Banque mobile : la comparaison des offres attendra !

A partir du 31 octobre 2018, les nouveaux acteurs bancaires (C-zam, Revolut, et autres Compte-Nickel) devront comme les « vraies » banques indiquer une liste standardisée de produits censée rendre la comparaison de leurs prix facile. Une bonne initiative ? Pas vraiment, cette liste n'est pas adaptée aux comptes sans banques.

Difficile de ne pas se laisser tenter par les banques mobiles ! En plus d’être accessibles sans condition de revenus – ce n’est pas toujours le cas des banques en ligne – ces acteurs apparus ces dernières années se veulent être une alternative bon marché au compte bancaire classique, tout en fournissant des prestations semblables : une carte bancaire, des retraits aux distributeurs, les virements… Le b.a.-ba des services que l’on demande à sa banque, directement sur son smartphone !

Pourtant ce ne sont pas des banques. Ces néo-banques sont la plupart du temps des comptes de paiement et ne sont, de fait, pas assujetties aux mêmes règles que les établissements de crédit. Notamment, elles ne sont pas obligées de faire figurer en haut de leur grille de prix l'extrait standard des tarifs. Ce tableau synthétique donne aux consommateurs le prix des produits et services principaux (frais de tenue de compte, retraits déplacés, cartes, abonnement pour gérer son compte...). Une liste censée permettre de comparer un peu plus facilement les banques entre elles. 

Mais, cette exonération sera bientôt de l'histoire ancienne. La semaine dernière, un arrêté transposant en partie une directive européenne sur « la comparabilité des frais liés aux compte de paiement » a été publié au Journal Officiel. A partir du 31 octobre, celui-ci impose aux banques et désormais aussi aux néobanques de diffuser une liste de 12 services représentatifs. Une bonne initiative ! Car, il est à l'heure actuelle difficile de comparer ces nouvelles offres entre elles et de les rapprocher des comptes d’entrée de gamme des « vraies » banques. C’est bien simple : sur les sites des banques mobiles, il est bien souvent plus facile de connaître la couleur de la carte bancaire que le prix des retraits aux distributeurs automatiques.

Une liste de tarifs déconnectée de l'offre des banques mobiles

Mais, dans les faits, la publication de cette liste ne va pas changer grand chose. Car celle-ci n'est pas du tout adaptée à l'offre des banques mobiles. Sur les 12 lignes tarifaires à indiquer, plus de la moitié apparaissent en effet peu pertinentes.

C'est le cas par exemple des cartes bancaires. La liste prévoit d'indiquer le prix de la carte à autorisation systématique, de la carte classique à débit immédiat et de la carte classique à débit différé. Sur ces trois types de carte, les néobanques ne proposent que des cartes à autorisation systématique, voire des cartes prépayées (absentes de la « liste des services les plus représentatifs rattachés à un compte de paiement »). Par ailleurs, ces acteurs ne tolèrent pas le découvert bancaire, donc ne prélèvent pas de commissions d’intervention, une autre des lignes tarifaires à mettre en avant.

Autres mention peu utile : le prix des virements et des prélèvements qui est aujourd'hui gratuit à distance dans la quasi-totalité des banques ou des néobanques. Seule la demande à un conseiller d'effectuer un virement est facturé, mais le tarif est rarement indiqué. L'assurance des moyens de paiement ne colle pas non plus à l'offre des banques mobiles. Leurs packages - hormis lorsque le client souscrit une offre haut de gamme dans certaines banques mobiles – n’intègrent souvent pas ce type d’assurance.

Au passage, on peut se poser plus largement la question de l'intérêt de faire figurer l'assurance des moyens de paiement dans les "services essentiels". Cette assurance est dans la très grande majorité des cas inutile. Pour rappel, larticle L133-19 du code monétaire et financier stipule qu’en cas de débit frauduleux sur le compte, la banque doit rembourser la totalité des montants dérobés.

En résumé, cette évolution réglementaire est louable, mais il n'y a toujours pas mention des frais de découverts ou des opérations par carte à l'étranger, par exemple. C'est dommage que celle-ci n'aille pas plus loin et ne s'adapte pas davantage à la mutation des usages et du secteur bancaire.

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