Black is beautiful…

"Ils ont essayé de nous enterrer. Ils ne savaient pas que nous étions des graines"

 

 

Belle est la couleur noire

Beaucoup de mes ami(e)s utilisent pour désigner leur ‘Tachaoum” (pessimisme) notre belle couleur: le noir; en la mêlant aux maléfiques stratégies des docteurs Frankensteins, et autre docteurs Folamours connus, répertoriés, qui se sont ligués pour vouloir nous pourrir la vie... 

Pourtant notre belle couleur noire n'a rien à voir avec les manigances et les mesquines élucubrations de cerveaux malades qu'un bref "Dégage" a désarçonnés, en cet hiver 2010/2011, (hiver qui attend toujours l'éclosion de notre "Printemps »); sans réussir à les abattre... 

 

Sortir du pessimisme!

Il nous faut sortir de ce pessimisme mortel. 

Le rouge et le noir restent toujours les couleurs de la révolution. 

A quoi mesure-t-on la réussite d'une "révolution"? 

Qui est le "juge"? 

A l'échelle d'une région, trait d'union des trois continents asiatique, africain et européen, peuplée de près de l'équivalent de la population “européenne” (près de 400 millions d'âmes)  qui au bout d'un demi-siècle de brutales dictatures (imposées avec la complicité de ceux dont on connaît parfaitement les manigances) se met en révolution, et celle-ci dure depuis cinq bonnes années.... 

On fête, dans moins d'un mois, l'étincelle "bouazizienne", qui a mis le feu à la plaine arabe, parce que l'herbe était sèche, à point... 

 

Octobre 1917 « borne et norme » mémorielle.

En comparaison, une révolution qui est notre "borne" et "norme" mémorielle, celle de cet Octobre 1917, touchant une Russie Tsariste de près d'une centaine de million d'âmes, était en 1922, "à bout de souffle", prête à accueillir l'enterrement en grande pompe qui sera le prélude de cette longue nuit stalinienne. 

Nous allons bientôt fêter le centenaire de cette formidable révolution, qui, en dix jours, ébranla le monde,(John Reed) après avoir fêter cette première boucherie mondiale qui en fut en quelque sorte l’accoucheuse; cette « der des der » qui fut, on l’oublie trop souvent provoqué par les deux sociétés qui ont, chacune portée, haut, le flambeau des Lumières: la France et l’Allemande. 

Ce formidable espoir pour la Russie tsariste et l’ensemble des peuples de ce vaste Orient agité par les prétentions coloniales, fut brisé net par la contre-révolution stalinienne et sa furieuse liquidation d’une accumulation de mémoire ouvrière, vieille de plus d’un siècle. 

 

Nuit stalinienne et nuit social-démocrate

Les dégâts de celle-ci nous poursuivent de leurs ombres jusqu’à nos jours. 

Désolé pour celles et ceux qui ne regardent point, au-delà du bout de leur nez historique, mais la catastrophe que fut, pour le mouvement ouvrier international, la longue nuit stalinienne, on en paye la facture en terme de conséquences, encore aujourd’hui. 

On devrait même parler de “nuit social-démocrate”... pour compléter le tableau, au vu de ce que peuvent encore produire, sous nos yeux, ici et maintenant, les descendants des assassins de Rosa Luxembourg et de Karl Liebnekht.... J’y reviendrai plus loin.

A l’occasion de l’approche du premier centenaire de la révolution d’octobre, un spécialiste des services de renseignements qui n'est pas historien mais veut « raconter l'histoire »; « je veux que les gens soient emportés par le récit » pérore-t-il; vient de pondre un énorme opuscule (3000 pages!) (http://www.lepoint.fr/livres/thierry-wolton-publie-2-200-pages-consacrees-au-communisme-13-10-2015-1972987_37.php) pour démolir rien moins que le “Communisme” et la révolution qui fut son phare, fracassée par la contre-révolution stalinienne; ce que les marxistes désignent par le vocable de « Thermidor ». 

Ce terme sert à faire le lien avec cette autre contre-révolution napoléonienne qui a emportée la première grande révolution française, celle de 1789 et qui a duré cinq année, jusqu’à l’écrasement de l’insurrection des « Egaux » par la contre-révolution napoléonienne et le rétablissement de l’empire.

Cet ex-responsable de la critique gastronomique du magazine "Elle", sous le pseudonyme de Léo Fourneau et par ailleurs écrivain boulimique de "romans" politico-policiers, est connu pour être un exemple de "non-historien" et Antoine Prost précise que ce dernier n'emploie pas de "méthodes rigoureuses" indiquant que son ouvrage accusant Jean Moulin d'être un "agent soviétique" est un "ouvrage prétendument historique".... 

