporter en apportant des éléments décisifs sur l’« Affaire Carignon », il y a précisément vingt ans, pouvait s’en charger ? En comprenant ensuite que si nous devons contraindre nos gouvernants à mobiliser tous les moyens politiques et judiciaires propres à lutter contre cette pathologie de la démocratie, il nous faut également prendre conscience que le mal traverse - au-delà des hautes sphères dirigeantes - chacun d’entre nous : la République gangrénée ne se meurt-elle pas aussi et surtout des conflits d’intérêt de tous les jours et des petits arrangements de chacun avec la morale civique ?

Depuis que des hommes achètent les actes et la conscience d’autres hommes, philosophes, écrivains, hommes de sagesses et de religions ont accumulé un trésor de réflexions et d’expériences propres à nous enseigner l’esprit de résistance à la corruption. En voici les plus beaux joyaux, en forme d’invitation à l’action.

Car nous sommes tous responsables de notre bien commun, la République.

Les 20 premières pages (en pdf).

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Cynthia FleuryL'Humanité : "Un  livre qui tisse la dialectique terrible entre crise de régime et corruption." "L’inventivité de la corruption est à la fois sans limites et généralement assez simple dans son principe. Éternelle pour d’autres. Inéluctable. Pourtant l’on se rend compte que les États, les organismes, les entreprises, les individus qui décident de lutter contre, parviennent à l’enrayer. Pas totalement, certes. Mais le laxisme n’est pas plus productif. Il est même résolument dangereux. Laissons un instant les affaires politico-financières françaises. Observons le racket sans esprit d’un des quotidiens économiques les plus suivis de la Chine. Ces dirigeants ont menacé plus d’une centaine d’entreprises de « révélations compromettantes si elles n’achetaient pas d’espaces publicitaires ». La chose, paraît-il, est commune, dans un pays où les entreprises ont pour habitude, aussi, d’acheter la presse.

Corruption (Le Seuil, 2014) est le titre simplissime du livre d’Antoine Peillon, grand reporter à la Croix et spécialiste de ces questions. Un livre qui tisse la dialectique terrible entre crise de régime et corruption. Peillon décrit la prolifération des conflits d’intérêts (et des collusions réelles) produisant mécaniquement l’effacement de la République. Délits d’élus, de Graziella Riou Harchaoui et Philippe Pascot (Max Milo Éditions) recense quelque quatre cents hommes et femmes aux prises avec la justice ou condamnés… et pour le moins réélus. Preuve que l’acceptabilité de la corruption est toute culturelle. Il existe en France un « usage constant des affaires » (Badiou), un fonctionnement en « bandes organisées » digne des mafias les plus traditionnelles, mêlant hauts fonctionnaires, hommes d’affaires, avocats, journalistes, etc., parfois d’autant plus protégés qu’ils le sont par le secret-défense. Thierry Colombié parle de « coterie trafiquante ». Autre lieu qui échappe à la justice, la commission des infractions fiscales, dite verrou de Bercy, seule habilitée à déclencher (ou non) des poursuites judiciaires à l’encontre des fraudeurs fiscaux, par autorisation donnée (ou non) à l’administration de porter plainte. En juin 2013, un nouvel arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) rappelait, une fois de plus, que le parquet français ne pouvait être considéré comme une autorité judiciaire au sens de l’article 5 §3 de la convention, du fait du lien hiérarchique entre celui-ci et le pouvoir exécutif. La loi de lutte contre la fraude fiscale et la grande délinquance économique et financière, votée en décembre 2013, ne change d’ailleurs rien à l’affaire dans la mesure où le procureur de la République financier dépend du ministère de la Justice. Pourquoi maintenir une opacité administrative totale en faveur de l’impunité des fraudeurs fiscaux, telle est la question posée par Peillon.

