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Billet de blog 7 août 2021

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« Robocop » Kaïs Saïed, a sorti la grande artillerie…

Le président tunisien donne le coup de pied de l'âne à un attelage législatif au bord de l'implosion.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Article 80! L'arme du nouveau "Dégagisme"…

La fin de ce mois de juillet 2021 restera dans les annales de ce petit Etat du Maghreb: Tunisie.

D’abord et avant tout comme l’un des nombreux soubresauts qui ont jalonné la décade que l’année 2021 vient de clore. Celle-ci a commencé avec ce grand chambardement où l’étincelle allumée à Tunis, en cet hiver 2010/2011, s’est propagée à l’ensemble du continent arabe avec comme premier résultat l’élimination d’un certain nombre de ploutocrates arabes: Ben Ali, Moubarak, Salah, Kadafi… et déstabilisant en profondeur l’autocratie d’autres: Bachar El Assad, les roitelets de la péninsule arabique et leur pendant maghrébin Mohamed VI. 

Même l’élimination de Bouteflika, en Algérie, sous les coups de boutoir d’un Hirak mémorable, ainsi que celle du frère musulman Omar El Béchir, au Soudan, sous l’impulsion de mobilisations d’ampleurs inégalées, peuvent être considérée comme relier à ce « dégagisme » généralisé qui saisit les masses populaires de cet ensemble géopolitique ayant une multitude de liens profonds sur le plan historique.

L’islamisation et l’arabisation ont mis 14 siècles à s’installer et s’enraciner malgré tous les vents contraires qui ont soufflé pour éradiquer ce phénomène. La dernière tentative fut celle des deux colonialismes violant la région: le colonialisme « laïc  et républicain» français et le « despotisme colonial monarchique » anglais qui nous ont pondu à l’occasion de la défaite de la révolution anti-coloniale des régimes néo-coloniaux à leur image.

Cette région, plongée dans une transition post-coloniale dont beaucoup de promesses furent trahies, se débat dans des crises multiformes qui découlent de ce balancier qui a marqué le demi-siècle écoulé entre les nombreuses aspirations progressistes liées à la révolution anti-coloniale et les vents contraires de la contre-révolution attisées par les anciennes puissances coloniales désireuses de sauvegarder leurs pré-carrés.

Fête de la République, la première…

En ce 25 juillet, jour anniversaire de la fondation de la « Première République » de Tunisie, (après la destitution du dernier Bey de Tunis), fruit de la conjonction de ces forces contraires propres aux soubresauts qui ont saisis l’ensemble du continent arabe en même temps que l’ensemble du monde colonial, deux personnalités ont émergé pour la Tunisie: Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef. Ailleurs, ce sont d’autres binômes qui ont marqué les débuts de la fondations des nouveaux Etats. Ben Bella et Boumedienne pour    l ‘Algérie, Hassen II et Mehdi Ben Barka pour le Maroc…  L’assassinat commandé de Salah Ben Youssef et Mehdi Ben Barka et l’assignation à résidence durant deux décades de Ben Bella sont la traduction de cette lutte féroce qui a été conduite par ceux que l’on peut désigner du vocable de « Thermidoriens », en référence aux contre-révolutionnaires de l’expérience radicale française de 1789/1795… 

Bourguiba s’est satisfait de l’option coloniale de la fameuse formule de « l’indépendance dans l’inter-dépendance », donc accepté le maintien de l’essentiel des rouages coloniaux, y compris l’armée française, restée sur le territoire après la proclamation formelle de la dite « indépendance ».

Il ira jusqu’à éliminé physiquement avec l’aide de la dite armée française les partisans (les chiffres les plus proches de la vérité tendent vers le milliers de « Fellagas » assassinés par Bourguiba) du second, Salah Ben Youssef dont le mentor était Abdelkrim El Khatabbi, stratège de la lutte armée à l’échelle de l’ensemble maghrébin et partisan de l’édification d’un Etat uni à l’échelle de cette vaste région, le Maghreb, et qui, par le refus de l’option néo-coloniale, non seulement a vu ses partisans décimés comme décrit plus haut, mais subi la hargne d’un Bourguiba qui employa les portes flingues à sa solde pour liquider physiquement son adversaire acharné, à Francfort, en Allemagne en 1961. 

