Le cadavre de notre révolution bouge encore...

Le champ des possibles s'ouvre à nouveau à l'occasion de la nouvelle séquence électorale tunisienne. Et le cadavre de notre révolution bouge encore.

Le cadavre de la révolution bouge encore… 

La dernière joute électorale de la présidentielle tunisienne et ses premiers résultats rebat les cartes d’un jeu dont les soubresauts d’une société assaillie par des crises multiformes débouchent sur une issue sortie des urnes caractérisée par la seule arme qui restent aux mains des victimes de ces crises: le « dégagisme ». 

La date initiale prévue pour le dernier trimestre de 2019, fut avancée suite à la disparition du nonagénaire président, Béji Caïd Essebsi, en juillet 2019, à quelques mois de la fin de son quinquennat. 

 

Disparition du dernier rempart de la Destourie.

Celle-ci, prévue, vu l’âge canonique de celui qui a servi de dernier rempart de la Destourie en pleine déconfiture, a rajouté de la confusion à un camp déjà bien abimé par les retombées de la crise économique et qui a consacré durant le dernier quinquennat toutes ses forces à une guerre des clans sans merci et où tous les coups étaient permis.  

Ceci est une belle démonstration que le grand chambardement de la séquence ouverte à l’hiver 2010/2011 n’a pas dit son dernier mot. 

 

Le champs des possibles est toujours ouvert.

Non que ce petit territoire appelé « Tunisie » aurait, par on ne sait quel miracle, une protection sanctifiée par ses saints en l’occurence Sidi Bel Hassen et Sidi Mehrez dont les mausolées n’ont jamais désempli. Ce qui, dit en passant, est la preuve que quatorze siècles d’ « islamisation » à la sauce des derniers avatars du type « Nahda » et leurs acolytes Frères Musulmans n’ont pas éliminé du monde musulman les croyances ante-islamiques, ni confirmer les théories essentialistes dont se gaussent toute une générations d’ »islamologues » européens sur un « Islam » hors du temps…

Ce qui se trame en Tunisie aujourd’hui est la conséquence des contradictions insolubles d’une transition capitaliste de type « rentière » qui a démarré suite à la vague de retournement de l’onde révolutionnaire issue des luttes anti-colonialistes, dans les années soixante-dix. 

Ce retournement de l’onde révolutionnaire qui a démarré après la deuxième guerre mondiale, était en harmonie avec la fin du cycle de capitalisme d’Etat des continents euro-américains et du « socialisme » étatisé des fameuses républiques « soviétiques » et l’ensauvagement planétaire de la phase de « libéralisme » économique ouverte après le premier choc pétrolier des années soixante dix et quatre-vingt. 

 

« Trente Glorieuses » et « Trente piteuses ».

L’intermède des « trente piteuses » après celles des dites « trente glorieuses » s’épuise dans la grande crise en provenance des Etats Unis, celle des « subprimes » en 2007/2008. Elle annonce la décennie de soubresauts qui frappe le dernier des continents sur lequel régnait la main de fer de dictatures vermoulues: le continent arabe. 

Ce fameux monde arabe est le dernier à s’éveiller dans le cycle qui a bouleversé plus d’un continent. 

Il est à la fois le signe que les dictatures arabes ont épuisé les instruments de leur gouvernance autoritaire et par le même mouvement la fin de la séquence des changements à froid par le mouvement de l’expression électorale dont l’Amérique latine nous fourni un exemple marquant. 

 

Le cadavre de notre révolution bouge encore!

Au contraire des apprentis commentateurs qui à coup de « statuts » inondent les réseaux et s’alarment de la tournure que prend le premier round de l’échéance électorale avec l’arrivée en tête de la dite élection présidentielle d’un professeur d’université dont la principale caractéristique est un ascétisme monacale (il en a même les traits physiques…); ce dernier peut se vanter d’avoir mener la campagne électorale la moins chère au monde, sans les tonitruantes tronches de ses adversaires placardées sur le réseau publicitaire à coup de milliards reçus de généreux donateurs nationaux et internationaux. 

