Retour sur Le Corbusier... Et Alexis Carrel

 DE « L’HOMME NORMALISÉ » POUR LE CORBUSIERÀ L’HOMME « ÉPURÉ » POUR ALEXIS CARRELC’est au moment où une exposition lui était consacrée au Centre Georges Pompidou que son passé ayant failli ressurgissait. Scandale.

 

DE « L’HOMME NORMALISÉ » POUR LE CORBUSIER

À L’HOMME « ÉPURÉ » POUR ALEXIS CARREL

C’est au moment où une exposition lui était consacrée au Centre Georges Pompidou que son passé ayant failli ressurgissait. Scandale.

Je ne suis ni spécialiste en architecture ni en urbanisme. Je ne traiterais donc pas, ou peu, de ces aspects du personnage. Qu’il révolutionna, paraît-il. Céline aussi révolutionna l’art du roman. Il avait failli, moralement. Comme Alexis Carrel, qui en 1913, décrocha le Nobel de médecine.

Le rapprochement des noms, Le Corbu-Carrel, n’est pas fortuit. Il m’est venu à l’esprit via les mêmes arguments, troublants, utilisés par certains pour défendre et Carrel et Le Corbusier. Cela passant, dans les deux cas, d’abord par une relativisation des faits : l’adhésion à un régime collaborant avec des armées nazi s’entend. Ensuite, par des maquillages ou de tricheries quant à leurs positions idéologiques vis à vis de ce régime. Enfin, par le prétexte du contexte. Et conduisant aujourd’hui à leur accorder l’absolution en raison de leurs exploits professionnels.

Exemple de l’une de ces tricherie sur les faits concernant Le Corbusier : « En septembre 1940, il avait failli rompre ses contacts avec Vichy avant même de les nouer vraiment : “Vichy me fait vichier” ».  C’est ce qu’écrit Jean Jenger dans son introduction du Le Corbusier, choix de lettres (Birkäuser, 2002), ouvrage d’où sont tirées les citations qui suivent. En fait la phrase exacte, dans la lettre à sa femme du 18 septembre 1940, est celle-ci : « Ce Vichy me fait vichier. Tout flotte encore. Je crois qu’il faut attendre encore. Pour l’instant il est 15 heures, je suis crevé de fatigue ; j’ai marché deux heures avant de trouver une chambre. Et quel prix ! ». Le vichier concernait donc son installation dans la ville, pas le régime, on va le voir, de même nom « Plus le mensonge est gros, plus il passe » disait déjà Goebbels.

Le Corbusier arrive donc le 18 septembre à Vichy. Le 31 octobre, après le fameux discours de Pétain de la veille, il écrit à sa mère : « Voici le grand coup de barre donné par le Gouvernement Français. Nous sommes entre les mains d’un vainqueur et son attitude pourrait être écrasante. Si le marché est sincère, Hitler peut couronner sa vie par une œuvre grandiose : l’aménagement de l’Europe ». Et il ajoute : « C’est un enjeu qui peut le tenter de préférence à une vengeance sans fruits. L’inconnue est là. Personnellement je crois le jeu bien fait » […]  C’est la fin des discours de tribune ou de meetings, de l’éloquence et de la stérilité parlementaire. La révolution se fera dans le sens de l’ordre et non pas hors des conditions humaines.

Quoiqu’il en soit, les dés sont jetés. L’Angleterre fulmine. Sa radio en français du soir, crache des flots d’éloquence qui en toute sincérité, me paraît parfaitement creuse, bien que dangereuse quand elle tombe dans des oreilles qui se laissent bercer par le ronflement des périodes. »  Il est vrai que pour Le Corbusier la débâcle des armée française lui apparaît comme une « miraculeuse victoire française. Si nous avions vaincu par les armes, la pourriture triomphait, plus rien de propre n’aurait jamais plus pu prétendre à vivre » avait-il écrit dans une précédente lettre à sa mère. Voilà le discours d’un démocrate. Et d’un patriote. Non ? On est bien près ici du « Plutôt Hitler que le Front populaire » !

