EHPAD ORPEA - Souffrance pour les uns, Fortunes pour les autres (actualisé Nov. 2020)

En cette période de crise sanitaire, les conditions parfois désastreuses de vie et de mort des personnes âgées dépendantes reviennent dans l’actualité. Mais trop peu de voix s’élèvent pour dénoncer les véritables responsables de cette situation. L’exemple du groupe privé d’EHPAD ORPEA, est particulièrement révélateur des causes de maltraitance passive dans ces établissements

Pour l’historique de ce groupe, se reporter mon précédent article

 Une insuffisance notoire de personnel

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Pour environ 19 800 résidents dans les EHPAD ORPEA en France,  les effectifs sont de 12 615 salariés temps complet et temps partiel, répartis entre le personnel soignant, le personnel hébergement et vie sociale et le personnel administratif .

A partir du nombre total d’heures travaillées en 2018, il apparaît qu’une personne âgée dépendante est prise en charge par du personnel soignant durant 1 h 22 par jour et du personnel hébergement et vie sociale durant 1 h 09 par jour.

Avec ce laps de temps de 2 h 31 minutes, le personnel doit effectuer un grand nombre d’opérations individuelles telles que soins, habillage, toilettes repas déplacement …., mais aussi collectives  telles que cuisine, ménage, animation ..., ce qui est mission impossible!
Ces calculs démontrent  aussi qu’une personne âgée dépendante reste seule pendant  plus de 21 h par jour.

Dans l’EHPAD très chic « les bords de Seine » à Neuilly sur Seine, à la tarification de 10 000 € par mois, les résidents ne sont pas mieux lotis, aussi les familles fortunées ont recours à des dames de compagnie pour combler ces heures de solitude (article médiapart).

Pour le plus grand profit des actionnaires

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 Depuis l’arrivée en 2013 du fonds de pension canadien CPPIB dans l’actionnariat, les bénéfices n’ont pas cessé de progresser, pour atteindre en 2019, un montant de 234 millions € (Ensemble du Groupe, France et International.).

Jusqu'en 2018, plus du tiers du résultat était distribué en dividendes aux actionnaires. En 2020, il fallait bien communiquer sur l'effort  des actionnaires en période de Covid et ne procéder à aucune distribution de dividendes sur le résultat de 2019. Mais, dans les faits, il ne s'agit pas d'un sacrifice, car les sommes non distribuées une année peuvent très bien l'être les années suivantes.

Pour l’enrichissement des dirigeants et du fondateur

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Le directeur général Yves LE MASNE a perçu en 2019, un montant de 1,5 million €, soit 100 fois la rémunération d'un salarié s'occupant des personnes âgées !
Le directeur délégué Jean Claude BRDENK a perçu 1,2 million €, soit 80 fois la rémunération d'un salarié s'occupant des personnes âgées !

Une partie importante, dite variable, de leurs rémunérations est liée à l'atteinte d'objectifs. Et parmi ces derniers, figure en bonne place le résultat d'exploitation, lui-même conditionné par les "économies " sur le personnel.

La pression sur la rémunération du travail des salariés intervenant directement auprès des personnes dépendantes, est donc source d'enrichissement des dirigeants : quel cynisme ! 

Quant au fondateur de ce Groupe Jean Claude Marian, parti à la retraite en 2017, il a accumulé une petite fortune :

- des plus values sur les reventes d'actions en 2013 et 2020 pour un montant de 740 millions €,
- des dividendes perçus pour un montant de 40 millions €,
- des rémunérations d'un montant de 500 milliers € au cours des 5 dernières années.

Et ainsi, Jean Claude Marian et sa famille figure en bonne position dans le top 500 des plus grandes fortunes de France.

Sur des fonds publics

 

financement

Ces rémunérations d’actionnaires et de dirigeants sont d’autant plus scandaleuses que les EHPAD sont financés pour 30% voire même 47% avec l’argent public : 20 % (32%)  sécurité sociale, 10% (15%) allocation personnalisée d’autonomie.(

 Sur le site officiel de la Caisse Nationale de Solidarité pour l'Autonomie (CNSA), les données pour l'ensemble des EHPAD sont bien différentes :

"En moyenne en 2016, 32 % du coût d’une place en EHPAD relève du volet soins, 15 % du volet dépendance. Les 53 % restants correspondent donc au tarif hébergement. Cette étude analyse les tarifs hébergement et les tarifs dépendance des EHPAD".

Il en ressort que la contribution publique pourrait être bien plus élevée, 47% que celle indiquée dans le document de référence Orpéa.

Les établissements de santé répondent à des besoins vitaux de la population, et devraient être placés sous contrôle direct de la puissance publique. L'exploitation de la dépendance et de la maladie, pour l'enrichissement de quelques uns, est proprement inhumaine et scandaleuse.

 

 

 

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