Luttons contre l’exil fiscal des banques (en fermant nos comptes) !

Cette semaine, Oxfam a rappelé comment les banques jouent avec leurs bénéfices pour réduire au maximum leurs impôts dans leur pays d’origine. La goutte d’eau de trop ? Bonne nouvelle : nous pouvons réduire leurs profits avec les « comptes sans banque » qui bourgeonnent et qui se posent en alternatives crédibles.

Le si rentable Luxembourg…

« Banques en exil : comment les banques européennes profitent des paradis fiscaux » Merci Oxfam ! Merci pour cet abondant rapport sur les pratiques des groupes bancaires. Merci de remettre un coup de projecteur sur des pratiques pas forcément illégales mais sûrement condamnables ! Les chiffres parlent d’eux-mêmes… Les 20 plus grandes banques européennes déclarent 628 millions d’euros dans des paradis fiscaux où elles n’ont aucun employé. Oui vous avez bien lu : zéro salarié ! Et, toujours selon Oxfam, elles n’ont pas payé un seul euro d’impôt sur 383 millions d’euros de bénéfices réalisés dans ces territoires à la fiscalité douce. Oui : zéro impôt ! zéro contribution à la solidarité nationale !

Pas besoin d’égrainer tous les chiffres révélés par Oxfam, puisque l’intégralité du rapport a été rendue publique. Juste une dernière statistique, le bénéfice par employé et par pays en 2015 : 6,3 millions d’euros de bénéfices par employé aux îles Caïmans, 454.000 euros au Luxembourg, 29.000 euros dans le pays d’origine des banques européennes. Comme le dit si bien Martine Orange : « Il n’y a pas à dire, les salariés des banques européennes employés dans les paradis fiscaux sont les plus productifs du monde ! »

Certes, le rapport d’Oxfam n’est pas un scoop. L’an passé, un collectif d’associations (CCFD-Terre Solidaire, Oxfam France et Secours catholique-Caritas France) dénonçait déjà l’optimisation fiscale des cinq plus grandes banques françaises : BNP Paribas, BPCE (Banque Populaire et Caisse d’Epargne), Société Générale et Crédit Mutuel-CIC. Merci, quand même, à Oxfam de dénoncer à nouveau cette triste réalité. Pour ne pas oublier qu’il faut éviter d’engraisser un mammouth bancaire se voyant pousser des ailes lorsqu’il s’agit de payer des impôts… 

Un compte… sans passer par une banque

Dénoncer est une chose, boycotter en est une autre. Peut-on, aujourd’hui, se passer d’un compte courant ? Difficile, très difficile ! Aller voir ailleurs ? Oui, mais où ? Les banques en ligne appartiennent aux mêmes grands groupes : Boursorama à la Société Générale, ING Direct à la banque hollandaise ING, ciblée elle aussi dans le rapport Oxfam… Restent les derniers entrants sur ce marché, les fameux « comptes sans banque » ou « néobanques » : comme le Compte Nickel, disponible dans les bureaux de tabac, ou comme l’Allemand N26 qui commence à faire parler de lui en France. Ce petit marché fait plus que frémir : le très puissant groupe Carrefour s’apprête même à lancer un compte courant (C-Zam) qui sera disponible dans les rayons de ses magasins ! Le deal, pour C-Zam comme pour le Compte Nickel : un compte avec IBAN et une carte bancaire en l’échange d’une vingtaine d’euros par an.

Certes, ces « comptes sans banque » n’offrent pas exactement la même palette de services que votre bonne vieille banque « en dur ». La principale différence étant l’absence de découvert autorisé. Tant mieux ! Comme on peut le voir sur certains sites comparatifs, les banques ne font pas toujours preuve de transparence lorsqu’il s’agit de communiquer le taux des agios qu’elles appliquent aux découverts, autorisés ou non autorisés. Au moins, avec un « compte sans banque » sans possibilité de découvert, pas de mauvaise surprise !

 

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