Le 28 mars 1941, c’est l’enthousiasme pour Vichy. Et la ville, et le régime. Il écrit à sa mère et à son frère : « Rien encore n’est décidé, bien que tout ait été signé et c’était pas banal comme signatures, puisque notre loi était revêtue des signatures des dix ministres intéressés. C’était un record. Et plus que cela, notre entreprise est admise et désirée en plus haut lieu. C’était fait. Et deux heures après, un accrochage foudroyant, venu d’un à côté. Depuis huit jours, la manœuvre a donc repris. Demain matin j’ai entrevu avec l’homme en question. Et on saura c’est oui ou non. […] Si c’est oui, notre œuvre sera grande et en ce qui me concerne, j’aurai une situation morale au sommet de tout. C’est-à-dire : une victoire totale. Giraudoux est aussi de l’équipe. »

C’est l’euphorie même. « Vous savez que nous sommes au Queen, fenêtre ouverte sur le parc, l’Allier et la campagne, et à 300m de mon bureau. Grande chambre, très tranquille, très bien. » Au frais de la princesse, bien sûr.

« Dimanche 30 mars.

Hier la grande entrevue a eu lieu, avec celui qui a plein pouvoir pour mettre en œuvre le domaine bâti de la France. À notre stupéfaction, il déclare vouloir faire usage de notre organisation et la considérer comme son organe d’inspiration. S’adressant à moi tout particulièrement, il a déclaré qu’il serait vu le plus grand possible, avec toutes les ressources disponibles, avec les idées les plus avancées et de telle façon que le pays se manifeste partout par de grandes œuvres et de grandes entreprises.

Le M. (lisez le Maréchal) avait désiré que notre organisation fût mise en pleine action. Si bien que depuis hier, l’horizon est net. Il semble bien ressortir que mes idées seront inspiratrices. Il s’agit d’un coup de mettre devant, ce qui a été refoulé depuis vingt ans et de mettre à la tâche celui qui a été rejeté pendant vingt ans. Nous allons donc entrer en  pleine action avec une tâche immense et de portée spirituelle intense. » Rappelons qu’en 1925 Le Corbusier inspire le plan « Voisin », du nom de l’avionneur d’alors. Il ne s’agissait rien moins que de raser une grande partie du centre de Paris. À la Libération, Hitler interrogeait : « Paris, brûle-t-il ?

Le doute s’installe. Lettre aux mêmes et du même hôtel, le 2 juin 1941. « Nous voici – moi du moins – habitués à notre exil, ayant emboîté un pas quotidien, répétant des gestes. Pourtant vivant sur un volcan, au milieu de soubresauts incessants, croyant avoir franchi le cap à chaque jour. On avance toutefois, mais au but même, aujourd’hui, c’est là qu’est le bref et dur engagement qui fera oui ou non.

La loi nous instituant en « Commission d’Études des problèmes de l’habitation et de la construction immobilière » a été signée le 27 mai par le Maréchal, publiée le 29 dans le journal officiel. Nous devrions ainsi être l’organe pensant du commissaire général à l’équipement national. Le cap est franchi. Mais là, nos deux personnes, celle de Pierrefeu et la mienne, sont rejetées net par le commissaire général, alors que le Mal exige que nous soyons les piliers de cette organe de pensée. La bagarre est intense, brutale, elle sera rapide. Si bien que notre œuvre ayant abouti, nous sommes dans le risque d’en être arrachés. Pourtant personne d’autre ne peut nous remplacer, personne n’est d’ailleurs sur les rangs. Le veto, c’est que nous n’y soyons en aucun cas. »