Corruption de « haute intensité » qui voisine avec une corruption de « basse intensité » qui ne peut être considérée de même nature. Néanmoins, délimiter la frontière n’est pas aisé. Les organisations criminelles ont largement infiltré l’économie légale (Cutajar), elles achètent la décision publique. La mondialisation a par ailleurs décuplé la puissance des entités non étatiques en leur donnant un sentiment d’impunité dans l’espace global. Le temps des pirates n’est pas révolu."

Laurent JoffrinLibération : "Courageux et lucide. Peillon livre une réflexion approfondie, nuancée, puisée aux sources de la sociologie, de l'anthropologie et de l'histoire, sur la corruption française." "«Tous pourris»… Pour éviter cette conclusion délétère, qui fait injure à tant d’hommes politiques honnêtes, de hauts fonctionnaires rigoureux, de chefs d’entreprise et de banquiers sans tache, qui favorise l’emprise d’un parti xénophobe sur l’électorat, nous avons sous­estimé la corruption dont souffre notre pays. L’Etat français, se disait­on pour se rassurer au milieu du vicieux tumulte des affaires, reste globalement honnête. Les élus indélicats sont des moutons noirs et les patrons voyous forment une engeance détestable mais finalement minoritaire. Antoine Peillon, grand reporter à la Croix, syndicaliste courageux et lucide, investigateur opiniâtre qui fréquente aussi les philosophes, nous ouvre les yeux sur l’étendue du mal. Nos démocraties capitalistes, dit­il, sont gangrenées par l’argent sale. Lanceur d’alerte salutaire dans l’affaire de l’UBS, cette banque suisse qui faisait profession de drainer en France et ailleurs tous les candidats à l’évasion fiscale et qui a couvert tant de trafics, Peillon livre une réflexion approfondie, nuancée, puisée aux sources de la sociologie, de l’anthropologie et de l’histoire, sur la corruption française. Il commence par tirer la leçon de la litanie des affaires qui émaillent notre histoire récente. Entre les corruptions chiraquiennes, les faiblesses socialistes et l’incroyable série des casseroles qui traînent en un bruyant cortège aux basques de Sarkozy, la démocratie française finit par exhaler une forte odeur de faisanderie. François Hollande lui­-même, qui ne fut jamais à aucun titre soupçonné d’illégalité, a dû subir les retombées salissantes des écarts de Cahuzac, des légèretés de Morelle, des basses manœuvres d’un Guérini ou des absences d’un Thévenoud. La vie politique est entachée de dérapages, la vie économique de prévarications diverses, la vie locale d’arrangements suspects et le monde de la finance de pratiques aussi douteuses que fréquentes. En face de ces tricheries innombrables, de ces infractions fiscales ou administratives sans fin, les mécanismes de régulation ou de répression sont insuffisants, complaisants ou paralysés, quand ils ne sont pas franchement complices. Combien de turpitudes ont ­elles été dissimulées à l’abri du «secret­ défense», combien de combines louches cachées par l’opacité étatique ? Peillon a le moindre défaut de prêcher pour sa paroisse, celle de la Croix, journal manifestement arrivé, selon lui, à la sainteté canonisable, de jouer parfois les Savonarole et de hisser sur le pavois, en lui conférant un monopole de vertu un peu exagéré, son ami Edwy Plenel, changé dans son livre en Jeanne d’Arc à moustache. Après tout, il existe en dehors de Mediapart quelques journalistes compétents et honnêtes, quelques journaux indépendants, qui ont eux aussi déterré des scandales, dénoncés des affaires, mis à jour des irrégularités, au Point, au Monde, à Marianne, au Canard enchaîné ou… à Libération. Par exemple… Le travail que nous avons effectué sur l’affaire Bygmalion a été utile et éclairant, chacun le reconnaît, sauf à se conférer indûment l’exclusivité de la rectitude et du courage. Mais Peillon s’astreint aussi à la rigueur intellectuelle en cherchant, non le simple sensationnalisme des révélations, mais les racines profondes du mal. L’extension dangereuse de l’emprise de la finance sur l’économie fut bien sûr un facteur essentiel. Quand on promeut, au nom du libéralisme, la cupidité au rang des vertus cardinales, on ne doit pas ensuite d’étonner de voir la vie bancaire ou boursière constellée de tactiques illégales, d’escroqueries en costume Lanvin, de festins obscènes où sont conviés tous les loups de Wall Street. La classe dirigeante a oublié la leçon de Montesquieu : le principe des régimes tyranniques, c’est la peur, le principe des régimes aristocratiques, c’est l’honneur et celui des régimes démocratiques, celui qui les fait tenir debout, c’est la vertu. Non pas celle des jeunes filles, mais celle des citoyens dignes de ce nom. Peillon va plus loin en lisant les sociologues et les anthropologues. La corruption qui mine nos sociétés, dit­il, est aussi une culture. Celle de l’arrangement, du conflit d’intérêt, de la combine bénigne, du mépris quotidien des lois, du contournement des règles. La corruption, c’est aussi une emprise invisible, celle du crime organisé qui accroît sans cesse son cercle d’influence, qu’on croit confinée dans les pays du Sud, Italie par exemple, et qui s’étend depuis longtemps sous nos climats plus austères. «Nous sommes tous responsables», dit­-il lucidement. Pour cet avertissement dérangeant, il mérite le détour, qui fera du bien à la morale civique."

