JEAN-PIERRE AZÉMA JUGÉ LE 23 NOVEMBRE 2018 POUR DIFFUSION DE « FAKE NEWS »

À PROPOS D’UN COMMUNIQUÉ DE PRESSE : Il y a les « fausses nouvelles » contre lesquelles Emmanuel Macron veut lutter. C’est ce qu’il avait en tout cas déclaré lors de ses vœux à la presse le mercredi 3 janvier 2018. Fort bien. Mais la presse elle-même, toute la presse, pratique souvent la rétention d’information quand elle veut cacher une nouvelle. Bref, exercer la censure.

À PROPOS D’UN COMMUNIQUÉ DE PRESSE :

JEAN-PIERRE AZÉMA JUGÉ LE 23 NOVEMBRE 2018 POUR DIFFUSION DE « FAKE NEWS »

Il y a les « fausses nouvelles » contre lesquelles Emmanuel Macron veut lutter. C’est ce qu’il avait en tout cas déclaré lors de ses vœux à la presse le mercredi 3 janvier 2018. Fort bien.

Mais la presse elle-même, toute la presse, pratique souvent la rétention d’information quand elle veut cacher une nouvelle. Ou, en d’autres termes pratiquer la censure. Ce qui est une « désinformation » choisie, ou plus subtilement dit aujourd’hui, une « fake news » inversée.

Exemple récent : le 15 janvier 2018, une agence spécialisée, 24/PRESSE, diffusait un communiqué concernant un historien connu (Jean-Pierre Azéma), un Président de la République qui ne l’est plus (François Hollande) et près de 200 000 êtres humains, excusez du peu, morts de faim sous le régime de Vichy, parce que fous, vieux ou prisonniers, et tous enfermés. À ma connaissance, à ce jour, aucun média, sauf le site « entre les lignes entre les mots », n’a à ce jour répercuté auprès de ses lecteurs cette information.

Exemple : Mediapart. L’agence 24/PRESSE me dit que Michel Deléan, Louise Fessard et Michaël Hajdenberg, journalistes à Mediapart, ont reçu ce communiqué de presse et l’ont lu. Qu’en conclure : qu’ils n’ont jamais entendu parlé de Jean-Pierre Azéma et encore moins de François Hollande, et encore plus que moins des malades mentaux, des vieillards et des prisonniers morts de faim sous le régime de Vichy ? Je n’en crois rien.

Ou que les propos de Jean-Pierre Azéma, publiés dans un rapport destiné à orienter la décision d’un Président de la République, et son renvoi pour ce rapport contenant des « fake news » en correctionnelle n’avait aucun intérêt ? Je n’en crois toujours rien. Ce rapport était relatif pourtant à la dernière grande affaire concernant les responsabilités du régime de Vichy. Les près de 200 000 morts pourraient en témoigner, s’ils étaient encore en vie.

Quand Jean-Pierre Azéma utilise une méthodologie historique pitoyable pour soutenir que le régime de Vichy n’a aucune responsabilité dans la non-assistance à ces morts là, c’est dans l’air du temps. Quand des journalistes, presque tous, choisissent de se taire quant au renvoi de l’historien devant un Tribunal correctionnel, c’est toujours dans l’air du temps.

L’air du temps, c’est aujourd’hui la volonté de Gallimard de publier les textes immondes de Céline. L’air du temps, c’est encore aujourd’hui l’inscription de Maurras et de Chardonne dans le « Livre des commémorations nationales pour 2018 ». Ces tentatives ont échoué face à une Résistance populaire qui existe encore.

Qu’un Doyen des Juges d’instruction ait estimé ma plainte contre Jean-Pierre Azéma recevable, malgré un avis contraire du Procureur de la République, suivi par une Juge d’instruction qui n’y était pas obligée. Qu’une Cour d’Appel ait infirmé cet avis contraire est preuve de ce qu’une Résistance existe aussi au sein de la Justice, malgré cet air du temps régnant.

Pourtant, ce n’est pas que Mediapart rechigne à relater des faits de justice. Exemples : « Les six mois avec sursis requis contre le président de la Fédération française de tennis », raconté le 30 janvier 2018 par Laurent Mauduit. Ou, « La justice qui accélère l’enquête sur la gestion du personnel à Marseille », raconté par Louise Fessard, toujours le 30 janvier 2018. Ça ce sont des faits de justice importants et qui méritent que Mediapart en parle !

Mais Mediapart n’est pas le seul exemple d’un journal pratiquant la rétention d’information, et participant ainsi à la désinformation de ses lecteurs. Le Monde, journal de référence dit-on, n’est pas le moins ardent à pratiquer les « fake news » inversés. La même agence ayant diffusé le communiqué de presse me dit que Simon Piel, Pascale Robert-Diard, Cécile Bouanchaud, Jean-Baptiste Jacquin, journalistes au Monde, ont eux aussi reçu et lu le communiqué. Avec les mêmes résultats que chez Mediapart. Et ici je ne parle que de journaux où je suis abonné.

Je n’oublie pas que déjà en janvier 2011, dans Le Monde Magazine, les journalistes Pascale Robert-Diard et Thomas Wieder plaidaient pour la cause défendue par les petits-enfants du Collaborateur Louis Renault : sa réhabilitation. Les petits-enfants perdirent tous leurs procès et les journalistes cités un peu de leur réputation.

