Oui nous pouvons, « Qadiroun », continuer la révolution!

On en fini pas à chaque anniversaire du grand chambardement de l'hiver 2010/2011 de nous rabattre les oreilles de ce "rien à signaler" (RAS).

Oui nous pouvons!

 

En Tunisie, le spectre politique dans sa totalité, "gauche" et "droite" pour faire simple (en sachant pertinemment que ces "catégories" n'ont pas de prise réelle sur une structuration politique en cours de stabilisation/déstabilisation par le fait même que nous vivons dans des "Etats" qui sont le résultat d'une mécanique néo-coloniale qui poursuit son oeuvre depuis bientôt deux siècles: 1830 prise d'Alger); ce spectre politique s'est moulé dans un processus d'accumulation dont les frontières ont été à la fois une aubaine et une catastrophe. Les dictatures qui ont dominées, durant près d'un demi-siècle, les différents "Etats" arabes, ont tout fait pour assurer aux ploutocraties naissantes une situation de quasi monopole à l'intérieur des différentes frontières. (Voir les échanges d'à peine 3% entre les trois "Etats" du Maghreb et la véritable utilité de la forme dictatoriale de domination.)  

Ce monopole s'est avéré une catastrophe par le fait même que les "frontières" ont brimé les potentiels développements capitalistes, même dans le cadre d'une semi-indépendance, due au statut néo-colonial qui est le nôtre aujourd'hui. 

 

Révolution en permanence!

Le processus révolutionnaire en cours, aujourd’hui, est la forme qu'ont, de manière instinctive, trouvé les forces progressistes pour tenter de briser le cercle de fer de ces différentes strates de domination. 

Les forces réactionnaires, qui ne peuvent être cataloguées de "fascistes" (terme à utiliser avec précaution), tentent de sauver ce qui peut être sauvé dans le maintien des "frontières" existantes. 

C'est la raison de leur existence et de leur survie. 

Ils ne peuvent scier la branche "qotriste" (provinciale) qui leur a permis jusqu'à présent d'accumuler. 

A l’image des fiefs féodaux avant que n’advienne la monarchie absolue et la centralisation qui allait avec. (Voir l’expérience du règne de Louis XIV). 

En cela ils sont "réactionnaires"; ils veulent arrêter "la roue de l'histoire"... C'est ce que désirent aussi bien les "renégats" d'une certaine "gauche" que les différents courants "fréristes".... C'est leur seule horizon de pensée...

 

Rien à signaler (RAS)!

En ce début de la sixième année de notre grand chambardement, certains commentateurs comme l’article du Monde (http://www.lemonde.fr/international/article/2015/12/17/cinq-ans-apres-a-sidi-bouzid-la-revolution-tunisienne-a-un-gout-amer_4834083_3210.html) s’en tiennent au constat que rien n’a changé, voir que cela a empiré depuis. 

Aucune interrogation sur les nombreux « ratés » de ce processus révolutionnaire où les forces sensées être le porte drapeau du changement et des transformations se sont révélées être celles qui ont mis toute leur énergie à freiner, à dévier, à temporiser, à trahir pour le dire d’un mot, d’un seul, les aspirations révolutionnaires.

Et ceux qui portent la plus grande responsabilité ce ne sont point les forces réactionnaires dont le seul engagement dans ce processus fut l’opportunisme. 

Le courant des Frères Musulmans a profité de l’aubaine des ratages successifs de rassemblements des forces progressistes. 

 

Les ratés de la révolution!

Ephémère "Front du 14 janvier" dissout au profit de la course à l’échalote électorale d’octobre 2011, avec le résultat que l’on connait.

"Front Populaire", détourné de son objectif de devenir le front des forces radicales du changement, par un misérable calcul de ses dirigeants « auto proclamés », qu’aucun congrès n’a procédé à l’élection, et qui ont préférés servir de petits bois d’un incendie mené par le ban et l’arrière ban de la contre-révolution, sous la bannière de cette auberge espagnole: Nidaa Tounes. Tout cela au nom de la « tactique » de l’ « ennemi principal » et      l’ "ennemi secondaire ".  

 

« On ne saurait se représenter la révolution elle-même sous forme d’un acte unique : la révolution sera une succession rapide d’explosions plus ou moins violentes, alternant avec des phases d’accalmie plus ou moins profondes. C’est pourquoi l’activité essentielle de notre parti, le foyer essentiel de son activité, doit être un travail possible et nécessaire aussi bien dans les périodes les plus violentes d’explosion que dans celles d’accalmie, c’est-à-dire un travail d’agitation politique unifiée pour toute la Russie ». (Lénine, Œuvres IX, p. 119 et XV, p. 298.)

 

Au contraire des lectures non matérialistes, bouffies de moralisme, de notre processus révolutionnaire, les ingrédients à l’oeuvre dans ce dernier se résument dans cette dialectique d’épuisement du long cycle d’accumulation des différentes ploutocraties (les 30 années à base de vols et de rapines) intervenant de manière concomitante avec l’une des crises du système capitaliste mondial comme seule celle de 1929 peut être comparée. Voilà le vrai tableau que l’on doit avoir à l’esprit pour comprendre qu’il n’y a pas de solutions envisageables à court et moyen terme pour les différentes ploutocraties. 

