Dire NON À LA REVICHYSATION DES ESPRITS -suite. Parlez-nous d'autres choses !

 

Dire NON à la revichysation des esprits – suite (1). Parlez-nous d’autres choses !

 En mars 2013, le supplément en ligne du « Midi Libre » rendait compte de « L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy » (L’Harmattan, nov. 2012) :

http://www.serpsy.org/des_livres/livres_2013/ajzenberg.html

« La conclusion des deux hommes (Armand Ajzenberg et André Castelli) est sans appel. Si tant de “fous” et de “psychopathes” sont morts à travers la France entre 1940 et 1944 (les nombres oscillent entre 40 000 et 76 000), ce n’est pas seulement la faute à “pas de chance”, ni même “triste résultat des circonstances”, comme cela a avait été annoncé auparavant par l’historienne  Isabelle von Bueltzingsloewen dans son ouvrage « L’hécatombe des fous ». […] mais pour André Castelli, il y avait bien, au sommet de l’État, parmi certains cercles influents, une volonté eugénique de se débarrasser des fous, similaire à celle qui a existé en Allemagne nazie » écrivait le journaliste.

 Comme dans toute édition en ligne, il y a les remarques sollicitées à l’article. Remarques souvent dissimulées derrière des pseudonymes. Si cela ne révèle pas un grand courage, cela permet à l’internaute de se libérer.

 Exemples :

- Allobroge : « Ah ça manquait : dénoncer Vichy comme ayant participer volontairement à l’extermination des aliénés !... Voilà qui va donner des arguments aux journalistes à la veille des élections municipales, histoire de faire oublier les carences du gouvernement en place ! ».

 - Moritz : « Ça c’est de l’info !!! Après la neige (en hiver) on va nous bassiner avec cette nouvelle et passer sous silence ce qui intéresse vraiment les français : chômage, réforme des retraites, baisse du pouvoir d’achat… Et surtout les moyens que va utiliser ce gouvernement  pour nous sortir de la m… ».

 - Rastacoire : « Bien tard pour s’en apercevoir, et trop tard pour le dénoncer… C’est fou ce que certaines périodes de l’histoire sont plus prisées que d’autres tout aussi dramatiques voir même plus… ».

 - Glamour : « Les journalistes nous parlent sans arrêt du passé, mais le présent et surtout le futur vu comme est la France ils devraient s’inquiéter et nous en parler ».

 - Allobroge : « 40 à 76 000 morts ! Bigre ! Du simple au double ! Autant dire qu’on en sait pas grand chose et que ce ne sont que des supputations destinées à faire publier un ouvrage ! Il faudrait aussi rajouter tous les morts de mort naturelle, morts de malnutrition à cause de l’occupation, des camps de prisonniers, des restrictions, de l’âge tout simplement ! Ah pourquoi ne sont ils pas morts avant ou nés après ?! ».

 Quelques réactions quand même à ces propos :

- Le jeune vieux sage gardois : « À lire certains commentaires, on peut constater que le négationnisme a encore de beaux jours devant lui… Révoltant et affligeant ».

À quoi Kaplan ajoute :

- «  Toutes mes félicitations… Je ne savais pas qu’il existait des nostalgiques  de ce que la France a connu de pire, et capables de mettre l’actuel gouvernement en rapport (défavorable) avec une dictature fasciste ». Et encore : « Hélas, il n’y a pas eu en France de réelle “dénazification”, parce que De Gaulle a voulu rassembler plutôt que de faire juger. De nombreux collabos sont restés en place ou simplement tranquilles. On en a même retrouvé aux origines du FN ».

 Propos précédents, restons politiquement correcte, populistes. J’imagine assez bien Allobroge, Moritz, Rastacoire, Glamour défilant récemment et scandant des slogans racistes, voire antisémites. Je les imagine hurlant « Non au droit à l’avortement ! », « vive le droit à la vie ! »… Et s’en foutant des morts dans les asiles psychiatriques sous des gouvernements siégeant à Vichy. Pensez, des fous ! Parlez-nous d’autres choses !

 Et s’en foutant pareillement des vieillards internés et morts (50.000 paraît-il) dans les hospices à la même époque. Pensez des vieux ! Et s’en foutant encore des malheureux peuplant alors les prisons, et mourant aussi par dizaines de milliers. Pensez des criminels ! Parlez-nous d’autres choses !

 À propos de ces derniers, il se trouve qu’un garde des Sceaux du gouvernement Darlan, Joseph Barthélemy, étant à ce titre aussi, selon son expression, ministre des Prisons, raconte dans ses mémoires (Ministre de la Justice, Pygmalion, 1989) :

« Il y avait 18.000 emprisonnés par justice en mars 1940, il y en avait 50.000 deux ans après. [...] Le problème le plus grave était celui de l’alimentation de ces prisonniers ». Cette augmentation ne résultait pas d’une inflation de la criminalité, mais notamment du nombre important de résistants arrêtés « par justice ». Il y en eu probablement beaucoup plus après 1942, la résistance ayant pris de l’ampleur. Tous ne moururent cependant pas de faim : pour un soldat allemand abattu, 100 résistants prisonniers étaient fusillés, mais beaucoup si.

 Joseph Barthélemy raconte encore : les prisonniers « Certes, ils avaient leurs cartes d’alimentation. Mais la ration stricte, sans aucun supplément devait être insuffisante à soutenir un homme ». Comme dans les hôpitaux psychiatriques, comme dans les hospices. Et il poursuit : « L’amaigrissement était effrayant. La mortalité était alarmante : à cette Centrale de Riom où la mortalité était de trois à quatre par an, il y eut 120 morts dans un semestre. […] Mes récriminations, mes plaintes, mes réclamations ne trouvaient pas d’échos dans le milieu gouvernemental : « vos clients ne sont pas intéressants », me répondait le ministre des Finances. « Fusillez-les », me conseillait ironiquement Darlan. À quoi je répondais que mon métier n’était pas de tuer, que c’était le sien. Et une autre fois : « Envoyez quelques bouffées de gaz asphyxiants ».

 Tout cela pour dire que la revichysation des esprits (1), aujourd’hui, ne va pas sans amnésie à propos de la politique vichyste d’hier. Il y eut, hier, non-assistance à personnes en danger de mort, il y a, aujourd’hui, non-assistance à mémoires en danger de mort. Et cela durera tant que des Allobroge, des Moritz, des Rastacoire et des Glamour continueront à s’en foutre des dizaines de milliers de morts dans les hôpitaux psychiatriques, dans les hospices de vieillards, dans les prisons. Mais aussi tant que beaucoup d’autres leurs feront échos. Voyez, exemple assourdissant, le silence de la presse écrite nationale sur ces sujets. Silences qu’il faut bien nommer censures. Tant que ces faits criminels d’hier ne seront pas entrés dans l’Histoire, ils resteront alors de simples faits divers. Des « détails » dirait l’autre.

 (1) Cette expression ne vise évidemment pas les habitants de Vichy-la-Belle mais caractérise l’idéologie qui animait les gouvernements siégeant, sous l’Occupation, à Vichy, devenue alors capitale de la France.

 Pour compléter la lecture de cet article… on peut revenir aux billets précédents.

Mais surtout lire ceux qui suivront.

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