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Billet de blog 5 septembre 2016

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Oui on est en guerre!

La République depuis sa naissance est en guerre permanente.

aouina hamadi

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les deux têtes de l’exécutif, Hollande, Valls ont fait du thème: « On est en guerre », un véritable vadémécum. 

On peut être d’accord avec eux sur un point: oui, la République française, depuis sa naissance, « est en guerre ». 

En guerre contre sa contestation sociale et politique qui ont provoqué trois révolutions: 1830, 1848, 1871 au 19e siècle et deux guerres mondiales et une foultitude de guerres coloniales en Afrique et en Asie. 

En guerre contre les conséquences de sa voracité coloniale et les résistances multiformes provoquées par ses prédations; au nom des fameuses « valeurs de la République » transformées en véritables liturgie d’une nouvelle religion des temps modernes.

Oui la République française « est en guerre permanente ».

C’est devenu même son carburant et sa vocation.

Les Hollande, Valls ne font que perpétuer une vieille tradition remontant à la contre-révolution Thermidorienne et la démence de son promoteur: Napoléon 1er.

Hollande, Valls sont les nouveaux « Thermidoriens » de l’offensive guerrière menée par le nouveau visage de la réaction: les « sociaux-impérialistes ».

Si le quinquennat d’Hollande laissera des traces dans l’histoire, ce sera celles du chef d’Etat qui a ordonné le plus d’interventions militaires à l’extérieure des frontières hexagonales.

Il se veut en cela le digne successeur de la longue lignée des « sociaux-impérialiste »: les assassins de Jaurès, les Guy Mollet et Mitterand.

Il retrouve les envolées lyriques guerrières de l’Union Sacrée défendues par le président du Conseil René Viviani au début de la déclaration de guerre contre l’Allemagne durant la première guerre mondiale:

« Dans la guerre qui s’engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l’éternelle puissance morale. Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’Union Sacré et qui sont aujourd’hui fraternellement assemblées dans une même indignation contre l’agresseur et dans la même foi patriotique ».

Remplacez « Allemagne » par « Terrorisme » et vous avez les ingrédients de la nouvelle démence d’un dirigeant français expédiant ses portes avions et ses avions « flingueurs » aux quatre coins de la planète. Avec une préférence pour les territoires de son ancien empire colonial; la Syrie étant un cas d’école.

C’est que, et les délires « burkinesque » ou « foulardier » n’en sont que des rechutes, la maladie de ce pays, la France, remonte à sa déculottée coloniale, avec l’Algérie en exergue.

Beaucoup de bateleurs d’estrades en sont encore à refaire, encore et encore, la fameuse « Guerre d’Algérie »; concentrée de toutes les ignominies de la longue nuit coloniale qui s’est abattue sur le continent africain et asiatique depuis le 19e siècle.

Mais la roue tourne. Et les conseils de l’ancienne Ministre des Affaires étrangères de Sarkozy « MAM » désireuse d’apporter « le savoir-faire français en matière de maintien de l’ordre » n’ont pas empêcher la fuite du dictateur tunisien en cet hiver 2010/2011 et le chambardement fêtera bientôt sa sixième année sans que « ceux d’en haut » ne puissent gouverner comme avant, même si « ceux d’en bas » tâtonnent à la recherche d’un nouveau souffle, l’hiver 2010/2011 n’étant qu’une répétition générale.

C’est que la face du monde a changé.

En juin 1830, lorsque les hordes massacreuses des  Pellissier de Reynaud, Cavaignac, Bugeaud, Saint Arnaud, Canrobert et consorts ont entamé ce qui sera l’un des premiers génocides du 19e siècle; la population des Beylic (provinces de l’empire Ottoman) d’Alger, de Tlemcen, de Constantine, nommée par l’occupant: « Algérie »; comptait environ trois millions d’habitants (contre trente six millions pour la France à la même époque). Avec, ce que le même occupant appellera « Tunisie », occupée en 1881, et « Maroc », dont l’occupation tardive ne démarre qu’aux premières années du 20e siècle, la population de ce que les arabes intitulent l’ « Occident » (Maghreb, par opposition à l’Orient (Machrek) du Monde Arabe) ne comportait qu’environ 5 à 6 millions d’âmes. L’Egypte à cette même époque ne comptait que 5 millions d’habitants.

Aujourd’hui, le fameux « Maghreb » a vu sa population multiplier par 20. Nous avoisinons les 100 millions. L’Egypte s’en approche aussi. C’est dire qu’en moins de deux siècle la donne démographique s’inverse du tout au tout.

Et là où après 130 années de présence coloniale, au moment de l’indépendance, on ne dénombrait qu’un demi-millier de diplômés de l’enseignement supérieur parmi la population « indigène » (dont quelques dizaines dans les branches scientifiques), l’Algérie indépendante compte aujourd’hui près d’un demi-million de diplômés sans travail. 

Si on y ajoute le demi-million de jeunes diplômés laissés sur le carreau au Maroc et les 300 000 en Tunisie par la faute d’une politique néo-coloniale où l’ancienne puissance tutélaire a une part importante de responsabilité, ce qui n’excuse en rien la responsabilité première des « thermidoriens » qui ont gouverné le Maghreb durant ce dernier demi-siècle, on peut prendre la mesure des chantiers titanesques qui attendent cette région, une fois que les tyrans auraient été chassés, à l’image de Ben Ali.   

La France dont le tiers de la population est d’origine immigrée (20 millions) est restée stable quant à sa population « indigène ».

C’est ce qui nourri de manière outrancière, xénophobe et raciste la nouvelle théorie du « Grand remplacement » dont une partie des bateleurs d’estrades font leur choux gras.

Ils oublient l’interaction et le mixage qui se déroula durant ces décennies faisant de la langue de Corneille, entre autres, véritable « butin de guerre », un trait d’union entre différentes parties de l’Afrique et de l’Asie. 

Les peuples colonisés ont fini par déchiffrer les hiéroglyphes des deux « Républiques » auxquelles la Révolution Française a donné naissance: la république Thermidorienne et Versaillaise dont la continuité est le « Hollandisme ». Et la république sociale, « babouviste », des sociétés secrètes, de la Commune, du Front Populaire (celui des grèves de masses), des « Porteurs de valises », et de Mai 1968. 

Les Hollande/Valls perpétuent la première, nous désirons être les fantassins de la seconde.

Parce que les destins des opprimés des deux rives de la Méditerranée sont liés et seule une coopération visant à transformer notre mare nostrum en espace de paix est notre plan de survie.

Hamadi Aouina

4 septembre 2016

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