Un autre historien de renom, Pierre Vidal Naquet, accuse le même Wolton de "falsification" de "révisionnisme mou" allant jusqu'à porter contre ce dernier l'accusation de "vouloir réhabiliter Vichy". C’est dire le pedigree du monsieur “Anti-communiste”... comme on dit monsieur “propre” ou comme le disait si bien notre cher Coluche: “monsieur lave plus blanc que blanc!”.

 

L’anti-communisme primaire, une vieille tradition.

L’hebdomadaire Le Point présente l'effort de "10 ans de travail" abattu par Wolton pour débusquer que derrière Staline, il y avait Lénine et derrière ce dernier, il y a Marx et son compère Engels.... 

Wolton nous explique, ce que, déjà dans les années 80/90, des "chiens de garde" (Nizan), (dont l'un des gourous, Glucksmann, vient de casser sa pipe), avaient mené avec Stéphane Courtois une première salve contre le "communisme" en rédigeant le fameux « Livre Noir du Communisme". 

Pascal Bruckner (qui s'est fait une "spécialité" de déculpabiliser "l'homme blanc" en l'invitant à ravaler ses sanglots longs) fait lui aussi la "une" du même journal (propriété du milliardaire marchand de "meubles" et autres bimbeloterie, le breton François Pinault, qu’on appelait autrefois “le Tapie du bois”). 

Ce même Bruckner, avec Bernard Henri Levy, Serge July et d'autres compères du microcosme " marxiste-léniniste-maoïste », devenus "nouveaux philosophes" et illustres spécimens du reniement de l’ « engagement politique » de leurs vertes années sont, comme leurs ainés, de l’après deux guerres mondiales, passés dans le camp de l’ennemi., avec armes et paquetages.

Ils ont été "religieux », en déïfiant Staline ou Mao ou les deux à la fois, (ce qui ne vous arrange pas mentalement lorsque vous venez à peine de sortir de l’adolescence); et en rejetant leurs "croyances", ils jetèrent le bébé avec l'eau sale du bain.... 

En France, après vingt ans de règne sans partage de la droite, le « mitterandisme » fut un boulevard à une ribambelle d’opportunistes et l’occasion de lancer les carrières et de servir les appétits de promotion générationnelle. 

En Tunisie, les mêmes « marxistes-léninistes » adeptes des « nouveaux philosophes » ont bâti leur carrière à l’ombre du caporal de sous préfecture: Ben Zozo (alias Ben Ali)… Ils furent nombreux à se prosternés devant le futur dictateur en lui servant la soupe. Ils furent « directeur de torchons » qu’on ose à peine appeler « journal » (Moncef Gouja fut directeur de « La Presse » durant de longues années. Son compère Zouhaïr Dhaouadi fut préfet (gouverneur) et beaucoup ont fait leur trou dans ce métier de tous les possibles: avocats d’affaires, le plus souvent louches… Comme un clin d’oeil à leur compère français, les Gouja et Dhaouadi ont lancé un journal électronique: Le Point.tn tout un programme.  

L’un des « droit-de-l’hommiste » de cette même génération, est parvenu, par la grâce de son entregent, à même devenir ministre du dernier gouvernement Essid, à force de persévérance, en même temps, faut le rappeler qu’un autre stalinien de l’ancien Parti Communiste Tunisien (PCT devenu Ettajdid et ensuite El Massar). L’un occupe un ministère fantôme et l’autre restera dans l’histoire comme le ministre des transports ayant passé un contrat avec la RATP française pour la récupération de ses vieux rafiots condamnés à la casse pour transporter les masses populaires condamnées à utiliser les transports en commun!  

 

Faire l’ange après avoir fait la bête!

Ravis de faire l'ange après avoir fait la bête, les déçus de Mao et de Staline se recyclaient pour partie, sous couvert de « défense » de droit de l'homme et de croisade démocratique contre les périls totalitaires, dans l'anticommunisme militant. 

C'est le résultat de cette descente en enfer dans le gouffre de la réaction libérale. 

Dans ses "Confessions d'un enfant du siècle", Musset évoquait ce je-ne-sais quoi, de vague et de flottant, qui accompagna, sous la restauration, le passage incertain entre un passé révolu et un avenir indéchiffrable. 

Une génération désenchantée traversait alors l'époque, "serré dans le manteau des égoïsmes". 

A défaut de grandes promesses et de grandes espérances, l'heure, sur "l'affreuse mer de l'action sans but", était aux menus plaisirs et petites vertus. 

