EHPAD Privé ORPEA - Maltraitance et Souffrance pour les uns, Fortunes pour les autres

En cette période de crise sanitaire, les conditions parfois désastreuses de vie et de mort des personnes âgées dépendantes reviennent dans l’actualité. Mais trop peu de voix s’élèvent pour dénoncer les véritables responsables de cette situation. L’exemple du groupe privé d’EHPAD ORPEA, est particulièrement révélateur des causes de maltraitance passive dans ces établissements

Pour l’historique de ce groupe, se reporter mon précédent article

 Une insuffisance notoire de personnel

lits-effectifs

Pour environ 19 800 résidents dans les EHPAD ORPEA en France,  les effectifs sont de 12 615 salariés temps complet et temps partiel, répartis entre le personnel soignant, le personnel hébergement et vie sociale et le personnel administratif .

A partir du nombre total d’heures travaillées en 2018, il apparaît qu’une personne âgée dépendante est prise en charge par du personnel soignant durant 1 h 22 par jour et du personnel hébergement et vie sociale durant 1 h 09 par jour.

Avec ce laps de temps de 2 h 31 minutes, le personnel doit effectuer un grand nombre d’opérations individuelles telles que soins, habillage, toilettes repas déplacement …., mais aussi collectives  telles que cuisine, ménage, animation ..., ce qui est mission impossible!
Ces calculs démontrent  aussi qu’une personne âgée dépendant reste seule pendant  plus de 21 h par jour.

Dans l’EHPAD très chic « les bords de Seine » à Neuilly sur Seine, à la tarification de 10 000 € par mois, les résidents ne sont pas mieux lotis, aussi les familles fortunées ont recours à des dames de compagnie pour combler ces heures de solitude (article médiapart).

Pour le plus grand profit des actionnaires

 

benefice-et-dividendes

 Depuis l’arrivée en 2013 du fonds de pension canadien CPPIB dans l’actionnariat, les bénéfices n’ont cessé de progresser pour atteindre en 2018 un montant de 220 millions € pour l’ensemble du Groupe, France et International, dont plus du tiers, 78 millions €, est distribué en dividendes.

Pour l’enrichissement des dirigeants et du fondateur

remun-4

 

Le directeur général Yves le Masne a perçu en 2018, un montant de 1,7 million €, en augmentation de 33% sur 2 ans.
Le directeur délégué Jean Claude BRDENK a perçu 1,4 million €, en augmentation de 29% sur les 2 dernières années.
Quant au fondateur de ce Groupe Jean Claude Marian, parti à la retraite en 2017, il a accumulé une petite fortune :

- des plus values sur les reventes d'actions en 2013 et 2020 pour un montant de 740 millions €,
- des dividendes perçus pour un montant de 40 millions €,
- des rémunérations d'un montant de 500 milliers € au cours des 5 dernières années.

Et ainsi, Jean Claude Marian et sa famille figure en bonne position dans le tops 500 des plus grandes fortunes de France.

Sur des fonds publics

 

financement

Ces rémunérations d’actionnaires et de dirigeants sont d’autant plus scandaleuses que les EHPAD sont financés pour 30% voire même 47% avec l’argent public : 20 % (32%)  sécurité sociale, 10% (15%) allocation personnalisée d’autonomie.(

 Sur le site officiel de la Caisse Nationale de Solidarité pour l'Autonomie (CNSA), les données pour l'ensemble des EHPAD sont bien différentes :

"En moyenne en 2016, 32 % du coût d’une place en EHPAD relève du volet soins, 15 % du volet dépendance. Les 53 % restants correspondent donc au tarif hébergement. Cette étude analyse les tarifs hébergement et les tarifs dépendance des EHPAD".

Il en ressort que la contribution publique est bien plus élevée, 47% que celle indiquée dans le document de référence Orpéa

En conclusion, adressons un message au ministre de l'action et des comptes publics  Gérald Darmanin : Plutôt que de faire appel à dons, plafonnez les bénéfices et les dividendes, limitez les rémunérations des dirigeants et prélevez sur des fortunes bâties indûment" lorsque des fonds publics sont engagés. 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.