Ces noms exclus du mur au Mémorial de la Shoah. Vous avez dit révisionnisme?

huma-06-02-20
 

Je félicite L’Humanité d’avoir publié le 17 janvier 2020 l’important article sur la Lituanie où, à propos de la Shoah, son gouvernement veut en réécrire l’histoire. Ceci en déposant un projet de loi intitulé : « L’État lituanien qui a été occupé de 1940 à 1990 n’a pas participé à la Shoah ».Si effectivement de 1940 à 1945 il n’y avait pas d’État lituanien et qu’ensuite, jusqu’à 1990, il faisait partie de l’Union soviétique (où alors la Shoah n’était pas perpétuée), il est vrai que de 1940 à 1945 c’était l’Allemagne nazie qui administra directement le pays et que c’est entre ces dates que la Shoah y fut perpétrée. Au moins 200 000 juifs morts. Comme le souligne l’article, il en alla de même en Pologne où là aussi il n’y avait plus d’État polonais. Trois millions de juifs ici assassinés entre 1940 et 1945. 

Les révisionnismes lituanien et polonais consistent en la négation de la collaboration d’une partie importante de ces populations dans la complicité de la mise en œuvre de la Shoah, l’inexistence alors d’un État n’étant qu’un prétexte pour cacher et taire cette complicité. Vadim Kamenka souligne dans son article cette loi votée en Pologne prévoyant de poursuivre en justice « ceux qui imputent au peuple polonais une complicité dans les crimes de l’Holocauste » ?

En France, un même révisionnisme, s’il n’est pas d’État s’agissant de la Shoah, fleurit pourtant aussi. Il a été et est encore aujourd’hui à propos du régime de Vichy. S’il a été rendu difficile, s’agissant de la Shoah, depuis 1995 où le Président Jacques Chirac déclara : « Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français », il préexistait avant cette date et continu cependant sa progression, notamment chez des historiens dits spécialistes de cette période.

Faut-il rappeler que les révisionnismes ont toujours pour objectif de nier une réalité historique ayant existé et de la réécrire, contre toute évidence. Permettant ainsi le renouvellement des faits ayant donné lieu à la réalité historique niée. Ainsi, aujourd’hui en France, l’idéologie vichyste peut perdurer. 

Faut-il rappeler les propos de Georges Pompidou, alors Président de la République, déclarant en 1972 : « Le moment n’est-il pas venu de jeter le voile, d’oublier le temps où les français ne s’aimaient pas, s’entre-déchiraient et même s’entre-tuaient ?

Faut-il rappeler le propos de François Fillon, qui aurait pu être plus tard Président de la République, c’était en 2012 à l’occasion de l’anniversaire du 17 octobre 1961 où des centaines d’Algériens avaient été jetés à la Seine sur les ordres du sinistre Maurice Papon. François Fillon déclarant en avoir assez « que tous les quinze jours, la France se découvre une nouvelle responsabilité, mette en avant sa culpabilité permanente. J’ai déjà été choqué des déclarations de la France responsable des crimes commis pendant l’Occupation sur son territoire… ». Vous avez dit révisionnisme ?

Faut-il rappeler les propos de François Bayrou en 1997, qui fut plus tard et pendant quelques jours Garde des Sceaux sous Macron, appelant lui aussi les Français à se réconcilier ? Ce à quoi Lionel Jospin, en décembre de la même année, répliqua de cette manière : « Les Français ne se rassembleront pas au prix de l’oubli, en tirant un signe égal entre les prudents et les justes, entre les collaborateurs et les résistants. Ils se rassembleront seulement sur des valeurs, qui sont celles de la démocratie, de la République… ». Ces « donneurs de leçons », François Fillon et François Bayrou, hommes intègres, ont cependant aujourd’hui à répondre devant la Justice, ce qui est drôle, de quelques malversations financières.

Il faudrait « jeter le voile », « réconcilier les Français », bref « se taire » à propos de la complicité du régime de Vichy dans l’accomplissement de la Shoah. Cela est maintenant hors de saison. Mais il reste encore quelques autres raisons de « jeter le voile », de « réconcilier les Français », de « se taire » à propos d’autres méfaits du régime de Vichy : la non-assistance de ce régime aux malades mentaux en danger de mort à cette époque et où près de 80 000 mourront effectivement. Là, fleurit toujours chez nous, un révisionnisme virulent, d’État mais pas seulement.