Christian Chavagneux / Alternatives économiques : "Par l'addition des affaires évoquées, on prend la mesure des liens opaques et antidémocratiques qui peuvent se tisser entre les pouvoirs de l'argent et de la politique."

France Inter (Le téléphone sonne, 2 octobre 2014) : "Pouvoir et argent sale, comment travaillent les journalistes d'investigation ?", avec Fabrice Arfi, Benoît Collombat et Antoine Peillon.

Double entretien (avec Fabrice Arfi) pour Les Inrocks : "Depuis de nombreuses années, le public et nos confrères reçoivent de façon prudente ces révélations car ils craignent que cela nourrisse le populisme voire le fascisme. Notre position est pourtant claire : rien ne nourrit autant la réaction antirépublicaine que l’ignorance. Le premier mouvement pour démonter ce sentiment de “tous pourris” c’est de révéler la réalité des choses. Le deuxième c’est de se mettre au boulot pour reconstruire la République."

Fabrice Arfi et Antoine Peillon / photo : Laurent Hazgui, pour "Regards"

Fabrice Arfi et Antoine Peillon, décembre 2014 / photo : Laurent Hazgui, pour Regards

Double entretien (avec Fabrice Arfi) pour Regards : "Jamais, au moins depuis la Libération, nous n’avons connu un tel niveau de corruption. Tout simplement parce que le volume de la corruption au sens large, consistant à acheter des idées, des consciences et des actes, est directement indexé au volume des flux économiques et financiers du capitalisme néolibéral."

France Culture (La grande table) : "Comment penser la corruption", émission de Caroline Broué et Antoine Mercier, avec Loic Blondiaux,  professeur de science politique à l'Université Paris I / Panthéon-Sorbonne : "Nous sommes tous responsables. A partir du moment où la citoyenneté se résume à se lever, travailler, toucher son salaire et dormir la nuit ; sans engagement associatif, syndical ou politique, la République se fait sans nous. Elle n'est dès lors plus une République démocratique. (...) D'un point de vue quantitatif, les sommes volées pas la corruption, notamment par l'évasion fiscale, sont en train de mettre à genoux nos sociétés."

Débat / mardis des Bernardins, avec Antoine Garapon, magistrat, auteur d’un récent article dans la revue Esprit sur la corruption, Antoine Peillon, grand reporter à La Croix, auteur de Corruption ; Nous sommes tous responsables (Seuil, 2014), Adrien Roux, docteur en droit pénal à l’université Aix-Marseille. "Si nous vivons dans un Etat de droit, cela n’empêche pas nos classes politiques d’essuyer périodiquement - avec plus ou moins de séquelles – des accusations de corruption. Face à la corruption, l'administration et la classe politique françaises ont un comportement qui reste très perfectible. Phénomène tout à la fois unanimement réprouvé et universellement répandu, la corruption, à défaut d’occuper souvent la scène des tribunaux, quitte rarement les colonnes de l’actualité."