Toujours de Vichy, le 28 mars 1942, et toujours à sa maman. « J’ai d’heureuses nouvelles à t’annoncer qui te réjouirons. Voici une heure que s’est décidée en haut lieu, l’affaire pour laquelle je lutte en quelque sorte depuis vingt ans. Je suis placé par le Cabinet du Maréchal et par le Président du Conseil Municipal de Paris, à la direction d’un comité que j’ai échafaudé et proposé et qui s’appelle, Le Comité d’étude de l’habitation et de l’urbanisme de Paris. J’y groupe : Giraudoux, Bergery, Alex(is) Carrel, P. Winter, moi, Pierrefeu, et Freyssinet. On m’y a adjoint, mais sous ma direction, Aug. Perret et Prost. Notre mission est de mettre au point le problème de Paris, la ville et sa région. D’étudier, de proposer, de mettre dans le circuit, les grands travaux sous l’égide du Pt du Conseil Municipal (qui est un ami convaincu) et du Directeur du Cabinet du Mal qui est devenu un grand partisan. De Paris notre mission rayonnera sur les autres villes et la campagne de France et sur l’Empire. Je pars d’ailleurs avec un beau mandat, mercredi pour Alger, pour discuter des problèmes africains avec le Gouvernement Général. J’y passerai un mois probablement (adresse chez Emery architecte 43 rue Denfert Rochereau Alger) Puis passant à Vichy quelques jours, j’irai occuper mon poste à Paris. J’ajoute que ce poste est largement rétribué. Je serai aidé comme Secrétaire Général par Pierrefeu. […]

J’ai fait mes adieux pleins d’une amitié réconfortante, d’une confiance dans l’avenir.  […] Voilà ma petite maman ce que je puis te dire aujourd’hui après tant de mois d’attente. Ce qui plus est : mes ennemis s’effondrent. […] Et chose bizarre, sauf les dates, tout cela était dans mon horoscope de 1937. » Vichy n’est plus « vichier ».

Il part donc à Alger. En juin 1942, son plan d’urbanisme pour cette ville est rejeté. En avril 1942, ça s’était gâter : «   Il se pourrait que je me retrouve Grosjean comme devant. Il faut s’attendre à tout » avait-il alors écrit à sa mère. Ce qui s’accomplira. « Adieu, cher merdeux Vichy ! ». Début juillet il rentre à Paris

 

 

« LE CORBUSIER EN QUÊTE DE L’HOMME STANDARD » (Tel était le titre de l’article de J.-J. Larrochelle consacré à l’exposition au Centre Pompidou à l’architecte dans Le Monde daté du 7-8 juin 2015).

CET « HOMME STANDARD » DE LE CORBUSIER EST L’ÉQUIVALENT DE « L’HOMME ÉPURÉ » D’ALEXIS CARREL.

En effet, pour l’architecte l’homme standardisé est un homme réduit au « Modulator ». Pour lui « l’animal humain est comme l’abeille, un constructeur de cellules géométriques ».

Alexis Carrel, on connaît. Un peu. « Vichyssois, il se laisse convaincre de lancer ce projet qu’il avait évoqué dans son best-seller, L’homme, cet inconnu, en 1935 : créer un « Aristote composite », un centre pluridisciplinaire où une « élite » chercherait à résoudre les problèmes humains, en faisant en sorte que les hommes et la société se conforment aux lois scientifiques supposées régir la vie. Sont ainsi convoquées, pêle-mêle, la médecine, la biologie, l’anthropologie ou l’économie, au service d’un idéal de régénération  de la société française : « Il faut remplacer la démocratie par la biocratie, la science de l’homme », écrit Carrel à son frère en 1938 ». C’est ce que racontait Nicolas Chevassus-au-Louis dans le No 372 de La Recherche en février 2004.

Je ne reviendrais pas sur son maître ouvrage, L’homme, cet inconnu où il développe cette théorie de la biocratie… et de pires. Je ne reviendrais pas sur cette question : Carrel, fasciste ou démocrate ? Il suffit de rappeler son appartenance au PPF dès janvier 1938, parti fondé en 1936 par Jacques Doriot. Soldat mort en février 1945 sous l’uniforme allemand. Je ne reviendrais pas sur la question : Carrel antisémite ou pas ? Il suffit de rappeler son exclamation de 1940 à New-York, avant de revenir en France pour se mettre au service de Pétain : « Arrivera-t-on à se débarrasser des étrangers, de toute cette crapule qui s’était infiltrée en France depuis vingt ans ? On dirait que tous les juifs français sont à présent à New-York. » Tout ceci est connu et reconnu. Il suffit de rappeler que toutes les villes ayant une voie (rue, boulevard, avenue, impasse) Alexis-Carrel l’ont perdu… sauf une à ma connaissance : Meaux en Seine-et-Marne où J.-F. Copé est Maire.

