Quand s’effondrent les belles promesses du prêt en crowdfunding

Prêter aux PME, en direct, sans passer par les banques, en espérant des taux d’intérêt frisant les 10% ! La promesse des plateformes de crowdlending était belle. Mais elle est sérieusement remise en cause.

Lendopolis. L’une des premières plateformes de prêt participatif aux PME, lancée dès la fin 2014, qui plus est par les pionniers du crowdfunding en France, les fondateurs de KissKissBankBank. Pour les premiers à avoir investi sur cette plateforme, la pilule a été difficile à avaler la semaine passée à la lecture d'une interview du directeur de la plateforme sur cBanque : plus de 9% des projets sont en retard ou en défaut de paiement ! De quoi effriter sérieusement la promesse de gain pouvant aller jusqu’à 10% d’intérêts annuels sur les prêts réalisés aux entreprises. Dans cette interview, le directeur interrogé assume, et promet des mesures, mais les emprunteurs de la première heure vont regretter d’avoir joué les cobayes.

Surtout que ces statistiques viennent confirmer les conclusions de l’enquête de l’UFC-Que Choisir, en février dernier : « Le financement participatif, moins rentable que le Livret A ». L’UFC pointaient notamment des promesses de rendements « trop beaux pour être vrais ». La fédération professionnelle regroupant les principales plateformes Financement participatif France (FPF) avait répondu par le menu détail aux attaques de l’UFC, en faisant sur certains points amende honorable, en contestant les chiffres avancés sur d’autres. Et notamment en promettant de « standardiser au mieux les informations sur le risque et les mises en garde vis-à-vis des prêteurs ».

Des plateformes rachetées par les banques

Mis en cause, le crowdlending reste un secteur en pleine ébullition. Selon les statistiques de la FPF, la collecte des prêts participatifs a progressé de 46% en 2016, à 96,6 millions d’euros. Une progression qui aiguise les appétits, malgré les défauts de paiement évoqués plus haut. Le groupe KissKissBankBank (qui possède la plateforme Lendopolis, justement) a été racheté cette semaine par la Banque Postale. Quelques mois plus tôt, la même Banque Postale avait pris 10% du capital de la plateforme WeShareBonds. Quand les « petits poucets » censés offrir une alternative aux réseaux bancaires finissent dans le giron bancaire… Ce vendredi, c’est un autre poids lourd du crowdlending qui a été racheté : Credit.fr, par Tikehau Capital, société d’investissement se définissant comme un acteur du marché « de la dette privée et du prêt aux entreprises ».

Côté investisseurs-épargnants, difficile de se faire une idée précise de la révolution en cours sur ce marché encore émergeant qu’est le crowdlending. Faut-il voir ces rachats comme un gage de confiance ou comme un renoncement ? L’impression reste mitigée. Ces mouvements n’incitent clairement pas à se jeter sur le prêt participatif aux PME. Sur le bien plus classique marché des livrets bancaires, les taux les plus élevés atteignent ou dépassent péniblement les 1%. Triste temps pour l’épargnant.

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