Les occasions manquées…

Kaïs Saïed a profité d’une mobilisation exceptionnelle, le 25 juillet, dont le noyau dur se recrute dans ce mouvement rebelle, hors cadre idéologique figé, qui est né sous la présidence de celui que l’on peut dénommer comme « le dernier des Mohicans », Beji Caïd Essebsi, appartenant à cette « Destourie », fondée par Bourguiba et poursuivie par le « sous-lieutenant de préfecture », Ben Ali. Ce mouvement de jeune s’intitula: « Manich Massemeh », que l’on peut traduire par: « Pas de pardon, ni compromis, sans justice! »…

Pour preuve de cette affirmation, la grande banderole déployée, reprenant l’une des caricatures de celui qui fut l’artiste, qui a le mieux condensé par ses caricatures, qui valaient mille discours politiques, la critique radicale du « benalisme » : l’artiste dont la signature est « Z », comme « Zorro ». Certains commentateurs accolent au mouvement contestataire la formule de « Génération Z » en référence à ce dernier.

Les mots d’ordre de ces rassemblements qui ont essaimé à travers tout le territoire de ce petit Etat tunisien, étaient tous orientés contre le mouvement Ennahdha, mais pas seulement. Certains manifestants sont allés jusqu’à attaquer des locaux du mouvement de Gannouchi dans certaines villes et certains quartiers populaires. Indicateurs que les temps changent.

Ce dernier, par le cumul des ratés de ce grand chambardement, qui a vu la chute du général Ben Ali, sans l’extirpation des racines de la dictature de la « Destourie », a profité tout au long de la décade des occasions manquées de tous ceux qui ont prétendu le combattre.

Tout d’abord du camp de toutes celles et tous ceux qui peuvent s’honorer d’avoir conduit la contestation des régimes de Bourguiba et Ben Ali, y compris dans la dernière séquence qui a démarré avec la rébellion de toute une région, celle du bassin minier de Gafsa, à partir de janvier 2008, en passant par le refus de l’énième mascarade électorale de 2009; où Ben Ali ne percute pas qu’il est déjà hors jeu, non seulement dans les rangs des couches sociales ayant subi son joug, mais même dans le camp de celles et ceux qui ont tiré profit des deux décades de sa dictature en mordant la main de celui qui les a nourri, car ne voyant plus en lui l’homme de la situation. Ils étaient à la recherche d’un « dictateur » de rechange.

Il ne faut surtout pas oublier qu’entre 2005 et 2010, le mouvement Ennahda était dans la posture de recherche d’un modus vivendi avec le dictateur.

Ghannouchi, le gourou d’Ennahda, de son exil londonien, ne demandait à Ben Ali que l’adoption d’une loi d’amnistie pour tous ses affidés lourdement condamnés par le général, et la permission d’une simple activité « légale » pour son mouvement. Une partie du mouvement Ennahdha a même choisi de faire de « l’entrisme » au sein du parti du dictateur: le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), durant cette phase d’approches et de séduction simultanées…

D’ailleurs, ils n’étaient pas les seuls à adopter cette posture. Tous les courants politiques, des courants, « Staliniens », « Mao-staliniens », « Arabistes », (dans leurs variantes syrienne, iraquienne, nasserienne ou kadhafiste) aux courants issus du véritable engouement pour la philosophie « droit de l’hommiste », après l’effondrement de l’Union Soviétique), étaient désireux d’enterrer « la hache de guerre », pourvu que le général Ben Ali, dans sa grande mansuétude, leur accorde sa bénédiction.

C’était le cas du Forum Démocratique de Mustapha Ben Jaafar, (quasiment disparu, depuis, de la scène politique après avoir obtenu plusieurs dizaines de sièges à la Constituante), du rassemblement éphémère de celui qui fut le « tartour » (une sorte de fou du Roi) d’Ennahdha, après avoir été la figure de proue du courant « droit de l’hommiste », liquidant par le même mouvement son courant éclectique: Le Congrès Pour la République (CPR), disparu lui aussi alors qu’il disposait de plusieurs dizaines de députés à la Constituante et dont les naufragés ont créé le mouvement « Ettayar Edimocrati » (Courant démocrate), dont le logo est une simple bicyclette, comprend qui voudra… après le sigle représentant une paire de lunettes de feu le CPR…

A la veille du grand chambardement de 2010/2011, ce plafond revendicatif était la panacée partagée par toutes celles et tous ceux qui avaient prétention à faire de la « politique » politicienne. La nébuleuse Ennahdha en était un prototype.