Idée centrale du livre (philosophique ?) d’Alexis Carrel : l’eugénisme. « L’équipe BIOLOGIE DE LA LIGNÉE, en accord avec le Centre de coordination des mouvements familiaux, commence une enquête sur la qualité des enfants des familles nombreuses, sur leur mortalité, sur leur nombre optimum suivant la position sociale de la famille. […]

Il ne sert à rien d’augmenter la natalité si l’accroissement de la population se fait grâce à la fécondité d’éléments tarés. Il semble bien cependant que les allocations familiales telles qu’elles sont pratiquées aujourd’hui soient loin de favoriser la propagation des meilleures souches. Le département de bio-sociologie a abordé l’étude des moyens propres à augmenter la natalité dans les groupes biologiques de qualité supérieure […]

Beaucoup d’immigrants, on le sait, ont été admis en France. Les uns sont désirables, les autres ne le sont pas. La présence de groupes d’étrangers indésirables au point de vue biologique est un danger certain pour la population française. La Fondation se propose de préciser les modalités d’assimilation des immigrants afin qu’il devienne possible de les placer dans des conditions appropriées à leur génie ethnique. Elle procède actuellement au dénombrement et la localisation de certaines catégories d’entre eux, surtout des Nord-Africains, des Arméniens et des Polonais. Elle étudie, en particulier, la population arménienne d’Issy-les-Moulineaux. Elle cherche à savoir ce que valent les produits du croisement de ces étrangers avec les Français. Il y a déjà en France treize pour cent d’étrangers. Ces étrangers ont été admis sans aucun égard pour leur influence possible sur la population française. Il est indispensable d’avoir une politique de l’immigration et de déterminer quels sont les immigrants dont la présence est désirable du point de vue de l’avenir biologique de la nation ». Ceci était le programme d’étude de la Fondation française pour l’étude des problèmes humains dont le régent était Alexis Carrel. Fondation à laquelle appartenait son ami Le Corbusier.

Nicolas Chevassus-au-Louis, dans l’article déjà cité, précisait encore à propos de la Fondation française pour l’étude des problèmes humains : « Ce projet rejoint celui du nouveau régime. Vichy s’inquiète de la mauvaise santé de la population française, vante la natalité, fait l’éloge des mères, veut réconcilier la communauté nationale en supprimant les classes sociales. Dotée d’un budget annuel de 40 millions de francs, soit plus de la moitié de celui du CNRS !, La Fondation française pour l’étude des problèmes humains, FFEPH, se met à l’œuvre en 1942. Nommé « régent » de la Fondation, Carrel entreprend de recruter 250 chercheurs. Mais, malgré l’argent qui coule à flots, c’est l’échec. Miné par la maladie qui l’emportera un an après, Carrel avoue en 1943 que la Fondation ne compte pas plus de deux douzaines de vrais scientifiques : parmi eux, le sociologue Jean Stoetzel qui innove en appliquant la technique du sondage d’opinion à l’étude des causes de la dénatalité française, l’architecte Le Corbusier, le futur prix Nobel d’économie Maurice Allais ou encore la jeune pédiatre Françoise Dolto. Ces célébrités ne tireront pas par la suite gloire de ce passage à la Fondation. » Le Corbusier démissionnera de la Fondation, les vents ayant tourné, le 20 avril 1944.

Rapprochement d’idées entre les deux hommes… et même combat. Même combat aujourd’hui encore pour les défenseurs et de l’un et de l’autre des personnages sous le couvert d’arguments douteux. Certains admirateurs d’Alexis Carrel mettant en avant « le contexte » ou « la prégnance » du discours eugéniste (l’historienne Isabelle von Bueltzingsloewen, par exemple). D’autres, pareillement, au sujet du même et de son antisémitisme insistant eux (Pierre-André Taguieff, par exemple) sur la « prégnance du discours antisémite» dans les mêmes années.

