Mélenchon « félicite » les russes et Poutine…

Mélenchon applaudi Poutine et le félicite de faire le Job! Ayant hâte de compter parmi les "candidats" à la présidentiel de 2017 qui "comptent", monsieur Mélenchon fait feu de tout bois. Ignorant de la complexité de la situation. Il a perdu son honneur en ne se soulevant pas contre son propre impérialisme, qui en bombardant crée les conditions du pourrissement de la situation.

Mélenchon « félicite » les russes et Poutine… de faire "le Job"... 

Jean Luc Mélenchon était l’invité de Laurent Ruquier dans l’émission « On n’est pas Couché », l’occasion pour lui de revenir sur sa candidature à la présidentielle de 2017 et de faire la lumière sur ses positions face aux questions internationales.

Jean Luc Mélenchon a, dans une intervention décousue, d’abord « félicité les russes » pour leurs bombardements qui touchent la population syrienne et visent particulièrement le large spectre de groupes de résistants armés au régime despotique de Bachar . 

De manière péremptoire il souligna d’un ton martial: Poutine, « je pense qu’il va régler le problème ». Pourtant, on chiffre les sorties de l’aviation russe à 9000 dont seuls 300 auraient visés des bases de l’EI. 

Retrouvant les intonations "va-t-en-guerre" d’un Hollande déclarant « que nous sommes en guerre! » , Mélenchon précise « comme c’est Daesh qui nous a frappé, je souhaite  qu’ils soient frappés à mort ». Par qui, « par Poutine », allié à l’Iran et leurs supplétifs du Hezbollah. Pourtant le même Mélenchon déclarera sans se démonter: « j’ai toujours lutter contre le régime théocratique d’Iran »… Je soutiens les russes et combat le régime "théocratique" iranien. Drôle de dialectique! 

L’ex-président du Front de Gauche a aussi vivement critiqué la Turquie tout en apportant son soutien aux différents groupes armés Kurdes. Pour finir il insista sur le fait qu’il faille « rétablir l’ordre, et l’ordre passe par le fait que l’on élimine Daesh de là ». Donc logiquement que l’on sauve le soldat Bachar, ce qui reste de son régime  et la récupération des trois quarts d’un territoire dévasté par le même Bachar, grâce à l’opportune intervention des russes et des iraniens et de leurs multiples supplétifs.   

Reprenant à son compte la thèse qu’il y a complot « pour les gazoducs et oléoducs », il se retrouve défenseur du camp des russes et des iraniens qui tentent d’imposer une « pax persique » dont on ne voit pas le début de réalisation dans l’Irak voisin où les forces « pro-iraniennes » n’arrivent toujours pas à stabiliser la situation alors que numériquement il sont majoritaire sur le papier.

Comment dans une Syrie à « majorité sunnite » avec ses 4 millions de réfugiés, ses huit millions de déplacés et ses nombreses dévastations remettre en selle la domination bassiste du régime minoritaire de Bachar?

Bombardements Russes?

En toute logique si l’on suit le raisonnement de notre Mélenchon par les « bombardements russes ». 

Pourtant nombreuses sont celles et ceux qui ont une lecture non « complotiste » et qui ont  connaissances des conditions matériels de la conséquence de la:

- fin du cycle d’accaparement exclusif par l’ensemble des ploutocraties arabes, ébranlées par le grand chambardement de l’hiver 2010/2011. Avec des variantes entre les régimes despotiques qui ont écrasé « militairement » leurs diverses opposition (le cas de la Lybie de Kadhafi et de la « Répumonarchie » des Assad en Syrie et les régimes autoritaires qui ont maintenu un espace, fut-il atrophié, à des « oppositions », syndicales (UGTT) en Tunisie sous Ben Ali, et les Frères Musulman dans l’Egypte de Moubarak. La situation a changé en Egypte avec le coup d'Etat du Maréchal Sissi et son désir, non réalisé jusqu'à présent, et ce malgré les horreurs des massacres (3000 assassinés), 40 000 embastillés, touchant particulièrement la confrérie Frère Musulmane. Il suit en cela la voie d'Assad en Syrie. 

- l’environnement géopolitique des différents Etats agités par le processus révolutionnaire qui dure depuis cinq années. La Syrie et son régime ont depuis la guerre civile libanaise, en passant par la première et la deuxième guerre contre l’Irak  su tiré profit des « malheurs » de leurs voisins pour s’immiscer directement dans leur crise. Il y a un effet boomerang cumulé dont le résultat est cette volonté de tous les acteurs de la région de s’immiscer à leur tour dans les affaires syriennes. L’Arabie Saoudite, comme le Koweit, les Emirats ou le Qatar ont investis dans la région et  cela depuis l’inauguration des politiques d’ « Infitah », libéralisation économique, il y a de nombreuses années, que ce soit en Egypte, en Syrie, en Jordanie. Ils désirent sauvegarder leurs investissements et sont prêts comme le disent les français, les américains et l’ensemble des intervenant dans la région à mettre le prix pour « ». 

A cette couche arabo/arabe de la géopolitique s’ajoute l’intervention des deux « petits impérialismes » de la région: l’ancienne puissance ottomane turque et l’Iran qui à la faveur de la chute du mur de Berlin et de la disparition de l’ex-Union Soviétique ont retrouvé leur ancienne aire d’hégémonie « turcottomane » et « perse » et cela par le retour des ex- républiques soviétiques « musulmanes » dominées par l’Union Soviétique, dans leur giron naturel. 

Donc notre Mélenchon et sa géopolitique « simplifiée », qui voit déjà les « russes » « faire le job », est comme beaucoup, un parfait ignorant de la complexité de la situation. Il a perdu son honneur en ne se soulevant pas contre son propre impérialisme, qui en bombardant crée les conditions de ce que nous avons appelés à juste titre: « les bombes à retardement ». Il le perd une seconde fois en s’alliant aux russes et à leur nouveau despote Poutine contre les peuples arabo/africains et leurs volontés d’émancipation. Il faut savoir par moment dire: « bas les pattes » devant la révolutions arabo/africaines.  Solidarité inconditionnelle aux luttes pacifiques et armées de cette révolution.

 

Hamadi Aouina 

 

22 février 2016

 

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