Le philosophe Heine, arrivant à Paris raillait "les ci-devants apôtres, qui ont rêvé l'âge d'or pour toute l'humanité et se sont contentés de propager l'âge de l'argent": "Le mercantilisme jubile, l'égoïsme est en liesse, et les meilleurs des hommes doivent prendre le deuil. C'est la contre-révolution. Il règne maintenant une terreur du juste milieu." (Cités par Daniel Bensaïd dans sa superbe biographie: « Une lente impatience » Stock).

 

Dîner de gala. 

Quant à notre révolution "arabe", si elle reçoit de sérieux uppercuts de la part de ses adversaires, nombreux; si elle donne l'impression de mettre genoux à terre; en comparaison de ce qui historiquement est comparable, nul coup fatal, enregistré, nulle part aux quatre coins de ce vaste monde arabe... 

Mao disait qu'une révolution n'était point un "dîner de gala" et il s'y connaissait en matière de "diner". 

La deuxième révolution chinoise, celle de 1927, écrasée par le Kuomintang de ce Tchang Kai Chek imposé par Staline comme dirigeant du processus révolutionnaire se termina avec le résultat connu: 3 millions de morts parmi les communistes chinois exécutés par les sbires de Tchang Kai Chek et du Kuomitang...  

A la troisième révolution qui s'échelonne sur une quinzaine  d'années, à partir de la fin des années vingt, début des années trente, Mao et quelques milliers de ses compagnons se réfugient dans le désert du Yunan pour échapper aux massacres de Tchang Kai Chek. C’est à partir de ce désastre que Mao tire définitivement un trait sur la stratégie catastrophique de Staline en imposant ses vues quant aux tactiques d'alliances et la conduite de la guerre populaire prolongée.

Il commence par étudier de prés la victoire d’Abdelkrim El Khatibi, le « Lion du Rif »  (https://plus.google.com/109436484088982713380/posts/e1LeWHrB21S) sur les armées coloniales espagnoles, à la devenue célèbre bataille d’Anoual de juin 1921. Il enregistre que seule la guerre de guérilla appliquée à la révolution chinoise assurera la victoire de celle-ci. 

Résultat, victoire en 1949 de la révolution chinoise sous la direction exclusive de Mao et du PCC... 

Mais le prix a été comme pour la révolution russe chèrement payé. C'est ce qui explique entre autres, les futures déviations chinoises... 

 

Déchiffrons les hiéroglyphes de notre émancipation.

En comparaison, notre révolution "arabe" est plus que jamais vivante, non déplaise aux éternels défaitistes.

Si l’on ne devait prendre qu’un seul exemple de la vitalité de celle-ci écoutez la scène musicale qui explose littéralement du Yémen à la Mauritanie avec une révolution artistique à l'oeuvre, comme ce monde n’en a jamais connu de toute son histoire... 

Et cette révolution artistique est portée par une jeunesse qui utilise tous les moyens pour s'exprimer en déchiffrant, avec ses outils, les hiéroglyphes de son émancipation... Comme toutes les jeunesses du monde l’ont fait avant elle. 

N'oubliez jamais que nous sommes sortis de la longue nuit des dictatures qui a duré un demi-siècle. 

Il faut du temps, aux révolutions, quelles qu'elles soient. 

Pour redonner à cette révolution qui n'a pas rendu les armes un nouveau souffle, la meilleure action est d’abord et avant tout d’unifier, en une maison commune, tous les « révolutionnaires », celles et ceux qui n’ont pas lâcher la proie pour l’ombre. Le regroupement de ces forces dispersées aujourd’hui à l’échelle de chaque Etat en Révolution et à l’échelle du vaste monde arabe est l’objectif essentiel, si l’on veut peser sur un nouveau cycle victorieux. 

Et cet objectif peut se réaliser malgré nos divergences, qui ne sont point nos points faibles mais constituent notre force. Seule un large débat radical, (qui va à la racine des choses) en profondeur, autour de toutes questions de tactiques et de stratégies, peut nous assurer de bâtir la meilleur des stratégies pour vaincre.  Ces discussions seules peuvent nous permettre d’avancer en « déchiffrant » nos propres hiéroglyphes d'émancipation. 

Au travail! 

Fini le temps des lamentations...

Et d’abord pourquoi pas fêter comme il se doit ce cinquième anniversaire de notre révolution toujours debout. 

 

Avec ce qu’il faut de « Zic » parce qu’une révolution est joyeuse, fraternelle, folle ou ne l’est pas.

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