Notre argent bientôt aux mains des chinois !

L’info pourrait paraître anecdotique, le géant chinois du e-commerce Alibaba vient de racheter l’application sud-coréenne KakaoPay. Un petit pas qui nourrit toujours plus le mastodonte asiatique, implanté un peu plus loin géographiquement et surtout un peu plus loin dans le monde financier.

Savez-vous vraiment qui est Alibaba ou plutôt le groupe Alibaba ? C’est avant tout le géant du e-commerce souvent comparé à Amazon, qui dispose de plusieurs sites : Alibaba.com pour la vente en gros et Aliexpress.com pour la vente de détail aux entreprises et au particulier. Si vous pensez que ce géant ne l’est que par la taille de son dispositif e-commerce, vous vous trompez ! Alibaba c’est aussi Aliyun (un système d’exploitation), Alisport, Alibaba pictures, Youku (le Youtube chinois) ; mais il y a aussi sa fintech ANT financial, qui possède elle-même des services d’investissement et de banques en ligne, ainsi que le service de transfert d’argent MoneyGram, le système de paiement électronique AliPay, et le petit dernier KakaoPay.

2 constats sur les investissements à tout-va du géant chinois, toujours plus gros :

  • Point n°1 : bien au-delà de ses frontières chinoises, il s’étend toujours plus et a su devenir incontournable, même auprès des consommateurs Européens.
  • Point n°2 : du e-commerce il est passé au paiement et à la finance. Où s’arrêtera t-il ?

Même si nous sommes amplement habitués à consommer Américain plutôt qu’Asiatique dans de nombreux domaines, cela pourrait peut-être changer rapidement. A l’heure où l’on aime parler « de transformation digitale », dominée jusqu’à présent par les entreprises américaines, la contre-attaque venant de l’Est se promet de ne pas passer inaperçue.  Face à Amazon il y a Aliexpress, face à Google on voit Baïdu faire de plus en plus parlé de lui, Facebook commence à se plier aux exigences chinoises, il est désormais plus tendance d’avoir un Honor qu’un Iphone, les Réseaux Sociaux made in USA perdent de leur splendeur et les applis asiatiques affolent la bourse (Weibo, WeChat, Line, Kakao…)

Et demain en France ?

 « Pas en France » vous dites-vous ; on peut consommer asiatique quand il s’agit de produits high-tech, mais pour le reste, vive le « made in France ».

Permettez-moi de vous rire au nez ! Avez-vous déjà oublié que la viticulture, fleuron français, est déjà envahi par les investisseurs asiatiques ? Devinez qui a acheté en 2016 deux nouveaux vignobles bordelais : le fondateur d’Alibaba, bien sûr !

Alors pour demain, seriez-vous vraiment étonné de confier votre argent - qui n’est finalement plus que numérique - aux mains de lointains groupes chinois. Vous vous dites : les Français se sont rebellé pour la vigne, ils en feront encore plus pour leur pécule. 

Il suffirait pourtant de peu pour en arriver là. Axa et Alibaba ont déjà noué un partenariat ensemble. Crédit agricole et UnionPay, le 1er fournisseur de carte bancaire chinois, ont établi un partenariat dès 2014. La banque Edel permet depuis 2016 aux touristes chinois de payer en Yuan en France, via Alipay sur leur smartphone. Face à la baisse des vacanciers asiatiques craignant d’être agressés pour leur liquidité, cela pourrait ne pas s’arrêter là. Un petit pas pour le paiement mondialisé et un grand pas pour un nouvel ordre bancaire mondial.

Quand demain, Alibaba vous proposera une banque en ligne avec une carte bancaire internationale avec peu de frais, que ferez-vous ? Vous direz non, au début, bien sûr ! Et puis demain, comme pour les banques en ligne aujourd’hui, Alibaba Bank finira par occuper le haut de tous les classements des banques aux tarifs les moins chers. Comme pour les banques en ligne, vous finirez par vous dire que ce n’est plus vraiment un problème d’avoir sa carte bancaire « made in china » et vous signerez encore une fois pour le moins cher.

Le roi américain est mort, vive le nouveau roi chinois !

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