Il est vrai que des historiens Français soutiennent que le régime pétainiste n’était pour rien dans la mort de ces près de 80 000 morts internés dans les hôpitaux psychiatriques de France. Hôpitaux psychiatriques qui, alors, pouvaient s’apparenter à des camps de la mort. En témoigne cette photo :

Pour un historien célèbre, chargé par un ancien Président de la République de rédiger un rapport sur le sujet, qu’il lui remit le 20 octobre 2015, il n’y a pas de « preuve que le gouvernement de Vichy a rédigé puis diffusé une directive officialisant « l’hécatombe des malades mentaux ».

Ainsi, sur la dalle commémorative inaugurée le 10 décembre 2016, Place du Trocadéro à Paris, à la suite de ce rapport, l’inscription gravée ne comporte aucune référence au régime de Vichy. Ainsi, « Cette hécatombe n’a pas été voulue, n’a pas été planifiée, […] – elle est arrivée par l’indifférence, par l’oubli, par l’ignorance » déclara à cette occasion l’ancien Président de la République, François Hollande. « Indifférence », « oubli », « ignorance » d’on ne sait qui ? Ainsi sont devenus l’objet d’un simple fait divers ces êtres humains morts de faim en France sous le régime pétainiste. Aucun Mémorial, à ce jour, ne leur est consacré ni aucun Mur n’existe rappelant ces morts. Vous avez dit révisionnisme ?

« La mémoire sur l’occupation a évolué : au fur et à mesure que les exactions de l’occupant s’éloignent, c’est Vichy qui devient le principal responsable d’une série de crimes commis, ainsi celui de « non-assistance à personne en danger » (1), crimes qui seraient demeurés impunis » écrit dans son rapport l’historien en question. Et il ajoute, pour justifier sa précédente affirmation : « Faut-il rappeler une fois encore que « L’État français » et ses responsables ont été à la Libération délégitimés politiquement et condamnés judiciairement : Pétain fut condamné à la peine de mort commuée en peine de détention perpétuelle, le chef du gouvernement Pierre Laval et le secrétaire d’État au Maintien de l’ordre et chef de la Milice Joseph Darnand furent fusillés ».

Certes, ils ont été jugés et condamnés. Mais il faut bien rappeler que si les responsables de l’État français d’alors ont été à la Libération délégitimés politiquement et condamnés judiciairement, c’est uniquement pour avoir trahie la France et collaboré avec l’occupant nazi, et non pour avoir livré aux allemands les juifs de France – sinon pourquoi le Président Jacques Chirac aurait-il eu besoin de rappeler avec tant de force, en 1995, la complicité dans ce crime contre l’humanité de cet État français ? Les dirigeants de l’État français d’alors ont encore moins été condamnés judiciairement pour ne pas avoir porté assistance aux personnes en danger de mort qui étaient internés alors dans les hôpitaux psychiatriques.

Pour ces dizaines de milliers de morts, la Vérité et la Justice reste à établir. Pas sous forme judiciaire certes, il est trop tard. Par reconnaissance par les plus hautes autorités de l’État des traitements qui leur ont été infligés par le régime pétainiste (ceci en connaissance de cause), par l’inscription de ces faits dans l’Histoire et plus précisément dans les manuels scolaires.

Peut-être que Pierre Laval, le véritable chef du régime de Vichy, ne savait pas ce qu’il advenait de ces malades mentaux internés dans les hôpitaux psychiatriques en France ? Comme il ne savait pas ce qu’il advenait de juifs de France qu’il faisait arrêter et déporter en Allemagne en 1942 et après, qu’ils allaient à la mort. C’est ce qu’il déclara à la Libération, à son procès.

Et pourtant, ceux qui partaient à Auschwitz et vers d’autres camps, pour la plupart eux savaient le sort qui les attendait. Témoin ce message de ma mère, écrit du wagon qui l’emmenait vers Auschwitz, à l’une de ses sœurs, et qu’un cheminot transmit : « Moi, je suis perdue. Tu as trois enfants, avec le mien, tu en auras quatre. Je t’en supplie, fais avec mon enfant ce que tu feras avec les tiens ». Pierre Laval ne savait pas pour les juifs de France, comme il ne savait pas plus pour les malades mentaux ?

