arié alimi
Avocat au Barreau de Paris
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 déc. 2015

Je ne le defendrai pas

Il faut dire que l’arrêté d’assignation à résidence était assez clair. Il était pris sur le fondement d’une loi votée par le parlement et le désignait comme une menace pour la France du fait de sa religion.

arié alimi
Avocat au Barreau de Paris
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je ne le défendrai pas

Non, je ne le défendrai pas.

Bien sûr, J’ai  lu qu’il avait une femme, deux enfants en bas âge, scolarisés dans une école de la république, un travail dans la même entreprise depuis toujours, qu’il votait à toutes les élections et que chaque fois qu’il se rendait dans l’isoloir, il ressentait  ce même frémissement d’appartenir à une communauté républicaine partageant les mêmes valeurs, les mêmes principes, fondamentaux, immuables.

Mais je ne le défendrai pas.

J’ai bien entendu qu’il n’avait pas compris pourquoi ni comment, que cela lui était tombé dessus comme une maladie, un accident, qu’il n’avait pas dormi des nuits entières à se retourner dans son lit, à se réveiller le matin sans oser regarder ses enfants dans les yeux quand ils lui demandaient pourquoi il ne pouvait pas les amener à l’école le matin comme il l’avait toujours fait avant qu’il ne signe ce papier remis par la police Française.

Mais Je ne le défendrai pas contre le ministère de l’intérieur devant le Tribunal Administratif. Je ne contesterai pas son assignation à résidence lui imposant de rester chez lui et de pointer au commissariat plusieurs fois par jours.

Il faut dire que l’arrêté d’assignation à résidence était assez clair. Il était pris sur le fondement d’une loi votée par le parlement et le désignait comme une menace pour la France du fait de sa religion.

J’ai bien compris qu’il a perdu son emploi, que son propriétaire a résilié son bail et que ses voisins depuis lors ne le saluaient plus et claquaient leur porte lorsqu’ils le croisaient dans les couloirs.

Mais qu’y puis-je ? Je ne le défendrai pas.

Non il n’y  a rien qui puisse changer cela. Pas même le fait qu’il ait été déchu de sa nationalité Française, alors qu’il était né Français, par un décret mentionnant qu’il portait atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation.

Là non plus, je ne contesterai pas cette déchéance de nationalité, votée par le législateur et exécutée par les autorités Françaises.

Et peu importe le fait que tout ce qu’on lui ait reproché soit faux ou résulte d’une rumeur colportée par un collègue, son employeur ou tout autre voisin jaloux de la superficie de son appartement.

Non tout cela n’a pas réellement d’importance, parce que finalement ça n’a pas intéressé grand monde, que la plupart ont trouvé ça pas si mal, et que les derniers choqués par le sort de cette famille se sont laissés écraser par l’impuissance et le fatalisme.

Je fais partie de cette dernière catégorie. Et pour la première fois depuis que j’ai prêté serment, depuis que j’ai juré, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité, je reconnais mon impuissance.

Je ne le défendrai pas, ni lui, ni son épouse, ni ses enfants.

Je ne les défendrai pas, parce que né juif, j’aurais alors perdu ma qualité d’avocat en vertu du décret du 11 août 1941.

Je ne les défendrai pas parce que juifs nés Français en Algérie, ils ont été déchus de leur nationalité en vertu de la loi du 7 octobre 1940. 

Je ne les défendrai pas parce qu’après avoir été assignés à résidence, ils ont disparu dans un camp d’internement ouvert sur le fondement de l’ordonnance du 4 octobre 1940. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Le documentaire de retour sur Mediapart
Après quelque 150 projections-débats dans des cinémas partout en France, « Media Crash » est désormais disponible sur Mediapart, avec des bonus. Le film a suscité l’inquiétude des dizaines de milliers de spectateurs qui l’ont déjà vu, face à la mainmise sur l’information de quelques propriétaires milliardaires, aux censures qu’il révèle et à la fin annoncée de la redevance.
par Valentine Oberti et Luc Hermann (Premières lignes)
Journal — Exécutif
Macron, la gauche Majax
Pour la majorité présidentielle et certains commentateurs zélés, Emmanuel Macron a adressé un « signal à la gauche » en nommant Élisabeth Borne à Matignon. Un tour de passe-passe qui prêterait à sourire s’il ne révélait pas la décomposition du champ politique orchestrée par le chef de l’État.
par Ellen Salvi
Journal
Élisabeth Borne à Matignon : le président choisit la facilité
Trois semaines après sa réélection, Emmanuel Macron a décidé de nommer Élisabeth Borne comme première ministre. À défaut d’élan ou de signal politique, le chef de l’État a opté pour un profil loyal, technique et discret, dans la veine de son premier quinquennat.
par Dan Israel et Ilyes Ramdani
Journal
Orange, nouvel exemple de la gouvernance à la française
L’assemblée générale du groupe de télécommunications doit approuver le 19 mai la nomination de Jacques Aschenbroich comme président d’Orange. Choisi par l’Élysée, le président de Valeo ne connaît pas le monde des télécoms. Tout cela au moment où cette industrie est en pleine révolution.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
L'UE a dépensé plus de 340 millions d’I.A. pour le contrôle des frontières
Comme l'écrit Statewatch depuis 2007 l'UE a dépensé plus de 340 millions pour la recherche sur les technologies de l’Intelligence Artificielle (I.A.) destinée au contrôle des frontières, des demandeurs d’asile, de l’immigration, alors que la proposition de loi en la matière actuellement en discussion ne fournit pas les sauvegardes contre les emplois dommageables de ces technologies.
par salvatore palidda
Billet de blog
Migrations environnementales #1 : la sécheresse dans la Corne de l’Afrique
Le manque d’eau pourrait, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), concerner 40 % de la population mondiale avant 2050 et pousser à la migration jusqu’à 700 millions de personnes. Dans la Corne de l'Afrique, le réchauffement climatique entraîne déjà des déplacements de population.
par BPI - Migrants, réfugiés, exilés
Billet de blog
La Méditerranée pour tombeau, pièce journalistique n°1
Changer la compréhension du monde par le partage d’enquêtes sur le terrain. À La Commune CDN d'Aubervilliers, la pièce d'actualité n°17 est aussi la pièce journalistique n°1. Etienne Huver et Jean-Baptiste Renaud ont enquêté sur la route migratoire la plus dangereuse du monde. À l’heure de la solidarité ukrainienne, la Méditerranée n’en finit pas de tuer et nous regardons ailleurs.
par guillaume lasserre
Billet de blog
« Grand remplacement » : un fantasme raciste qui vient de loin
La peur d’un « grand remplacement » des « Blancs chrétiens » est très ancienne en France. Elle a connu une véritable explosion à l’ère coloniale, face à la présence, pourtant quantitavement faible, des travailleurs africains en métropole. Alain Ruscio montre ici que ce fantasme raciste fut un filon politique et un calcul abondamment exploités du XIXe siècle à nos jours.
par Histoire coloniale et postcoloniale