Grands chambardements! 

C’est que les grandes bourrasques qu’ont connu tous les continents confirment deux axiomes établis par deux dirigeants révolutionnaires Lénine et Trotsky… Pour le premier les grands changements révolutionnaires se caractérisent par cet état d’équilibre instable où « ceux d’en haut ne peuvent plus gouverner comme avant et ceux d’en bas ne veulent plus être gouverner comme avant ». Cela ouvre une transition plus ou moins longue dans le temps où aucun des camps en présence ne l’emporte.

Pour Trotsky, les masses populaires se caractérisent par un conservatisme congénital. Ce n’est que dans des moments exceptionnels qu’elles brisent les frontière qui les séparent de la chose publique et « en un bref laps de temps, jette à bas des institutions séculaires, en crée de nouvelles et les renverse encore, (…) dans l’âpre sentiment de ne plus tolérer plus longtemps l’ancien régime. (…) Il en résulte en temps de révolution, des soubresauts d’idées et de passions que des cerveaux de policiers se représentent tout simplement comme l’oeuvre de démagogues ».

Ennahda a le vent en poupe.

Dans la première séquence, celle de l’ élection à la Constituante, Ennahda l’emporte pour deux raisons simples à comprendre. La première, c’est la dispersion du « camp de la révolution », qui ont choisi de défendre leurs « chapelles » respectives en lieu et place de la défense des revendications établies en toute clarté par le mouvement des masses en ébullition: traduction des corrompus de toute sorte devant une vraie justice, satisfaction des besoins urgents des larges masses en terme de simple dignité recouvrée et un véritable début de mouvement d’auto-organisation aussi bien pour veiller à la sécurité de leurs quartiers, qu’à un début de prise en charge de la gestion quotidienne des lieux de vie en l’absence du tissu administratif complètement effondré de l’ancien régime: municipalités, associations liés à l’ancien régime, voir des fonction de maintien de l’ordre, sans oublier le début d’un mouvement de « dégagisme » entreprit dans les entreprises, les administrations etc…

Dans la seconde séquence, après l’assassinat de deux figures imposantes: Choukri Belaïd et Mohamed Brahmi du fameux et éphémère « Front Populaire », censé regrouper les forces qui avaient ratées le premier coche de l’élection à la Constituante: (assassinat qui indique, sans être grand clerc, qui se tient, tapis derrière cet assassinat, et tire les ficelles); le porte parole de ce Front Populaire, Hamma Hammami, (et indéboulonnable secrétaire général du squelettique "Parti des travailleurs", toujours admirateur de Staline, reprenant à son compte pour sa candidature à la présidentielle le titre, emprunté à un autre fameux stalinien, secrétaire générale du Parti Communiste Français (PCF): Maurice Thorez: « Fils du peuple »); choisi, sans aucun débat au sein de cette formation, de s’allier au « dernier des Mohicans », rassembleur du ban et de l’arrière ban de la « Destourie », Beji Caïd Essebsi, pour affaiblir Ennahda.

On connait le déroulé de cette séquence.

Le vieux nonagénaire gagne les élections, présidentielle et  parlementaire avec son auberge espagnole: « Nidaa Toutes » en surfant sur l’accélération des vents contre-révolutionnaires qui soufflaient sur l’Egypte avec le coup d’Etat militaire du maréchal Sissi, sur la situation calamiteuse en Syrie, en Libye et au Yémen avec l’internationalisation de ces crises.

Dès les premiers mois de la première mandature, Beji Caïd Essebsi se trouve confronter à la logique centrifuge de la lutte des clans capitalistes composant la géographie du capitalisme tunisien.

Les « rentiers », parmi ces derniers, défendant leur pré-carré constitué sous Bourguiba et Ben Ali, et les « importateurs » bousculant les derniers pour importer toujours plus. Des produits « Made in Turkey », aux capitaux Qatari dans la téléphonie mobile avec Ooredoo ou KNB, la chaine de banques du minuscule Emirat de Qatar. C’est le pré-carré de la nébuleuse Ennahda. En ouvrant grandes ouvertes les frontières aux chaines internationales telles KFC, FNAC-Darty, Kids, Go Sport, etc, etc…. domaines réservés des Ben Alistes en recherche de nouvelles opportunités pour générer des profits qui commençaient à s’amoindrir dans leur secteurs traditionnels: tourisme, textiles, joint-ventures; caractéristiques non originales de tous les capitalismes « périphériques », fruit du développement inégal et combiné du capitalisme post-colonial.

