Jamal Khashoggi est le Mohamed Bouazizi du renouveau révolutionnaire arabe.

L'assassinat de Jamal Khashoggi peut avoir le même effet que l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi en redonnant un nouveau souffle au "Printemps arabe". Et si le grand chambardement de l'hiver 2010/2011 n'était qu'une répétition générale?

Bernie Sander dans le New York Times du 24 octobre 2018 réclame que l’on arrête de soutenir les interventions militaires saoudiennes au Yémen.

 

Boycott du « Davos du désert »! 

Les principaux dirigeants de multinationales ainsi que de nombreuses personnalités politiques et économiques euro-américaines de premier plan ont été amenés face à l’ampleur de l’horreur provoquée, à l’échelle internationale, par la liquidation du journaliste Khashokggi, à boycotter le «Davos du désert », happenning international pour l’investissement en Arabie Saoudite ayant démarré ce mardi 23 octobre 2018. 

 

Business as usual!

Seul un important dirigeant a bravé ce large boycott de fait et c’est le français Patrick Pouyanné, PDG de Total. Il a tenu à insister sur l’importance de maintenir le contact « dans les temps difficiles » et pour enfoncer le clou, il a déclaré que c’est dans ces moments-là que « vous renforcez vraiment le partenariat ». Business as usual! Qu’en pense le président Macron dont le pays, la France, est l’un des principaux fournisseurs d’armes aux monarques et les maréchaux à leurs bottes de la région? 

 

Tsunami!

Le tsunami qui frappe la monarchie saoudienne, suite à la liquidation physique, digne des pires scénarios mafieux, en plein Consulat du royaume à Istanbul, du journaliste Jamal Khashoggi, représente à non pas douter un tournant de la vague contre-révolutionnaire qui frappe l’ensemble du monde arabe et dont la monarchie saoudienne ainsi que ses supplétifs émiraties furent les portes flingues et bénéficiant d’un soutien inconditionnel euro-israélo-américain sauvegardant leurs intérêts dans la péninsule. 

 

La patte des satrapes.

Derrière le coup d’Etat sanglant du Maréchal Sissi et sa chape de plomb; derrière la répression sanglante qui s’est abattue sur la majorité chiite du Bahrein; derrière la manipulation des mouvements armées de la résistance syrienne par un appui exclusif aux milices les plus rétrogrades du courant fondamentaliste musulman, dénaturant et dévoyant la révolution syrienne en la transformant, comme en Afghanistan, en affrontement entre différents seigneurs et saigneurs de guerre; derrière le soutien militaire et financier aux cliques armées du Maréchal Haftar ainsi qu’aux anciens partisans de Moamar Kadhafi en Libye et pour terminer ce tableau macabre, derrière la politique de la terre brulée menée au Yémen; derrière tout cela, on trouve la patte des satrapes du Royaume saoudien et des Emirats Arabes Unis. 

Même le renversement du gouvernement des frères musulmans en Tunisie remplacés par les raclures de l’ancien régime et à leur tête le sémillant nonagénaire Essebsi (92 ans) est leur oeuvre. Sans oublier la mauvaise mise en scène, quasi ubuesque, de la démission du premier ministre libanais, l’oligarque Hariri, retenu séquestré dans la capitale monarchique et finalement « libéré » grâce à l’intervention des amis de ce dernier, entre autres le président Macron.

 

Du pain béni pour la révolution!  

Alors, la bourrasque qui frappe la monarchie saoudienne et par ricochet la monarchie des Emirats, pièces maîtresses de la domination impériale, est du pain béni pour la révolution arabe.

La Sainte Alliance est profondément secouée dans ses tréfonds par les retombées, tant à l’échelle locale qu’à l’échelle internationale, de cette sale affaire de liquidation physique d’un journaliste.

Le Washington Post publie une une où ne figure que le visage du MBS, le prince « flingueur », vers qui tous les fils du commandement de l’assassinat remontent, et un titre évocateur: « Nous voulons la vérité ». 

 

Effet domino.

Cette offensive médiatique et politique visant à obtenir la tête du prince héritier, qui se voyait déjà Monarque, peut, par son effet domino, redistribuer les cartes. Non seulement dans la monarchie des Saouds; dans le reste du monde arabe aussi, toujours secoué par le grand chambardement de l’hiver 2010/2011, et dans les deux « lupen-impérialismes » régionaux: le régime du Frère Musulman Erdogan en Turquie ainsi que la « molahrchie » iranienne. 

Même le « Tsar au petit pied » Poutine peut être éclaboussé par cette affaire et last but not least le régime  sioniste, qui n’est pas en reste en matière de liquidation physique, d’emprisonnement massif et de politique d’Apartheid, peut être ébranlé par la bourrasque saoudienne. 

C’est dire que l’on peut aujourd’hui, en tant que progressiste et révolutionnaire arabes et internationaux, appuyer là où cela fait mal.

 

Quelles priorités pour quelles perspectives.

Et les priorités sont multiples.

L’arrestation et la condamnation de toute la chaîne des personnes impliquées dans l’assassinat du journaliste Khashoggi, des subalternes jusqu’aux donneurs d’ordre des cercles de l’entourage du prince héritier ainsi que ce dernier.

L’arrêt du bain de sang au Yémen provoqué par l’apprenti monarque est un thème de mobilisation sur lequel on peut rassembler beaucoup de monde qui ne peuvent être scandaliser par l’exécution sommaire d’une figure de l’opposition à la monarchie et se taire quant à la liquidation de dizaines de milliers de yéménites avec les mêmes procédés odieux. La vie de centaine de milliers de yéménites dépend aujourd’hui de l’arrêt des bombardements de la coalition sous commandement saoudien, la réouverture des ports et aéroports pour un ravitaillement d’urgence, et le jugement auprès de tribunaux internationaux des assassins d’enfants, de femmes, d’hommes sans défense au Yémen.

Soutenir toutes les formes de luttes démocratiques des femmes et des hommes qui se battent contre le régime sanguinaire saoudien et dont certains, par milliers, sont embastillés où en attente de l’exécution de leur jugement à mort.

La défense des simples libertés démocratiques d’expression, de publication, de manifestation, de grèves, d’organisation dans des structures politiques ou syndicales est d’une légitimité criante face à une monarchie qui a trop longtemps profité d’une absolution de ses crimes. 

Réclamer l’arrêt immédiat des ventes d’armes, des systèmes d’espionnage des populations civiles ainsi que des collaborations en matière militaire que ce soit au niveau de l’instruction, des mises à niveau, des échanges d’informations concernant les opposants.

Ces thèmes d’agitation peuvent contribuer à ébranler la Sainte Alliance monarchique, redonner un souffle et un renouveau au "Printemps arabe", recréer l’espoir d’en finir avec toutes les formes d’injustices et de crimes impunis. Elle peut inverser une dynamique qui a profité et profite encore aux courants réactionnaires de par le monde. 

Ne baissant pas les bras en ce moment crucial.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.