Je ne me plains pas de cette rétention d’information généralisée. Je constate et c’est seulement comme on dit « pour dire ». Le procès, lui, aura bien lieu. On ne peut certes préjuger de ce que seront les conclusions du Tribunal. Peut-être condamnera-t-il la diffamation publique ? Peut-être aussi jugera-t-il de la méthodologie historique si particulière utilisée par Jean-Pierre Azéma dans son rapport à un Président de la République ? Peut-être encore dira-t-il dans ses attendus que la vérité historique établie est bien que le régime de Vichy n’a pas porté assistance, en connaissance de cause, aux êtres humains en danger de morts. Et qui, pour la plupart, sont morts de faim.

OOOOO

Ci-après donc le communiqué de presse, diffusé par : 24/PRESSE, et ici enfin révélé aux lecteurs de Mediapart

Jean-Pierre Azéma jugé pour diffamation suite à son rapport public sur le sort des malades mentaux sous le régime de Vichy

L'historien Jean-Pierre Azéma sera jugé le 23 novembre 2018 à 13h30 par la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris pour diffamation et atteinte à l’honneur d’un individu suite à la plainte déposée par l'auteur Armand Ajzenberg. Des infractions commises dans un rapport public rédigé par Jean-Pierre Azéma et destiné à orienter une décision à prendre par un Président de la République à propos du sort tragique des malades mentaux sous le régime de Vichy.

Il s’agira également lors de ce procès de comprendre pourquoi les allégations mensongères de Jean-Pierre Azéma concernant la manière dont ont été abandonné les malades mentaux sous l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale, et plus précisément la non-assistance à personnes en danger de mort par l’État collaborateur français d’alors, ont conduit à ce que jusque-là cela n’ait pas été reconnu par un Président de la République ni sanctionné par la justice.

Pour Jean-Pierre Azéma, dans son rapport, "l’État français et ses responsables ont été à la Libération délégitimés politiquement et condamnés judiciairement". Ce qui est une pirouette qu’il utilise pour éluder la véritable question : y a-t-il eu non-assistance aux malades mentaux, ou non, de la part de l’État français de Vichy ? En effet, il faut rappeler que si celui-ci et ses responsables ont été à la Libération délégitimés politiquement et condamnés judiciairement, c’est seulement pour haute trahison et non entre autres pour avoir été complice de l’Allemagne nazie dans l’envoi vers les camps de la mort des juifs de France. Sinon pourquoi le Président Chirac aurait-il eu besoin de le dire avec tant de force en 1995 ? À la Libération, il a encore moins été question de non-assistance aux malades mentaux en danger de mort par l’État français d’alors, ce que Lucien Bonnafé, Armand Ajzenberg, et bien d’autres  ont toujours dit.

Autre pirouette de Jean-Pierre Azéma et allégation mensongère à l’encontre d’Armand Ajzenberg et du livre L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy, L’Harmattan : "Il n’apporte pas la preuve que le gouvernement de Vichy a rédigé puis diffusé une directive officialisant "l’hécatombe" des malades mentaux…". Mensonge éhonté. Et pour cause, Armand Ajzenberg n’a jamais affirmé ce que Jean-Pierre Azéma lui impute. Le psychiatre et historien Michel Caire en témoigne dans l’analyse qu’il a faite de L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy, en 2012 : "L'une des questions reposée à l'occasion de cette publication est terminologique : "abandon à la mort" était déjà employé dans la pétition lancée en 2001 par Ajzenberg, Patrick Tort et autres : "Pour que douleur s'achève". Ce terme se substituait à celui d'"extermination douce" retenu par l'éditeur de la thèse de Max Lafont, qui connurent - le terme comme la thèse - un grand succès, et s'oppose aux "morts par inanition" et autres "hécatombe des fous" ["hécatombe par carence", avait proposé Bonnafé, carence alimentaire, relationnelle, des autorités, etc., formule qui a notre préférence].

 Dans son ouvrage, A. Ajzenberg retient deux formules : l'"abandon à la mort" (le "laissez-les mourir"), et la "non-assistance à personnes en danger de mort", précisant p.62 que cette non-assistance, "non seulement en connaissance de causes mais parfois encore souhaitée, semble avérée", idée reprise p.72". 

Le mensonge de Jean-Pierre Azéma à l’encontre d’Armand Ajzenberg est même la raison principale pour laquelle il se retrouve sur le banc des prévenus. Pour cette raison, et bien d’autres, le bénéfice de la bonne foi ne pourra lui être accordé. Comme dans l’affaire Aubrac-Chauvy en 1998, cette méthodologie historique si particulière faisant fi de la recherche de la vérité ne pourra être validée. Comme encore dans l’affaire Faurisson-Ariane Chemin (juin 2017), on ne pourra retenir « l’exception de vérité » pour Jean-Pierre Azéma.

La non-assistance aux personnes en danger de mort (malades mentaux, vieillards des hospices, prisonniers) a conduit en France, pour cette raison, environ 200 000 êtres humains à la mort. 200 000 êtres humains morts de faim ? En effet, non seulement les fous mais encore ceux qui peuplaient alors, en masse, les prisons. Et ailleurs encore les vieillards des hospices qui, eux, n’eurent même pas droit aux suppléments accordés en décembre 1942. 200 000 morts donc, y compris ceux qui statistiquement devaient normalement mourir, mais morts avant que leur dernière heure ne soit véritablement arrivée. Et il faudrait admettre cela comme relevant de circonstances fâcheuses, verser une larme et ne pas mettre en cause le régime qui a produit ces morts, comme le soutient Jean-Pierre Azéma ?

Armand Ajzenberg :  Partie civile

 Stéphane Levildier :  Avocats à la Cour

Isabelle Guttadauro:  Avocats à la Cour

 

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