Un trublion à la présidence!

Au décès du nonagénaire, Béji Caïd Essebsi, avant le terme de son quinquennat, les présidentielles voit surgir au finish, un trublion: Kaïs Saïed… sur lequel personne n’aurait misé un kopeck de le voir devenir « Président »…

Ce dernier damne le pion à des « stars » de la politique politicienne, les « Marzouki », les « Hamma Hammami », et surtout la « star » des « fréristes » musulmans, Abdelfattah Mourrou, ancien président du parlement à majorité nadhaouia, qui arrive bon troisième, au premier tour, avec à peine 12,88% des résultats…

L’ « inconnu » au bataillon, Kaïs Saïed, rafle 18,40% et en second arrive le représentant de la Destourie désarçonnée, rescapé du naufrage de la formation de Béji Caïd Essebsi: Nida Tounes: Nabil Karoui, qui avec sa nouvelle écurie: Qalb Tounes obtient 15,58% et occupe la deuxième place pour finir comme dans le jeu de Monopoly en prison pour malversations multiples et variées… Il s’y trouve toujours.

Les présidentielles précédant les législatives, l’auberge espagnole « frériste » utilise dans un premier temps le score inégalé du trublion Saïed (72,53%) pour affirmer aux législatives qu’elle se situe dans le camp de celles et ceux qui ont supporté Kaïs Saïed. Mais à ces élections Ennahda perd un bon tiers de son électorat, et arrive à arracher la première place dans le nouveau parlement, sans pour autant obtenir la majorité nécessaire à la conduite des affaires.

Accrochés aux prébendes et autres privilèges dûs à leurs insertion au sein des arcanes de l’appareil d’Etat, qu’elle a noyauté, Ennahda promulgue une loi, dès son accession aux avant-postes, à la suite des élections à la Constituante d’octobre 2011, visant à garantir une compensation financière à l’ensemble de ses affidés, en réparation des affres de la répression des années de plomb, sous Ben Ali.

Elle fini aussi par s’acoquiner au monde des affaires dont certains membres sont passés de l’adulation de Ben Ali à celle du guide: Rached Ghannouchi, le grand manitou du mouvement frériste.

Cette trajectoire deviendra le fil à plomb d’un mouvement qui portera le costume de la contre-révolution tout au long de la décade.

Stratégie du caméléon.

Pour éviter ce qui est arrivé à leurs congénères égyptiens, sous la férule du Maréchal Sissi après le coup d’Etat de ce dernier en 2013, Ennahda va adopter la stratégie du caméléon. Cette dernière donne le tournis à ses partisans qui finissent par quitter le bateau nahdhaoui. Sur le plan électoral, en trois échéances, celle de 2011, 2014 et 2019, l’auberge espagnole des frères musulmans passe d’un score de 1 million 500 milles votants à seulement 400 000.

Les dirigeants de ce mouvement qui avaient utilisé la religion comme prétexte pour cacher leurs forfaitures ont fini par devenir la risée des larges masses qui ont le temps de voir l’immense perfidie des Frères Musulmans.

Au sein du dernier parlement, les séances s’apparentaient à une véritable arlequinade, le mouvement frériste restant fidèle à ses retournements de vestes. La dernière concerne celui qui fut désigné auparavant comme un adversaire irréductible: Nabil Karoui, fondateur de « Qalb Tounes », (« Coeur de Tunisie »… que de mauvaise langues détournaient en «Kalb Tounes » , "Chien de Tunisie"), et arrivé bon deuxième aux élections. Ennahda en panne de majorité parlementaire se tourne vers son adversaire désigné pour faire un bout de chemin avec. Comme elle a servi de béquille au vieux nonagénaire, Béji Caïd Essebsi, en perte de troupes (sa formation Nida Tounes implosa littéralement) dans l'ancien parlement alors qu'il fut, tout au long de la campagne électorale pour les élections de 2014, désigné comme l'ennemi à abattre.

