La révolution respire toujours!


"Les riches toujours plus riches"
15 000 milliards: telle est la fortune des 70 tunisiens les plus riches.
6,9 milliards: tel est le salaire annuel des 10 dirigeants de quelques une des banques et principales entreprises du pays.
Et pendant ce temps, le gouvernement d'Ennahdha vote un budget de 2014 où l'on serre la vis, un peu plus, aux couches populaires avec cette avalanche de taxes et d'augmentation d'impôts en tous genres.
L'austérité pour ceux d'en bas et toujours plus de privilèges et de faveurs pour ceux d'en haut.
Ennahdha et sa Troïka font du Ben Ali sans Ben Ali. 

 

Servir les intérêts du capital!
En à peine un peu plus de deux ans, ils ont réussi à adopter un nouveau code des investissements qui fait la part belle aux riches tunisiens et à leurs congénères étrangers auxquels est remis un permis d'exploiter sans limites. Ils ont accordé des licences pour les grandes chaines de distribution (But, Darty) et les grandes multinationales du gaz et du pétrole, sans oublier les alliés indéfectibles, Qatar et Turquie auxquels de nombreuses largesses et privilèges ont été cédés.
Ils ont donné des gages à propos de leur volonté de servir les intérêts du capital contre ceux des travailleurs et des couches populaires et de la jeunesse.

 

Température sociale toujours très élevée
C'est la raison qui fait que la température sociale de cet hiver 2013/2014 est très élevée.
3 ans, déjà, depuis le déclenchement de la première insurrection: 17 décembre 2010/14 janvier 2011, qui mis en fuite le dictateur et bousculer les cliques au pouvoir, les obligeant de trouver une issue électorale à la crise sociale, économique et politique.
Cette séquence a vu le mouvement intégriste Ennahdha profiter de la dispersion voulue des rangs des révolutionnaires par des partis opportunistes qui ont récolté au final des résultats proportionnels à leur turpitude et un sobriquet qui leur colle à la peau: "Sfir Facel".

 

Front Populaire contre FSN
Nous avons cru, en voyant ces partis s'engager dans la construction du Front Populaire, qu'ils avaient tirer la leçon des erreurs passés. C'était oublier un peu vite que les dirigeants de ces partis ne cherchaient en réalité que de chevaucher le mouvement pour de nouveau le dévoyer et le trahir.
Ennahdha et sa Troïka ont été fidèles à leur projet socio-libéral et ont conduit la seule politique pour laquelle ils étaient programmés: celui de vendre le pays en pièces détachées au plus offrant sous les auspices du FMI et la Banque Mondiale. 

 

Changement d'alliances
Cette fuite en avant s'est traduite par une crise systémique de la gouvernance de la Troïka.

Celle-ci a été agravée par les agissements de l'Etat profond où la Destourie détient toujours de solides positions. Assassinats de deux dirigeants de notre mouvement, le Front Populaire: Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, manipulation de groupes terroristes et organisation d'attentats et surtout attaques frontales contre tous les mouvements sociaux: luttes de travailleurs, de chômeurs, de régions laissées pour compte, de victimes de la répression etc…

 

Choix d'une impasse à la place d'un boulevard
Après l'assassinat de Chokri Belaïd, nous disposions d'un boulevard pour la construction du Front Populaire comme principale force du changement révolutionnaire. L'assassinat, six mois plus tard, d'un deuxième dirigeant de cette seule formation politique était un indicateur de la peur du camps des revanchards de voir le Front Populaire devenir la principale force de la contestation et pour la poursuite, en l'approfondissant, du processus révolutionnaire.
Nos partis opportunistes et notre porte parole Hamma Hamami, face à la tournure des évènements, n'ont rien trouvé de mieux que de se réfugier dans les bras de nos ennemis de classe: les représentants de la Destourie chapeautée par Nidaa Tounes et leur presque nonagénaire Essebsi.
Appliquant la pseudo théorie de "l'ennemi principal et l'ennemi secondaire", ils se mirent en tête de faire front avec les tenants de l'ancien régime.
Ce fut le fameux et fumeux "Front de Salut National" (FSN) et la pantalonnade nommée "Dialogue National". 

 

Et la palabre accoucha d'une souris
Quatre mois de palabres dans le secret des alcoves ont accouché d'une souris.
Finalement, Ennahdha a nommé son troisième premier ministre, Mehdi Jomaa, d'une transition qui s'apparente de plus en plus à un accaparement du pouvoir au nom de donner du temps au temps. Ne pouvant gouverner seul et au vu de la décrépitude qui frappe ses alliés de la Troïka qui ne sont plus que l'ombre d'eux mêmes, Ennahdha s'engage dans une nouvelle alliance avec Nidaa Tounes, en vue d'un rassemblement du camps de la réaction. C'est le but des rencontres secrètes entre Ghanouchi et Essebsi, avec l'aval du voisin sourcilleux, l'Algérie et la bénédiction de l'impérialisme français et d'autres impérialismes euro-américains. 

 

La révolution respire encore!
Mais toutes ces transactions secrètes oublient un peu vite la vivacité de la contestation qui couve toujours dans les régions délaissées qui n'ont rien vu venir des promesses électorales.
De nouveaux, ce sont les mêmes villes de l'intérieur qui rappellent à tous les politiciens véreux que la révolution n'a pas dit son dernier mot.
De nouveau le mouvement contre les nouvelles taxations et impôts injustes donne le signal d'une contestation de plus grande ampleur dans laquelle s'impliquent tous les corps de professions de la santé, de la magistrature, des fonctionnaires de l'administration publique.
L'anniversaire du 14 janvier qui annonce l'AN IV de la révolution risque de voir de nouveau les travailleurs, les salariés, les chômeurs, et toutes les couches populaires se levaient pour dire qu'il faudra toujours compter avec eux.
L'hiver sera chaud. Continuons la révolution.

 

Hamadi Aouina
Le 8 janvier 2014

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