Mêmes arguments aujourd’hui utilisés par des admirateurs de Le Corbusier. « Que Corbu fût équivoque dans ses amitiés, nul n’en doute, mais son antisémitisme fut largement partagé » écrivait Paul Chemetov dans Le Monde daté du 30 avril 2015. Par Alexis Carrel, notamment.

Mais « titrer “Le Corbusier, un fascisme français” est excessif » écrit encore Chemetov dans L’Humanité du 12 mai 2015. Pourtant, traiter Alexis Carrel, cet adhérent du PPF, de fasciste, est-ce excessif ? Pourtant, le 17 janvier 1940, Le Corbusier écrivant à Paulhan « J’ai sur ma table deux lettres de vous, jaunies par le soleil et l’âge (mai 38 et juin 38) me demandant de rédiger pour vous un exposé sur les tâches de l’urbanisme. Ces lettres attendaient la réponse utile. La voici aujourd’hui. […] Voulez-vous être assez gentil pour l’examiner avec bienveillance ? Jean Giraudoux est au courant. Vous pourriez le questionner. » Et en note Le Corbusier ajoute : « Le Dr Alexis Carrel qui est en plein accord avec mes idées, m’a autorisé à lui dédier ce livre. Sur la demande de l’Éditeur il consentirait certainement à rédiger une préface. » Alexis Carrel, fasciste incontesté, d’accord avec les idées de Le Corbusier, et vice versa. L’un serait fasciste, l’autre pas ?

« … si Corbu a rallié Vichy dès l’automne 1940, période marquée par l’antisémitisme, l’antimaçonnisme, l’antisyndicalisme, l’antisocialisme et l’anticommunisme, à partir de novembre 1942 et l’occupation allemande, il quitte Vichy et ne se manifeste plus jusqu’à la Libération » écrivait encore Chemetov le 12 mai 2015 dans L’Humanité. On a vu ce qu’il en était en réalité.

Malgré sa bonne volonté fascisante, ou pire, Le Corbusier n’a pas été payé en retour. Dans ce panier de crabes qu’était le milieu vichyssois, il a trouvé plus prédateur que lui. « La “chance” de Le Corbusier est que le régime de Pétain ne lui a pas confié de projet » écrivait Michel Guerrin dans Le Monde daté du 4 mai 2015. Il n’a pas été l’urbaniste de la France qu’il rêvait d’être. Seulement l’architecte de « l’homme normalisé ».

Seule, la vérité est révolutionnaire… camarade Chemetov.

Faut-il aujourd’hui minorer et excuser les positions idéologiques d’un Le Corbusier… et de biens d’autres sous le couvert d’un génie professionnel ? « Désabrutir l’opinion publique s’inscrit là dans la grande ambition des lumières encyclopédiques. Ce qui est désabrutissant, c’est l’acte de résistance à la routine obscurantiste qui fait enfouir dans les oubliettes pour vérités dérangeantes les conduites d’inhumanité qui marquent vraiment l’histoire. […] Il est vrai que quand les résistants à l’occupation-collaboration – ceux qui refusèrent de laisser tomber aux oubliettes les responsabilités du pouvoir vichyste – animèrent ensuite un changement majeur dans le système suraliénant, ils tinrent à ne pas dissocier  cette action du procès de ce système […] L’esquive des responsabilités des systèmes, gouvernements et institutions, avec conspirations de silence, mise aux oubliettes et relativisations historiennes ad hoc, a pour conséquence une inhibition  générale de la faculté éminemment humaine d’assumer ses responsabilités. » écrivait Lucien Bonnafé dans sa préface au Trains des fous (Pierre Durand, Syllepse, 2001).

 

Bonnafé s’exprimait ainsi à propos de ceux niant l’abandon à la mort des fous par le régime de Vichy. Cela vaut aussi, aujourd’hui, pour ceux qui veulent dédiaboliser l’idéologie fascisante qui animait Le Corbusier. Dédiabolisation à inscrire dans une volonté toujours existante d’une revichysation des esprits, parfois à l’insu même de ceux qui y participent. On peut lire à ce propos, sur ce même blog, les billets précédents « qui en parlent ».

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