Enseignons l'écologie à l'école

Le système scolaire a pour vocation de doter les futurs citoyens des outils essentiels pour la compréhension du monde dans lequel ils exerceront leurs libertés. Aujourd'hui, il apparaît donc inconcevable de ne pas éduquer les nouvelles générations aux enjeux écologiques qu’ils devront affronter, et qui conditionneront toute forme de société future.

Prenant acte du déclin de toutes les formes de vie non-humaine sur Terre, sur l’ensemble des biomes et sur l’intégralité du globe,

Prenant acte du réchauffement climatique en cours et à venir, qui menace de déstabiliser l’ordre des sociétés humaines et des écosystèmes naturels partout sur la planète,

Prenant acte de la non-remise en question d’un mode de pensée dominant, qui objective et réduit toute forme de vie à des fins de production de services pour les humains,

Prenant acte du risque possible d’un effondrement systémique, et de la disparition de sociétés hautement hiérarchisées et organisées à grande échelle,

Prenant acte que nos institutions (nationales ou supra-nationales) ne se sont toujours pas engagées sur une voie en phase avec les limites bio-écologiques qui nous sont imposées,

Prenant acte de la réticence des pouvoirs publics à éduquer convenablement la population à ces sujets, alors même que la curiosité grandit chez les jeunes élèves d’en savoir plus,

Prenant acte de la très forte mobilisation citoyenne des étudiants et des professeurs qui battent le pavé chaque vendredi en faveur d’un enseignement des enjeux écologiques,

Prenant acte, enfin, de l’absence de vision du Ministère de l’éducation en matière d’enseignement de l’écologie,

Nous, citoyen.ne.s, scientifiques, enseigant.e.s, devons donner les clés aux jeunes générations pour qu’elles puissent saisir le monde dans lequel elles évolueront, s’approprier les débats autour de l’utilisation des ressources, et changer la trajectoire écologique de nos sociétés.

Nous devons introduire, dans l’ensemble du cursus académique, de la primaire à l’enseignement supérieur, une approche transdisciplinaire visant à doter les élèves des outils de compréhension concernant les bouleversements écologiques et sociétaux qui s’opèreront au cours de leurs vies.

Il est aujourd’hui impensable qu’un élève sorte du lycée sans détenir les savoirs essentiels, pour répondre, par exemple, aux questions suivantes : Qu’est-ce que le changement climatique ? Par quoi est-il causé ? Comment caractériser l’effondrement de la biodiversité ? Quels en sont les principaux facteurs ? Quelles sont les limites planétaires ? Comment le bouleversement des cycles de l’azote et du phosphore impacte-t-il les hommes et les écosystèmes ?

Plus généralement, cet ajout dans les cursus permettra de déconstruire les discours dominants qui sont bien souvent à l’origine de fausses interprétations à propos des réalités écologiques. C’est l’occasion, par exemple, d’insister sur la coopération dans les règnes végétal, animal et fongique, ou encore de montrer combien diversité est synonyme de résilience dans les écosystèmes naturels.

Il ne faudrait surtout pas cantonner ce nouvel enseignement aux approches scientifiques, qui peuvent rebuter bon nombre d’élèves, et qui n’éclairent pas l’intégralité du problème. La philosophie, la littérature, l’histoire, les sciences sociales, les disciplines artistiques, aideront sans nul doute les élèves à s’approprier le sujet, et à comprendre ce qui a poussé nos sociétés modernes si loin dans l’erreur écologique, depuis les fondements moraux de la pensée occidentale, jusqu’aux développements récents de l’économie mondiale de marché.

Cet enseignement pourra comporter de nombreuses sorties dans des espaces naturels ou agricoles, des projets pratiques de construction low-tech, de jardins partagés au sein des établissements, et permettra également à chaque élève d’acquérir des compétences pratiques, et d’éveiller leurs curiosités face aux merveilles du monde du vivant. Car on veut protéger avant tout ce que l’on aime, et l’on aime ce que l’on connait.

Si M. Blanquer ne reconnait pas l’importance et l’urgence de ces modifications, qui, il est vrai, bouleverseront quelque peu le système scolaire, il en va de la responsabilité des établissements d’aménager de manière autonome les emplois du temps des élèves afin d’y introduire ces enseignements. Une organisation non-gouvernementale pourrait aider les enseignant.es et chef.fes d’établissements volontaires à coopérer, tout en fournissant les ressources pour élaborer des activités pédagogiques de qualité.

N’attendons pas que viennent des programmes d’un ministère qui s‘emploie à supprimer des postes au sein de l’éducation secondaire, mais co-créons les ensembles, dès maintenant, pour répondre enfin à l’appel des élèves et des enseignant.es pour le climat.

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