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Billet de blog 17 août 2016

Combattre le racisme d'Etat

Voilà deux ans que pour la première fois j’ai ressenti le besoin d’écrire pour partager publiquement mon désarroi. J’avais défendu des personnes à qui l’on reprochait d’avoir commis des actes à connotation antisémite, ainsi que des personnes parties faire le Jihad. J’évoquais déjà un racisme d’Etat à venir. Je ne pensais pas que celui-ci pourrait s'exprimer aussi précocement. J'ai eu tort.

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Voilà maintenant deux ans que pour la première fois j’ai ressenti le besoin d’écrire pour partager publiquement mon désarroi. J’avais défendu des personnes à qui l’on reprochait d’avoir commis des actes à connotation antisémite, pendant les émeutes de Sarcelles en juillet 2014 ainsi que des personnes parties faire le Jihad. Cela m’a été reproché, parfois violemment, non pas du fait de ma qualité d’avocat, mais parce que de tradition Juive. 

J’évoquais déjà un racisme d’Etat à venir. Je ne pensais pas que celui-ci pourrait s’exprimer aussi précocement. Les combats menés depuis m’ont donné tort.

Je pense aujourd’hui à ces familles, de confession musulmane, par naissance, tradition familiale ou simplement par choix. Ces familles qui en quelques mois ont subi tous les outrages de la république. 

L’état d’urgence d’abord, au cours duquel elles ont été perquisitionnées, violentées, assignées à résidence par un Etat désorienté. Un état d’urgence rendu permanent par le législateur, consacré par des juridictions administratives devenues de vulgaires annexes du ministère de l’intérieur.

Je les entends encore au téléphone, plusieurs mois après que les arrêtés d’assignation à résidence aient été abrogés, me demander pourquoi ? Pourquoi nous ? Qu’avons-nous fait de mal ? 

Que puis-je leur répondre ? Que l’état d’urgence est une loi votée et prorogée par le législateur, presqu’unanime ? Que l’injustice et l’horreur qu’ils ont eu à subir est le fait d’une loi ? Ou bien encore qu’il y a désormais une doctrine d’Etat qui fantasme une continuité entre certaines formes de pratique religieuse au terrorisme de l’Etat Islamique, qu’il vaudrait peut être mieux être discret, pratiquer en cachette, préférer les sous-sols pour la prière, l’ombre à la lumière, mais surtout de ne pas renoncer complètement à leur croyance au risque d’être dans la dissimulation, présomption presque irréfragable de terrorisme.

Je n’ai pas su trouver les mots quand à cette première injustice s’est ajouté la déchéance de nationalité. Ce sombre débat touchant à nos plus solides fondements républicains, l’égalité, le droit du sol. Cette pantomime législative, expression violente du refoulé national de la guerre d’Algérie. Pouvais-je seulement imaginer leurs angoisses de voir que leur identité, leur appartenance à la citoyenneté Française pouvait être remise en cause par les représentants qu’ils avaient élus.

Je me souviens encore de cette dame qui avait la grandeur de justifier les exactions commises contre elle, son mari, ses enfants, acceptant d’être sacrifiée sur l’autel de la lutte contre le terrorisme. La déchéance de nationalité n’était-elle pas réservée aux seules personnes condamnées pour des actes de terrorisme ? Nous sommes une famille honorable, comment pourrions-nous être concernés si nous ne commettons pas de tels actes ? 

Je me suis alors abstenu de leur dire qu’il n’existait pas de définition réelle du terrorisme, que d’une époque à l’autre, d’une alternance à l’autre, la simple expression, appartenance ou pratique pouvait être qualifiée de terrorisme, dès lors que cette expression, appartenance ou pratique était qualifiée comme telle, qu’un jour viendrait peut être où un simple juge administratif, un premier ministre peut être, viendraient à considérer que le port d’un vêtement, dans le cadre de l’état d’urgence pouvait entraîner un sentiment de terreur dans l’esprit du public. 

Je n’avais pas prévu que ce jour se lèverait aussi vite. J’aurais dû pourtant. 

Lorsque des maires de toutes obédiences politiques interdisent des mosquées, en exprimant leur haine de l’arabe et du musulman en exhibant une laïcité devenue arme idéologique au lieu de bouclier protecteur de la république et des cultes, j’aurai dû le comprendre. 

Lorsque des imams sont assignés à résidence, perquisitionnés, blanchis, puis poursuivis judiciairement pour de faux motifs, j’aurai dû avoir des certitudes. Lorsqu’un représentant d’organisme public antiraciste m’explique benoitement, que les assignés à résidence sont tous musulmans parce que les terroristes se revendiquent de l’islam, j’aurai du moi-même être convaincu. 

Convaincu que loin d’un combat contre le terrorisme, un racisme primaire, irrationnel s’était emparé de nos institutions. 

Persuadé que la laïcité est une protection de le République pour toutes les croyances ou les non croyances, quand bien même les textes religieux seraient porteurs de valeurs rétrogrades, quand bien même le port d’un vêtement par une femme serait porteur d’une symbolique discriminante et contraire aux valeurs émancipatrices. Parce que la laïcité se conjugue avec la liberté, que la liberté signifie être libre de choisir, choisir de faire ou de ne pas faire, choisir de croire ou de ne pas croire, choisir de porter un vêtement pour pratiquer une religion ou d’avoir les seins nus dans une église pour blasphémer une religion, tant que l’on ne nuit pas à autrui. 

Certain que le fait pour une femme de porter un vêtement religieux, quand bien même serait-il porteur d’un projet politique, n’est nullement contraire aux valeurs de la République tant que ce vêtement n’est pas imposé par la loi, mais qu’en revanche, est contraire aux valeurs de la république d’édicter expressément, de juger ou de soutenir un jugement visant une personne en  raison de son expression religieuse.

Convaincu que si le fait de kidnapper, torturer et tuer un jeune juif parce c’est bien connu que les juifs sont riches suffit à caractériser le caractère antisémite de ce crime, alors le fait d’assigner à résidence, violenter, perquisitionner, stigmatiser, harceler des musulmans trop pratiquants parce que c’est bien connu les musulmans trop musulmans sont des terroristes en puissance, suffit à caractériser la caractère raciste des actes d’un Etat sans qu’il puisse en aucun cas trouver sa justification dans la lutte contre le terrorisme. 

Camus disait de l’homme révolté qu’il est l’homme situé avant ou après le sacré et appliqué à revendiquer un ordre humain où toutes les réponses soient humaines, c’est-à-dire raisonnablement formulées. 

A défaut de pouvoir ou vouloir formuler raisonnablement la problématique, de dire que le terrorisme de l’Etat Islamique est affaire d’emprise mentale et de phénomène sectaire, non de pratique ou de texte religieux, à défaut de réfléchir sur un temps long à des offres synonymes d’espoir pour une jeunesse en proie au nihilisme violent, non sur des anathèmes et normes racistes jetés chaque jour à l’emporte-pièce sur nos concitoyens musulmans, nous devrons combattre avec la plus grande fermeté toutes les manifestations de ce racisme d’Etat.

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