Le régime de Vichy, surtout pas fasciste ? Oui, selon des critères du fascisme, taillés sur mesure par l’historien auteur du rapport dont il a déjà été question, Jean-Pierre Azéma pour ne pas le nommer. « On définira le nouveau régime – celui de Pétain – comme un régime autoritaire plutôt que totalitaire de type fasciste puisqu’il ne fait pas profession d’expansionnisme guerrier […] En s’inspirant de Max Weber, le régime de Vichy peut être considéré comme un régime « autoritaire charismatique », qui s’appuie dans un premier temps sur la rencontre des attentes de la masse et d’une personnalité à laquelle il est prêté des vertus singulières » écrit-il dans un rapport publié en 2018 (2). Vous avez dit révisionnisme ?

Pour un autre historien célèbre, Zeev Sternhell, « le fascisme, c’est la mise de toute l’autorité, de toute la puissance de l’État concentrée entre les mains du chef, au service de nouvelles valeurs. Le fascisme est une révolte contre les principes des Lumières, ou plus concrètement contre la démocratie, le socialisme d’origine marxiste et le libéralisme. Vichy n’était rien d’autre. La dictature de Vichy n’était ni plus ni moins pluraliste  que le régime mussolinien et l’ascension de Pétain a été plus facile que celle d’un Mussolini ou d’un Hitler ». C’est à mon avis une définition du fascisme plus rigoureuse que celle de l’autre historien, Jean-Pierre Azéma. À quoi j’ajouterais, que le fascisme c’était aussi l’antisémitisme d’État, c’est-à-dire l’adoption d’une législation anti-juive. C’était le cas pour l’Allemagne de Hitler, dès 1935, avec les lois issues du Congrès de Nuremberg. C’était le cas pour l’Italie de Mussolini, dès 1938, avec notamment l’exclusion des juifs de la fonction publique. C’était le cas, encore, pour la Hongrie de Horty, dès 1920 avec l’adoption d’un numerus clausus. Lois renforcées en 1938, quand la Hongrie devient l’alliée de l’Allemagne hitlérienne.

C’était bien sûr encore le cas de la France pétainiste, dès le 3 octobre 1940 avec la loi portant le premier statut des juifs, sans que l’occupant l’ait demandé, jusqu’à celle du 11 décembre 1942 relative à l’apposition de la mention « juif » sur les titres d’identité, en passant par celle du 21 juin 1941 limitant à 3% le nombre d’étudiants juifs admis dans l’enseignement supérieur, ou par celle du 22 juillet 1941 instaurant des administrateurs provisoires dans les entreprises détenus par un juif (ceci, disait la loi, « En vue d’éliminer toute influence juive dans l’économie nationale »).

Ces États, l’Allemagne hitlérienne, l’Italie mussolinienne, la Hongrie de Horty, la France pétainiste étaient tous des États fascistes ayant promulgué, entre autres, des lois anti-juives. Non, nous disent des historiens, si l’Allemagne était bien alors nazie, si l’Italie était alors bien fasciste, comme la Hongrie, la France pétainiste n’était, elle, qu’un État autoritaire. Vous avez dit révisionnisme ?

L’histoire de la Shoah, si capitale soit-elle, n’est pas l’unique exemple en France d’horreurs subies par des juifs. Je citerais un exemple qui me semble emblématique, celui de l’historienne Rita Thalmann et de ses parents. Avec Rita, nous étions amis et c’était une grande historienne. Elle a ainsi une voie portant son nom à Paris, dans le 13e arrondissement.

Dans l’annonce de son décès, le 18 août 2013 (Le Monde daté du 21 août 2013), elle demandait de réserver « une pensée pour ses parents, victimes du nazisme et du régime pétainiste ». Son père, Nathan, arrêté à Grenoble où il s’était réfugié, fut l’un des 76 000 juifs déportés et mourut à Auschwitz en 1943. « Devant la violence de l’événement », sa mère, Hélène, « est victime d’un choc nerveux qui la conduit dans un hospice. Elle finit par y mourir de faim et de froid comme des milliers d’autres « aliénés » comme on les appelait alors », écrivait Daniel Bensoussan-Bursztein dans le No 200 (2014/1) de la Revue d’Histoire de la Shoah.