Il peut se prévaloir d’un véritable parcours sans tâches dans un pays qui s’enfonce jour après jour dans la corruption et la concussion généralisée. 

En cela, c’est déjà une belle leçon en politique. 

Et peut être un début de retournement du mouvement de balancier en faveur de la contre-offensive qui viendrait mettre le holà à l’offensive contre-révolutionnaire qui a démarré dès que fut prise la décision de tout le sérail politicien de stopper, dès octobre 2011, par le moyen des « urnes », le mouvement de contestation généralisée qui a démarré durant l’hiver 2010/2011. 

Ce dernier n’a jamais entrevue de « printemps » quoiqu’en disent les thuriféraires de la « démocratie représentative ». 

 

Construire un bloc révolutionnaire!

La première leçon à tirer de ce début de séquence électorale est que le résultat du candidat Kaïs Saïd est une illustration, même déformée, de la survivance du potentiel de contestation au sein de la population laborieuse.

Cette dernière martyrisée par un appétit jamais rassasié de la bande d'accapareurs dont le chiffre ne dépassent pas les soixante dix familles et leurs larbins médiatico-politiques , ne réclame que les moyens d’amplifier sa colère en la canalisant. 

Cette contestation s’est exprimée aussi par la majorité des abstentionnistes (51% du corps électoral!). 

C’est un véritable raz-le-bol qu’exprime à sa manière le vote pour Kaïs Saïd. 

L’arrivée en deuxième position d’un des candidats représentant l’un des clans de la fameuse Destourie, le sulfureux mania des médias, Nabil Karoui; qui a mené sa campagne de derrière les barreaux de la prison d’El Mornaguia, à travers sa chaîne privée Nessma, et son réseau publicitaire, est aussi un indicateur sur le raz-le-bol de larges pans de la population attirée par le posture « donquichostesque » de ce dernier.

Les cartes sont donc rebattues et le champ des possibles est largement ouvert.

Certes, les élections en elle-mêmes ne régleront rien, en particulier si, et l’hypothèse est probable, Kaïs Saïd devenait président. 

Notre système électoral a été taillé sur mesure par une « élite » auto-proclamée  qui s’est empressée de verrouiller l’après chambardement de l’hiver 2010/2011.

 

Un champ des possibles toujours ouvert…

Nous aurons donc à réouvrir le champ des possibles et pour cela il est nécessaire, dès à présent, que les candidats non élus, et qui restent animés par la volonté de servir le peuple, d’appeler à voter Kaïs Saîd pour barrer la route au candidat autour duquel la Destourie, bon an mal an, cherchera à unifier ses rangs après la berezina électorale.

Etant donné le télescopage des deux élections présidentielles et législatives, on devrait très rapidement s’accorder pour que les partis ayant encore un tant soi-peu de désir de voir la flamme révolutionnaire éclairer notre futur de se rassembler en gardant leur autonomie organisationnelle dans un Bloc Révolutionnaire autour du mot d’ordre « Echaab Ourid » et de présenter leurs candidats en appui à la dynamique ouverte par la candidature de Kaïs Saïd. 

Ce Bloc Révolutionnaire s’engage à gouverner ensemble sur une plate-forme qui mette au centre des préoccupations la lutte sans concessions à toutes les formes de corruption. Grâce à l’argent récupéré de cette lutte, on peut relever immédiatement le niveau de vie de nos concitoyens qui ont perdu près de 40% de leur pouvoir d’achat au profit des anciens et nouveaux prédateurs durant ces huit dernières années.

Lançons un appel au rassemblement et menons le combat pour entamer la véritable rupture d’avec les structures de l’ancien régime désarçonnée mais jamais mis à terre.

Tunis le 16 septembre 2019

 

 

         

   

 

 

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