 

Forcer le destin et briser le cercle de fer!

Et c’est ce qui éclaire notre situation actuelle.

« Ceux d’en haut », (les gouvernants) se trouvent incapables d’offrir la moindre des compensations pour « calmer le jeu », et faire rentrer le fleuve en furie dans son lit initial.

« Ceux d’en bas » n’ont toujours pas trouvé le moyen de fusionner leur énergie (au travers d’une représentation politique) pour forcer le destin et briser le cercle de fer de leur domination. 

 

Pour Lénine, l’histoire des révolutions est « toujours plus riche de contenu, plus variée, plus multiforme, plus vivante, plus ingénieuse que ne le pensent les meilleurs partis, les avant-gardes les plus conscientes des classes les plus avancées ». Il y a à cela une raison profonde : « Les meilleures avant-gardes expriment la conscience, la volonté, la passion, l’imagination de dizaines de mille hommes, tandis que la révolution est – en des moments d’exaltation et de tension particulières de toutes les facultés humaines – l’œuvre de la conscience, de la volonté, de la passion, de l’imagination de dizaines de millions d’hommes aiguillonnés par la plus âpre lutte des classes ».

 

Une révolution c'est: passion, volonté, conscience et imagination!

Les millions d’hommes, de femmes, de jeunes et moins jeunes qui se sont mis en marche depuis cette étincelle de l’hiver 2010-2011 sont toujours orphelins du cadre organisationnel capable de mettre en oeuvre leur conscience, leur volonté, leur passion et leur imagination. 

Voilà la leçon que l’on doit tirer à cet instant d’une lutte qui n’a pas dit son dernier mot. 

On ne peut en aucun cas, comme le font certains, se recroqueviller dans la posture de « retournons à nos chères études » et attendons des jours meilleurs. 

Plus que jamais, il nous faut nous rassembler dans un cadre organisationnel, outil nécessaire pour les batailles qui s’annoncent. Et nous ne partons pas de nulle part pour cette tâche. Bien au contraire. Nous avons la riche expérience de ces cinq années et de ses différentes péripéties dont il nous faut tirer le bilan afin d’éviter la rechute dans les éternels recommencements et éternelles erreurs.

C’est uniquement en accomplissant ce travail et en tirant les conséquences concrètes en terme d’organisation, de formulation de nouveaux mots d’ordre unificateurs des forces progressistes que l’on pourrait gravir un échelon supérieur dans l’approfondissement du processus révolutionnaire.  

 

Qadiroun!

Notre programme est déjà écrit en filigrane et on peut le résumer par:

 

1) 15 000 milliards de millimes, c’est le total de ce qui frauduleusement ne rentrent pas dans les caisses de la communauté annuellement. Cet argent qui a été généré par les milles et une ficelles de l’exploitation de la majorité de la population doit revenir à la communauté nationale.

Un impôt qui repose non seulement sur les revenus mais aussi sur l’ensemble des biens mobiliers et immobiliers des riches classes qui jusqu’à présent ont vécu en véritables suceuses de sang doit être décrété. C’est le moins que l’on puisse faire quand on sait que l’assiette fiscale actuelle repose uniquement sur l’ensemble de la classe des travailleurs qui sont ponctionnés à la source.

 

2) 5 000 milliards de millimes, c’est la fabuleuse somme qui annuellement est réunie par le bradage de nos richesses minières et agraires pour le remboursement d’une dette odieuse contractée durant les trente années de domination ploutocratique.

Bientôt ce sont 8 000 milliards, à partir de 2017, qui devront être soustrait à la sueur de la communauté nationale pour ces dettes qui s’accumulent, aggravées par cette fuite en avant des différents gouvernement de la « transition » qui n’ont rien trouvé de mieux que de s’endetter encore et encore pour garantir les échéances de remboursement. 

 

3) Récupération de l’usufruit sur toutes les concessions concernant nos richesses minières, concernant notre pétrole et notre gaz, concernant nos richesses agraires et halieutiques octroyés aux réseaux mafieux multinationaux qui ont fait mains basses sur nos richesses. 

 

4) Cure d’amaigrissement à l’ensemble du système bureaucratique (ministère de l’intérieur, ministère de la défense, ministère de la justice, administration centrale (gouvernement) et réduction à un strict minimum du budget de fonctionnement de la présidence, en rompant avec cette culture de l’apparat renforcée sous l’actuelle présidence du nonagénaire qui se prend pour le nouveau bey de Tunis.      

 

« Nous pensons comme vous que tout ordre qui paraît «inébranlable et assuré pour toujours» peut se disloquer très vite quand viennent certaines périodes favorables. Et les décorateurs — de tous les styles — de cet ordre s’évanouissent alors avec lui. » (Guy Debord: http://dadasurr.blogspot.fr/2010/05/correspondance-raoul-hausmann-guy.html). 

 

 

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