Paco el Lobo, un cantaor de Paname

Paco el Lobo, un cantaor de Paname

Paco el Lobo © René Robert Paco el Lobo © René Robert
Paco El Lobo est un cantaor atypique, insolite et marginal. Il est Parisien, comme le sont la plupart des Parisiens, c’est-à-dire d’ailleurs.

 

D’origine indéfinie, un peu gitan, un peu manouche, il a puisé loin dans son enfance la douleur et la rage qu’il exprime dans son chant. Il aurait pu « faire » voleur de mobylettes, trafiquant en tout genre, tous ces petits boulots illégaux de la survie. Et puis le flamenco a croisé sa route un dimanche de son enfance ; un vieux disque usé de Pepe de la Matrona ou d’Antonio Mairena, et la cause était entendue : « Je serai cantaor ou rien. » Et il a été chanteur. Il a commencé par reproduire le chant en onomatopées, puis il a appris l’espagnol et la guitare, les deux sésames pour aller au fond des choses. Il a voyagé loin dans ce qu'il appelle ses « Andalousies ». Et aujourd’hui Paco El Lobo sort Mi camino flamenco, son troisième disque. Il a acquis une maturité, une sagesse et, en même temps, une allégresse qu’on ne trouvait pas dans les disques précédents, El grito et Suspiro del Moro.

Paco El Lobo a une connaissance approfondie du chant et de toutes ses facettes. Treize titres, treize ambiances, treize couleurs, treize palos. Cette invitation au voyage au cœur du flamenco va des contrées les plus sombres, les plus prenantes du chant, telles la siguiriya, la saeta, aux chants réputés plus légers tels le fandango ou la buleria. Il chante la tragédie de l’amour perdu, de l’amour torture, plus rarement de l’amour heureux. La vie est dure pour les Gitans. Même la joie est indissociable de la peine, du déchirement et de la mort. Le disque se termine sur un pied de nez. L’ultime morceau est une rumba, dont l’origine cubaine est clairement identifiable, joyeuse, allègre et bien balancée. Mais en lisant le titre du morceau et écoutant de plus près les paroles, il s’agit d’un chant sur la prison. Le titre n’est pas équivoque : carcel, c’est la geôle. Il résume à lui seul toute la dualité du flamenco. A l’image de la vie, tout est intimement lié, mort, souffrance, naissance, amour et trahison. Rires et larmes. Mi camino flamenco est un instant parfait du flamenco en mouvement.

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