Au sein de la dernière assemblée issue des élections de 2019 et dont les séances étaient retransmises en direct à la télévision que chacun pouvait voir, on a assisté à une véritable foire d’empoignes, arrivée au stage du pugilat entre partisans d’Ennahda et ceux de la petite formation de cette égérie du BenAlisme: Abir Moussi. Cette dernière, rendue à la vie politique par la grâce d’une amnistie générale promulguée par le vieux nonagénaire Essebssi, a réussi à faire élire un certain nombre d’anciens benalistes réunis dans une formation se coulant dans les habits de l’ancien régime. Abir Moussi est un pur produit de cette alliance, sous Ben Ali, de transfuges qui ont changé « le col Mao » (les anciens « marxistes léninistes » avec leurs variantes pro-chinoise et pro-albanaise) pour le costume cravate et les dorures des palais de Carthage (la présidence) et Bardo (le parlement)… sans oublier les retours sonnants et trébuchants.

Délices de la « démocratie »!

En deux années de mandature, comme précédemment, tout le monde a pu toucher du doigt les délices de cette farce dite  "démocratie" formelle.

Nous avons assisté, comme durant l’assemblée constituante, ou la mandature ouverte par les élections de 2014, à des parlementaires qui faisaient du « tourisme ». Ils  passaient, sans crier gare, d’une formation politique à une autre en se vendant au plus offrant dans un spectacle à dégouter même les plus permissifs des abus en politique.

C’est là qu’intervient le discours nocturne de notre « Robocop » national, Kaïs Saïed, au soir du 25 juillet 2021, s’appuyant sur un article de la constitution, l’article 80, prévoyant d’octroyer « les pleins pouvoirs » au président pour prendre des mesures d’urgence préservant la stabilité du pays en cas de graves menaces.

Il suspend les travaux de l’assemblée, cadenassant les entrées de l’Assemblée par l’armée, et congédie tous les parlementaires par la levée de leur immunité d’élu(e)s.

Un coup de pied de l’âne. Fin de partie.

Ce véritable coup de pied de l’âne de celui qui a déjà créer la surprise de se faire élire par un score défiant toutes les concurrences (72,56%), avec une participation exceptionnelle des jeunes dont plus de 90% le plébiscitèrent, tomba à pic pour mettre un point final à une situation générale qui se dégradait dangereusement tant sur le plan social et économique que sur le plan institutionnel où dans la dernière période un pic de l’épidémie de Covid 19 ébranla l’ensemble du système de santé.

Face à cette débandade tout un chacun espérait que quelqu’un siffle la fin de la partie.

« La constitution de 2014 a instauré un état permanent d’ingouvernabilité et a confisqué la souveraineté du peuple pour édifier « la République des Partis ». Cette deuxième République a fait les beaux jours de quelques minorités puissantes: les aristocraties de l’économie de rente, les barons de la contrebande, les affairistes partisans » déclare l’anthropologue Karim Bouzouita. Haykal Mekki, député du mouvement Echaâb qui soutient, en tant que mouvement, les initiatives présidentielles ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme que « Kaïs Saïed a accompli son devoir envers son peuple puisqu’il incarne la légitimité, (…) étant élu par plus de 3 millions de tunisiens. »

Quant au front du rejet de celles et ceux qui ont intitulé: « Coup d’Etat », le coup de pied de l’âne du président, nous avons bien entendu Ennahda qui, dès le discours du 25 juillet gelant les travaux du parlement et actionnant la levée de l’immunité des parlementaires a rué dans les brancards par la voix de son guide Ghannouchi. Ce dernier agita, dans une interview au journal italien: Corriere Dela Serra, la perspective de voir 500 000 migrants clandestins quitter le territoire vers l’Europe du fait de l’instabilité programmée par le « coup d’Etat » . Il tenta d’actionner ses réseaux à l’échelle internationale. Mais la pêche fut très maigre. Même son appel aux militants de son mouvement pour le rejoindre devant le parlement pour exiger l’ouverture de ce dernier fut un flop mémorable. Seuls quelques affidés se sont gendarmés à l’appel de leur guide. A l’échelle des chancelleries étrangères la devise est: « Stay and wait »…