L’encyclopédie en ligne Wikipédia, dans la page dédiée à Rita Thalmann, résume ainsi l’histoire de sa famille : « Rita Thalmann voit bientôt disparaître ses parents sous le régime de Vichy : son père, réfugié à Grenoble, est arrêté et déporté à Auschwitz, où il meurt. Sa mère, internée à l’hôpital psychiatrique de la Chartreuse de Dijon, y meurt de faim, de froid, de maladie, comme des dizaines de milliers d’autres malades mentaux à cette époque. Ses parents symbolisent deux des infamies réalisées en France sous l’Occupation : la complicité dans l’accomplissement de la Shoah, et l’abandon à la mort pour celles et ceux que l’on considère comme fous. Pour Rita Thalmann, il s’agissait de « la volonté du gouvernement de Vichy de se débarrasser des fardeaux inutiles », écrit-elle dans une lettre » (3).

Nathan, le père de Rita, est l’une des 76 000 victimes figurant sur le Mur des noms, au Mémorial de la Shoah. Pas Hélène, sa mère. Pourtant, Rita nous demandait de les unir dans nos pensées, tous deux victimes du nazisme et du pétainisme. Le Mur des noms est un lieu de mémoire, mais aussi un lieu symbolique rappelant ce dont les régimes fascistes étaient capables. Il est cruel et injuste que sur ce Mur, Nathan et Hélène unis dans la vie soient séparés dans la mort. Par cette absence sur ce Mur, Hélène, elle, n’est pas un symbole de ce que des fascistes, ici uniquement français, étaient responsables. Vous avez dit révisionnisme ?

(1) Non assistance de la part du régime de Vichy à personnes en danger de mort, c’est la thèse que j’ai défendu dans un livre : L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy, L’Harmattan, 2012.

(2) La politique du sport et de l’éducation physique en France pendant l’Occupation, INSEP-Éditions.

(3) Lettre qu’elle m’avait envoyée peu avant sa mort.

ooooo

Avant d’écrire cet article pour L’Humanité, j’ai envoyé, le 14 janvier 2020, une lettre à Monsieur Jacques Fredj, Directeur du Mémorial de la Shoah, pour plaider l’inscription d’Hélène Thalmann, la mère de Rita, sur le Mur du Mémorial aux côtés de son mari. À ce jour pas de réponse.

Il se trouve que le 29 janvier 2020 Emmanuel Schwartzenberg publiait sur son blog un article intitulé Les résistants juifs exclus du mur du Mémorial de la Shoah où il traitait justement de cette exclusion. On peut le lire à l’adresse suivante :

https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-schwartzenberg/blog/290120/les-resistants-juifs-exclus-du-mur-du-memorial-de-la-shoah?xtor=CS3-67

 

Ce qui suit et y fait écho ne figure pas dans l’article publié par L’Humanité.

On peut douter  de la véracité des faits relatifs à la non-inscription des noms sur le Mur s'agissant des morts au camp de Drancy avant d'avoir été déportés, mais aussi s'agissant des juifs résistants, arrêtés, déportés et morts dans les camps. Pourtant dans une étude de l'historienne Johanna Lehr, mise en ligne sur Cairm.info le 04/09/2019, on peut lire : « Leur oubli provient peut-être du fait que la mort les attendait au terme de la déportation. Victimes du projet génocidaire nazi mais décédés dans un centre d'internement français, les morts de Drancy n'intègre pas la catégorie de déportés et, à ce titre, ne sont pas recensés sur le Mur des noms au Mémorial de la Shoah ».

Et elle ajoute, en fin de son article : « Les internés juifs de Drancy sont décédés des suites de la persécution au seuil d’une extermination de type industrielle dans le cadre de l’exécution de la « Solution finale ». Ils se situent dès lors au carrefour de trajectoires alternatives : « Nacht und Nebel », la nuit et le brouillard qui ont englouti en Europe des millions de Juifs déportés… ».