Antoine Peillon, auteur de "Corruption", et Pierre Lascoumes, co-auteur de "Sociologie des élites délinquantes", ont présenté leur ouvrage dans La parole aux auteurs. - La librairie de l'Éco, présenté par Emmanuel Lechypre, sur BFM Business.

Jean-Claude Widmann, dans LibreSens (revue du Centre Protestant d'Études et de Documentation) : "Le livre se termine par un appel au civisme, à une reconstruction de la démocratie. Il rappelle ce mot que Roland de Pury avait mis en exergue de sa prédication célèbre du 14 juillet 1940 à Lyon : « Tu ne déroberas point »."

Catherine Dubouloz / Le Temps : "Dans Corruption, l’affaire UBS constitue l’un des fils rouges. Antoine Peillon apporte de nouvelles révélations, notamment sur les discussions autour d’un plaider-coupable «entre l’Etat français, via le parquet de Paris, et la banque mise en cause». La négociation, «de moins en moins confidentielle, a finalement capoté fin juillet 2014», en raison notamment des «risques de scandale» si l’information avait été rendue publique et si l’accord avait abouti sur une amende relativement modeste, confie-t-il au Temps."

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Gérard Aschieri / Hommes & Libertés, revue de la Ligue des droits de l'homme : "Mais A. Peillon n’en reste pas là, et c’est toute l’originalité et l’intérêt du livre: convoquant l’histoire, la criminologie, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, il s’efforce de comprendre et de nous faire comprendre comment fonctionne la corruption, ses conséquences désastreuses pour la démocratie, mais aussi ce qu’elle représente, ce qu’elle nous dit sur notre société et sur nous. Il montre la perméabilité entre le crime organisé et la corruption, et le système de services mutuels qui les lie. Il met en lumière ce que la corruption doit au libéralisme et surtout au néolibéralisme, qui prétend substituer le marché à la démocratie et fait du profit la norme suprême. Et il souligne combien cette corruption peut prospérer sur un terreau de petits arrangements, où les individus à tous les niveaux oublient l’intérêt général au nom de leurs petits intérêts particuliers."

Entretien / Siné Mensuel : Corruption, fraudes : « Ne pas savoir, c’est ne pas vouloir savoir »

"Comment ne pas sentir dans notre monde des forces de pourrissement ? Il y a un chapitre de mon livre consacré à la métaphysique de la corruption, je ne pense pas que ce soit accessoire. Je crois que ce qu’on appelle l’esprit d’une société a une force considérable. On assiste à l’écrasement des plus faibles, on le voit dans le recul des politiques de santé. Pire encore, il y a une destruction peut-être définitive de l’environnement du fait de cette prédation sans fin. Si on ne comprend pas qu’on est à nouveau dans un moment apocalyptique dans tous les sens du terme, on se laisse bercer par une comptine enfantine. Il s’agit de se réveiller."

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Appel : "Nous, citoyens contre la corruption" (Paris, 19 octobre 2014). Appel contre la corruption, ce fléau « qui met l'Etat de droit en péril et installe une insupportable fatigue démocratique », lancé dimanche 19 octobre à Paris par  les journalistes Fabrice Arfi, Benoît Collombat, Antoine Peillon et Edwy Plenel, rejoints par des magistrats, juristes, avocats, policiers, criminologues, sociologues, économistes, anthropologues et philosophes et Roberto Scarpinato, procureur auprès du parquet de Palerme (Italie). Vidéos de la soirée du 19 octobre, au Théâtre de la Ville (Paris).

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