L’interview dans l’Humanité du 27 juillet 2021, donnée par Sana Ben Achour, l’une des figures de la mouvance « droit de l’hommiste », ancienne présidente de l’association des femmes démocrates et soeur de Yadh Ben Achour, le maître d’oeuvre de la rédaction de constitution bancale de 2014, est assez représentative de la position du front de refus  et de celles et ceux qui décrivent l’action du président comme une dérive « dictatoriale ». Pour Sana Ben Achour, l’initiative du président Kaïs Saïed qu’elle décrit comme « démagogue », « c’est un coup d’Etat. (…) Par sa décision, la Tunisie rejoint le club des dictatures. » Et « nous étions le seul et unique bastion démocratique restant des printemps (elle utilise le pluriel…) arabes ». Pourtant, en début d’interview, elle pose correctement le cadre dans lequel intervient le fameux « coup de force » du Président: « La gestion du pays a été catastrophique depuis 2011. Ennahda a mis le pays à genoux. Aux yeux de beaucoup, la décision de Kaïs Saïed peut être interprétée comme une « sortie de crise » parce que les tunisiens ne supportent plus le contexte dans lequel ils vivent. Les salaires sont misérables, il n’y a pas de perspectives d’avenir, le chômage frappe plus de 3 millions de Tunisiens sur 12 millions d’habitants  et nous déplorons, dans cette crise sanitaire, plus de 300 morts par jour. Tout cela aboutit à un coup de force que la Tunisie va payer très cher. En agissant de la sorte, le président Saïed met fin à l’espoir démocratique en Tunisie et aussi dans le monde arabe »… Comprend qui voudra.

C’est la même rengaine qu’ont adopté l’ancien président provisoire, Moncef Marzouki devenu un peu le Kerenski tunisien ou le « Fils du Peuple », l’inamovible et indéboulonnable dirigeant du squelettique Parti des Travailleurs: Hamma Hammami.

De la guerre de position à l’assaut final!

Kaïs Saïed prend l’initiative après avoir, tout au long de ces deux années de mandature, tenter, dans les limites que lui octroie la Constitution: les forces armées et les affaires étrangères, de mener une guerre de position avec Ennahda.

Le dernier épisode dénotant la déliquescence des rapports entre présidence et parlement concerne la formation d’un gouvernement, celui de Mechichi, pourtant proposé par le président après l’échec de deux autres tentatives qui se sont terminés en véritable fiasco; un premier gouvernement formé par Ennahda en la personne d’un premier ministre nommée par cette dernière n’obtenant pas le quorum requis lorsque ce dernier se présenta face à la représentation parlementaire; et un second chef de gouvernement, proposé par le président, formé par un membre de l’ex-formation: « Forum Démocratique », de Mustapha Ben Jaafar, qui finit par jeter l’éponge, dès les premiers mois de sa prise de fonction; ce dernier trompant dans une affaire de conflit d’intérêts au centre desquels se trouvent impliquer ses sociétés spécialisées dans le recyclage et opérant pour des marchés publics.

Mechichi, le dernier chef de gouvernement a préféré faire cause commune avec Ennahda, en intégrant des ministres proposés par cette dernière et qui s’avérèrent mouiller dans des affaires de malversations.

Cela provoqua l’ire du président qui refusa que ces derniers puissent prêter serment, bloquant par la même le fonctionnement de la nouvelle formation gouvernementale. Cela en pleine recrudescence de l’épidémie, qui avec sa nouvelle variante, Delta, provoqua un séisme dans le pays en mettant à nu toutes les tares d’un service public de santé en pleine déconfiture par un manque de moyens d’abord humains; plus de 700 médecins réanimateurs se sont envolés vers l’Europe, la France en première destination, suivi de l’Allemagne, ne laissant au pays que 400 en activité; ensuite en termes de choix politiques privilégiant la privatisation de tout le système de santé, mais aussi de l’éducation, des transports etc… commencés à la fin du règne de Bourguiba et auquel le régime de Ben Ali va donner une impulsion décisive. Et tout est à l’avenant.

Une inflation galopante sur les produits de premières nécessités qui aurait été encore pire si l’épidémie du Corona n’a pas limité cette activité touristique, grande dévoreuse de denrées essentiels, bradées à une clientèle low cost.

17,8% est le taux de chômage officiel avec des chiffres avoisinant les quarante voir les cinquante pour cent pour les franges jeunes de ce prolétariat de plus en plus diplômés et dans l’incapacité de monnayer ses connaissances dans un marché saturé par cette anarchie qui caractérise le fonctionnement des économies dépendantes; broyées par la corruption endémique et la multiplication des affaires de fraude auxquels aucun secteur de l’économie n’échappe.

Plus de 20 000 morts du à l’épidémie sont les victimes directe de la gabegie structurelle.

Plus de 80% de satisfaits.

