Le professeur Kaïs Saïd écrase le magnat des médias Nabil Karoui

Celui que tous les médias français ont catalogué définitivement de « conservateur », le professeur Kaïs Saïd écrase le magnat des médias Nabil Karoui... La révolution en Tunisie reprend son souffle et son « frein » pour reprendre la belle formule de Michael Lowy dans son livre sur Walter Benjamin: « La révolution est le frein d’urgence ».

Misère de la politique?

« Marx a dit que les révolutions sont la locomotive de l’histoire mondiale. Peut-être que les choses se présentent autrement. Il se peut que les révolutions soient l’acte par lequel l’humanité qui voyage dans le train tire les freins d’urgence » (WB)

Les résultats du deuxième tour des présidentielles viennent de tomber confirmant que le souffle révolutionnaire en Tunisie ne fut point totalement étouffé.

Avec, selon les premières estimations près de 77% des voix qui se sont portées sur le candidat Kaïs Saïd, l'homme qui soufflait à l'oreille de la révolution et 23 % pour son adversaire le magnat des médias Nabil Karoui, c'est une belle claque à tous ceux et toutes celles qui pensaient en avoir bien fini avec la Révolution. 

La Révolution est vivante, alimentée des milles feux qui tisonnent l'ensemble du continent arabe. De nouveau, une nouvelle énergie repart de la terre qui a vu étinceler les premières lueurs du grand chambardement de l'hiver 2010/2011 qui attend toujours son véritable "Printemps". 

Le vote massif, jeune et en grande partie résultat d'une vraie campagne de terrain animée par des petites mains non rémunérées et bénévoles, a démoli définitivement les grandes machineries électorales des candidats du "système" avec des moyens financiers aux origines douteuses provenant de donateurs faisant partie des cliques mafieuses qui ont fait mains basses sur nos richesses.

De surcroit, c'est un vote d'adhésion conscient, de larges pans de notre société pour reprendre le fil de notre révolution après les tentatives de confiscation de la part des nombreuses forces opposées aux objectifs de cette dernière. 

En écrasant son adversaire, sans l'ombre d'un moindre doute, et en ramenant son électorat au score que représente exactement les tenants de la contre-révolution, Kaïs Saïd, qui n'a jamais varié de position quant à la nécessité d'inverser la pyramide de fonctionnement de la société, la remettant sur sa base par l'organisation d'élections redonnant à celle-ci la primauté de l'expression et de l'organisation et surtout la révocation des élus, redonne un nouvel espoir aux forces révolutionnaires et les aide à réorganiser leurs rangs dispersés.

En réaffirmant haut et fort que tourner le dos aux revendications légitimes à l'indépendance pour le peuple palestinien relève de la haute trahison, il rompt avec les nombreuses tentatives menées par différents Etats arabes pour "normaliser" leurs relations avec l'Etat sioniste.

« Lever de soleil"

C'est un nouveau "lever de soleil" qui s'annonce. 

A la veille du neuvième anniversaire du début du grand chambardement, ce 17 décembre 2010, notre pays assiste de nouveau à une remise des pendules à l'heure révolutionnaire. Ce qui a été bloqué, voir verrouillé dès les premiers mois de l'après fuite du dictateur, par ceux qui se voyaient remplir le rôle de boucliers de l'ancien régime et qui ont réussi, par des réformes de façade d'entretenir l'illusion du changement, doivent maintenant rendre des comptes et passer à la caisse.

Le premier d'entre eux est ce Nabil Karoui, qui après s'être drapé dans la posture de la victime "politique" se présentant comme le "premier prisonnier politique" de l'ère révolutionnaire, est apparu pour sa première et probablement dernière prestation au cours du débat télévisé l'opposant à Kaïs Saïd, prestation "sans filet", pour un habitué des plateaux de sa propre chaine de télévision, comme un analphabète linguistique (à l'image des spécimens de la classe qu'il représente, il ne possède comme idiome pour communiquer qu'un sabir fait d'un mélange de Derja (l'arabe parlé) non assimilé, de français approximatif et de ce "françarabich" (termes français passés à la moulinette orale arabe comme par exemple "Mriguel": c'est réglé…), un crétin politique (sa seule proposition phare est de nommer un ambassadeur auprès des "Gafa"(dixit) pour faire en sorte que ces dernières investissent en Tunisie et fassent du "cooding" (une trouvaille linguistique toute "karouanaise"), enfin le débat nous a donné à voir, un type quelconque comme beaucoup de ses congénères qui se sont trouvés à la tête de petits empires dans les affaires pour leur entregent avec les hommes de l'ancien dictateur.  

Résurrection de la révolution!

Certes, la cour de cassation lui a permis de quitter la prison et de participer au seul débat organisé entre les deux tours (certains dans son entourage veulent se saisir de cette anomalie pour contester les résultats des élections) alors que le dossier d'accusation pour "fraude fiscale et blanchiment d'argent" est uniquement suspendu. A celui-ci devrait lui être adjoint un autre dossier concernant les liens de Karoui avec un ancien agent du Mossad, israélien ayant la nationalité canadienne et rémunérer un million cinq cent dollars pour des prestations d'entregent avec des responsables américains et russes. Avec cette nouvelle affaire, non seulement notre candidat pulvérise le plafond des dépenses totales pour les élections fixées à la moitié de cette somme (environ 680 000 dollars) mais en plus il viennent alourdir les accusation de blanchiment d'argent…

Ne pouvant se prémunir d'aucune immunité (à l'instar de son acolyte de frère, élu "clandestinement" sur la liste de leur parti au nom détourné par la vox populi en "Kelb Tounes" (chien de Tunisie) en lieu et place de "Qalb Tounes" (Coeur de Tunisie) le sieur Karoui n'en a pas fini avec la justice.  

Cette élection, avec son score sans appel, est une occasion pour mettre en mouvement un processus de révision constitutionnelle instaurant les principales idées développées par Kaïs Saïd durant sa campagne.

Cela devient possible par cette jeunesse qui entre 18 et 24 ans a voté à près de 90% pour celui qui peut se prévaloir du statut de "Monsieur Propre". Celle-ci représente le nouveau souffle de cette révolution permanente qui n'a pas dit son dernier mot.  

Elle aura de profondes répercussions dans le reste des Etats arabes et d'abord dans ce Maghreb toujours orphelin d'une stratégie d'unité.   

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.