Gema Caballero, cantaora à force de ténacité

Comment atteindre autant de beauté et d'émotion en une heure et demie ? C'est la leçon que délivre magistralement la chanteuse Gema Caballero. Originaire de Grenade, rien ne la prédestinait à une carrière de cantaora. Elle vient d'une famille qui se fout royalement du flamenco. En revanche, depuis sa plus tendre enfance, elle s'arrête dans les rues étroites de l'Albaycin, pour écouter cette musique étrange qui s'échappe des maisons. Elle sera, qoiqu'il advienne, cantaora. Gema a la tête aussi dure que les pierres de la Sierra nevada qui entoure sa ville. A force de travail et de conviction, elle l'est devenue cantaora. Malgré l'opposition familiale. Malgré la résistance du milieu qui ne voit jamais d'un bon œil un électron libre bouleverser la hiérarchie mise en place par les dynasties flamencas venues tout droit des cuevas du Sacromonte. Elle vit aujourd'hui à Madrid.

Gema Caballero lors du Festival Voix de femmes en 2009 © René Robert Gema Caballero lors du Festival Voix de femmes en 2009 © René Robert

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis quelques années, nous pouvons l'entendre, le plus souvent, dans des salles intimistes. A Flamenco en France où elle était déjà venue deux fois, elle a donné, il y a un mois à peine, un récital mémorable, accompagnée par son compatriote Luis Mariano Renedo. Maria-Luisa Sotoca Cuesta, directrice artistique du festival flamenco de Toulouse, a eu l'excellente idée de la programmer lors de sa dernière édition. Soirée de pur bonheur. Gema, tout en restant très orthodoxe, interprète avec une grande liberté de ton des palos aux couleurs très variées et choisit ses letras avec soin. Elle sort systématiquement des sentiers battus, des parcours imposés par « les ronds de cuir » du flamenco. Cette fraîcheur aiguise l'oreille. Ses caracoles sont enlevés, gais, originaux. Sa solea apola est cadencée et profonde comme un paso de la Semaine sainte, sa milonga une promenade mélancolique à l'ombre des magnolias, au bord du rio de la Plata, sa zambra, qui pourrait facilement ressembler à une canción folklorique, est un voyage enchanté des Palais Nazaríes aux grottes du Sacromonte. Jusqu'à sa panadera, chant du boulanger, qu'elle transforme en une comptine allègre, un air de fête. Elle n'interprète pas, elle vit intensément ce qu'elle chante. Elle entraîne son auditoire pour un voyage où la douleur, la colère, la mort se confrontent à l'allégresse, à la joie, au jeu et à la vie. C'est là que réside le charme et la force de son chant. Une heure et demie d'intensité dramatique et de bonheur intense. Une grande artiste est née.

 

Gema Caballero sera à la Grande Halle de la Villette aux côtés de la danseuse Belen Maya le 12 juin 2014.

http://www.villette.com/fr/agenda/gitanas-andaluzas-belen-maya.htm

Cantaor (a) : chanteur / chanteuse de flamenco
L'Albaycin, le Sacromonte, les Palais Nazaríes à l'Alhambra : quartiers mythiques de Grenade
Cuevas : grottes du Sacromonte où vivaient les gitans
Pasos : chars portés à dos d'hommes, sur lesquels sont promenés en procession vierge ou  christ, lors de la Semaine sainte
Palos : chants flamencos
Caracoles, solea a pola, milonga, zambra, panadera : type de chants

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.