C’est dans ce contexte que le « coup de force » du président Kaïs rencontre un soutien populaire massif, plus de 80% de satisfaits selon un sondage mené dans la foulée des décisions prises.

Durant la dernière semaine de juillet et en ce début du mois d’août, Kaïs Saied est intervenu à plusieurs reprises en recevant des membres de la société civile, des journalistes, des représentants de formations politiques présentes au parlement et appuyant l’initiative du président. Même la centrale syndicale, UGTT a accueilli l’initiative présidentielle avec satisfaction.

Il est vrai que celle-ci a fait soufflé un vent de panique parmi les partisans du mouvement des frères musulmans qui, en une décade, ont profité des largesses de leur parti aux manettes pour carrément se sucrer: marchés publics, importations de marchandise turques, obtention d’emplois divers et variés dans l’administration publique avec, parfois des diplômes « falsifiés » etc…

La détermination du président durant toute la semaine qui vient de s’écouler de faire rendre gorge aux corrompus de tous poils, leur fait craindre une descente en enfer prévisible mais qui, cette fois, n’est point en liaison avec leur « militantisme », mais a à voir avec des affaires pénales de malversations diverses et variées. D’autres franges du spectre politique craignent les foudres de «Robocop ». 

Dans les quartiers populaires tout le monde a connaissance d’un ancien cadre frère musulman qui du jour au lendemain se lance dans les « affaires » et roule carrosse. Tout le monde constate que cette formation politique, a, en dix ans de pouvoir, provoquer le doublement de la dette extérieure qui est passée de 50% du PIB, sous Ben Ali à près de cent pour cent en cette année 2021. L’essentiel de cette dernière fut gonflé par une véritable politique de crédits revolving dans cette spirale  de l’endettement pour honorer les traites qui tombent tel un métronome.

Ennahda ne peut en aucune façon apporter la preuve d’un seul domaine où son programme (rédigé par 500 spécialistes selon ses dires) a vu le début d’une exécution.

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Du rififi au sein d’Ennahda.

Pour la première fois, de manière massive, un vent de contestation agite le mouvement de Ghannouchi qui jusqu’à présent semblait échapper au vent du « dégagisme ». Plus de 130 jeunes cadres ont signés une pétition appelant à la « dissolution immédiate du bureau exécutif » tenu par le guide Ghannouchi et ses hommes liges. Il y a du rififi dans les rangs de l’auberge espagnole frère musulmane. Des démissions de responsables nahdaouis tels Mohamed Nouri ou Khalil Baroumi ou Yamina Zoghlami sont devenues chose effective. Des ténors tels l'ancien ministre nahdhaoui de la santé Abdeltif Mekki ou son confrère Dilou font entendre, pour la première fois publiquement leurs désaccords avec le guide Ghannouchi. De sorte que la réunion de l’organe Echourra (équivalent d’un comité central) a été repoussée, sous prétexte d’un léger malaise fait par ce dernier, l’obligeant à se rendre dans une clinique privée pour un contrôle. 

Parmi les premières leçons à tirer de cette semaine, à cheval sur juillet et août 2021, il y a cette optimisme retrouvé des gens rencontrés dans les populaires quartiers, surtout populaires. Toutes et tous parlent d’un soulagement qui les auraient saisi de voir qu’enfin, on a pu arrêter l’hémorragie.

Les discussions sur tous les lieux de rassemblement: marchés, commerces, transports, tournent autour des mesures qu’a commencer à prendre le président Kaïs Saïed et qui ont vu quelques têtes tombées.

Celle de Lazhar Longuo, responsable de l’appareil sécuritaire au sein du ministère de l’intérieur et connu pour sa proximité avec Ennahda, de Béchir El Akremi l’un des principaux procureurs de la république, connu lui aussi pour ses relations privilégiées avec le mouvement de Ghannouchi.

Quelques députés ont eux aussi étaient inquiétés par les services de sécurité et se trouvent soit en état d’arrestation, soit placées en résidence surveillée, une liste de personnalités politiques ou appartenant au monde des affaires sont interdites dorénavant de sortie du territoire.

Des dossiers d’anciennes affaires qui étaient sous le coude ressortent pour désigner les mouvements d’Ennahda, de Qalb Tounes et d’une minuscule formation Yaich Tunes, responsables de financements étrangers tombant sous le coup de la loi. Un mouvement pouvant comporter un volet judiciaire touche certains cadres de la haute administration dont certains ont déjà été démis de leurs fonctions.

