Orange, un Big Brother à la française ?

Orange vient de lancer dans la banque de détail. Que vient chercher le premier opérateur télécom français sur ce nouveau terrain de jeu ? Des données, toujours plus de données ?

C’est sans précédent en France : pour la première fois, un opérateur télécom, Orange en l’occurrence, a lancé un compte bancaire à part entière, avec carte bancaire, chéquier, compte épargne et bientôt crédit. Logiquement, étant donnée la force de frappe d’Orange, capable de solliciter en un instant ses 25 millions de clients mobiles en France, le lancement a fait événement - quel média n’a pas relayé l’information ? - et les premiers chiffres sont plutôt corrects : en une dizaine de jours, autour de 30 000 personnes « sont venues ouvrir un compte », a expliqué Stéphane Richard, le PDG d’Orange.

Des centaines de millions d’euros à amortir

La plupart des articles sur Orange Bank ont posé la question : que vient faire exactement l’opérateur sur le marché de la banque de détail ? Mais les réponses données sont insuffisantes. Officiellement, il s’agit pour l’opérateur de trouver un relais de croissance, le marché du mobile étant en voie de saturation.

Pourtant, il va se passer du temps avant qu’il ne gagne de l’argent avec la banque. Il lui faudra en effet amortir les millions d’euros - on parle de 500 M€ - investis dans le projet. Ce qui ne sera pas simple dans le contexte actuel. Il suffit de regarder les résultats trimestriels publiés par les banques ces derniers jours : l’activité de banque de détail souffre, en raison notamment des taux bas et des contraintes réglementaires. Même les banques en ligne, qui n’ont pourtant pas de réseau d’agences à entretenir, perdent de l’argent : 24 millions d’euros en 2016, par exemple, pour Boursorama Banque.

1 000 euros le client

Mais Orange, qui a les poches bien profondes et peut se permettre de perdre de l’argent, car il a une autre idée derrière la tête, qui tient en un mot : les données. Le fuel de l’économie numérique, dont Orange est un des géants mondiaux. Imaginez. Vous êtes client mobile Orange : l’opérateur sait en permanence où vous vous situez, avec qui vous communiquez… Vous êtes en plus client d’Orange Bank : il sait aussi ce que vous achetez, ce que vous gagnez, ce que vous possédez… On n’est pas loin du Big Brother de George Orwell.

Au croisement de ses sources se trouve un gisement de données d’une richesse exceptionnelle, et une véritable mine d’or si elle est correctement exploitée. Pas étonnant, dans ce cas, qu’Orange valorise un client bancaire à hauteur de 1 000 euros environ, au même niveau qu’un client télécom, qui génère pourtant plus de recettes.

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