Cela rejoint la réponse qu'avait obtenu du Mémorial de la Shoah, le 27 novembre 2019, un ami de la famille Schwartzenberg, Olivier Tric, s'agissant des résistants juifs morts en déportation : « Leur parcours de déportés par mesure de répression explique que leurs noms ne soient pas gravés sur le Mur dédié aux déportés par mesure de persécution ». Ainsi les résistants juifs, s'ils s'étaient engagés dans la Résistance pour chasser l'occupant nazi et rétablir la République, n'étaient pas en même temps juifs et victimes des persécutions concernant tous les juifs ?

Il y a là un véritable scandale qui me semble avoir comme résultat de minimiser les responsabilités du régime de Vichy quant à la mort de résistants juifs par répression, bien qu'ils aient été déportés. Ou pareillement s’agissant des morts au camp de Drancy qui bien qu'arrêtés par des policiers français (et donc persécutés) sont morts "dans un centre d'internement français" avant d'avoir été déportés. Et encore, s’agissant des dizaines de milliers de victimes dans les hôpitaux psychiatriques qui ressemblaient à des camps de la mort. Morts « par indifférence, par l'oubli, par l'ignorance », d'on ne sait qui, disait François Hollande.

La position des responsables du Mémorial de la Shoah résulte sans doute des recommandations des historiens qui forment son Comité scientifique, dont faisait partie Jean-Pierre Azéma (en 2020 il n'en fait plus partie). Pour lui, « au fur et à mesure que les exactions de l'occupant s'éloignent, c'est Vichy qui devient le principal responsable d'une série de crimes commis ».

Ces silences du Mémorial de la Shoah, par la non-inscription de ces morts sur le Mur, semblent similaires étrangement à celui réalisé à propos du film d’Alain Resnais Nuit et Brouillard. Il s’agissait d’une photo du camp de Pithiviers où un gendarme français surveillant 6 000 hommes juifs, qui seront envoyés vers Auschwitz, photo qui sur décision gouvernementale avait été falsifiée, photo où le gendarme français gardant le camp avait été gommé.

« La France refuse ainsi d’être la France de la vérité, car la plus grande tuerie de tous les temps, elle ne l’accepte que dans la clandestinité de la mémoire […] Elle arrache brusquement de l’histoire les pages qui ne lui plaisent plus, elle retire la parole aux témoins, elle se fait complice de l’horreur » écrivit alors Jean Cayrol, le scénariste de Nuit et Brouillard (Le Monde, 11 avril 1956).

pithiviers

 
"Dans le film d’Alain Resnais, le képi du gendarme français n’était pas une thèse mais un constat. Son gommage reflétait la volonté d’amnésie, dix ans après la guerre, le désir de refouler certaines taches de la police française sous l’occupation. Pire, à l’annonce du choix de Nuit et Brouillard (censuré) pour représenter la France au Festival de Cannes, l’ambassade d’Allemagne de l’Ouest fit une démarche, couronnée de succès, auprès du gouvernement de Guy Mollet pour faire retirer le film de la sélection officielle. Jean Cayrol commenta aussi ce fait : « Les amis allemands […], c’est la France elle-même qui fait tomber sa nuit et son brouillard sur nos relations amicales et chaleureuses »

Entre le silence exercée en 1956 par un gouvernement dirigé par Guy Mollet à propos de Nuit et Brouillard, celui préconisé par les conseillers historiques du Mémorial de la Shoah à propos des fous (juifs ou non) morts sous le régime de Vichy, à propos des êtres humains morts au camp de Drancy avant d’être expédiés à Auschwitz ou ailleurs, à propos des résistants juifs, tous interdits de figurer sur le Mur, y a-t-il une énorme ressemblance traduisant l’incapacité d’historiens et de politiciens français à assumer le passé de la France vichyste ? Aux lectrices et lecteurs de dire.

Il est étonnant que les organisations juives concernées n'aient jamais réagis à ce scandale. Elles n'étaient pas au courant. Il me semble que face à ce scandale il serait grand temps qu’elles émettent en commun un communiqué de protestation public et agissent pour que le Mur retrouve les noms interdits.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.