Le directeur de la chaine nationale El Watania a été écarté suite à une bavure qui a vu des représentants syndicaux empêchés d’accéder à un débat de la télévision nationale. La purge se poursuit avec le limogeage de l’ambassadeur plénipotentiaire de Tunis à Washington et le gouverneur de la deuxième ville du pays: Sfax.

Jusqu’à présent, et mis à part Nabil Karoui qui se trouve en prison depuis plusieurs mois, aucunes grandes figures de premier plan n’est tombée.

« Fake News »

Comme de bien entendu les rumeurs les plus folles sont colportées sur les fameux « réseaux » dont c’est devenue la marque de fabrique.

Les fake news se multiplient insinuant que Kaïs Saïed est sous l’influence de tel ou tel régime de l’ensemble arabe. Que ses décisions lui sont soufflées par telle ou telle puissance internationale.

De tout cela, il n’y a pas l’once d’une vérité.

De la même manière que Kaïs Saïed a organisé patiemment dans de petits cercles militants à l’échelle nationale sa campagne pour se faire élire président, il a construit sa stratégie pour contrer Ennahda avec la même intelligence. Il attendait le moment propice, s’assurant préalablement du soutien de l’encadrement militaire d’une armée qui dépend de ses prérogatives législatives. Les manifestations massives du 25 juillet lui ont fourni le prétexte et on doit lui reconnaitre cette  intelligence politique produite par son parcours atypique.

Perspectives!

Aujourd’hui, plus d’une semaine après avoir pris les mesures exceptionnelles, il va falloir clarifier quelques bornes essentielles de la future feuille de route et c’est une demande d’une large partie du spectre politique soutenant l’initiative présidentielle, comprenant l’importante centrale syndicale, UGTT.

La constitution de 2014 est belle et bien rendue caduque par la succession des évènements que l’on vient de vivre.

Il faut aller vers un processus de rédaction d’une nouvelle constitution. Et cette fois-ci, cette dernière doit être rédigé selon une véritable procédure populaire, loin des cénacles de spécialistes cooptés.

Elle doit fonder la troisième République. Celle-ci ne peut plus ne pas être au service des communs, donc sociale, après avoir expérimenter les deux versions « démocratiques ».

Un référendum, organisé dans les plus brefs délais, doit d’abord comporter la question de la rédaction d’une nouvelle constitution. Il doit aussi réclamer que l’on se prononce sur les modalités concrète de la rédaction de cette dernière.

En second lieu, de larges couches de la population souffre d’un pouvoir d’achat atrophié. Le manque à gagner est estimé à une moyenne de 500d. Kaïs Saïed peut asseoir définitivement sa notoriété en promulguant une augmentation des revenus de 500d pour tous, salariés et non salariés.

Cette somme que l’Etat s’engage à fournir peut et doit prendre la forme de bons d’approvisionnement, un peu à l’image des « tickets restaurants ». Sauf que ces bons d’achats ne permettent que l’achat de produits intégrant une forte production nationale, donc des produit « Made in Tunisia ».

Ces bons d’approvisionnement peuvent et doivent être octroyés aux chômeurs, aux femmes aux foyers, aux employés des administrations et des entreprises privées. Considérés comme une aide à ces dernières, ceux-ci ne sont versés qu'à la condition express que les dits chefs d’entreprises apportent la preuve qu’ils sont en règle avec les administration fiscales avec fourniture de la preuve de leur payement des impôts directs et indirects et des caisses sociales: sécurité sociale et de retraite. Seule ces entreprises auront droit à cette aide de l’Etat. Pour les autres, leurs salariés seront en droit de mettre en demeure leurs dirigeants afin qu’ils s’acquittent de toutes leurs dettes, y compris par la grève générale.

En troisième lieux revient l’idée qui fut le socle de la campagne électorale de Kaïs Saïed: l’auto-organisation de la population. Il est urgent de lancer un grand chantier de réflexions sur les modalités de fonctionnement qui remette la pyramide sociale sur sa base. Ce chantier peut prendre la forme d’assemblées de quartiers débattant des modalités concrètes et enrichissant le débat par des exemples concrets de mise en place de ces différentes strates d’organisation locale, régionale et enfin nationale.

Voici trois mesures d’urgence qui devraient être rapidement adoptées afin de trouver une sortie de crise qui profite enfin à la majorité de la population.

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