Présidentielle : n'oublions pas les élections législatives

Le résultat de l'élection présidentielle dépend de celui des élections législatives. La capacité du prochain président de la république à réaliser ses promesses de campagne dépend en effet de la couleur de la prochaine majorité à l'Assemblée nationale. Un fait trop souvent oublié. Il serait précieux de disposer des programmes, non seulement des candidats mais aussi de la "majorité présidentielle".

L'élection présidentielle se déroulera les 23 avril et 7 mai. Les élections législatives sont organisées les 11 et 18 juin. Or, il est surtout sinon exclusivement question de la première et presque jamais des secondes. Pourtant, le résultat de la première dépend du résultat des secondes. Cet "oubli" est intéressant : il rend compte de la présidentialisation, non seulement des institutions mais aussi des esprits. Tout se passe comme si certains analystes, éditiorialistes ou journalistes étaient convaincus que l'élection d'un homme ou d'une femme peut à elle seule déterminer le sens des politiques publiques pour les cinq années à venir.

Certes, le président de la république est élu au suffrage universel direct et dispose de prérogatives trés importantes. Toutefois, son pouvoir est conditionné au soutien de la majorité des députés. Si cette majorité fait défaut ou n'est que partielle, intermittente, le chef de l'Etat peut être confronté à une cohabitation, parfois même au sein de sa propre familles si l'on se souvient des relations complexes entre François Mitterrand et Michel Rochard. Plus récemment, François Hollande n'a pas réussi à partager certains de ses choix (déchéance de nationalité) ou son gouvernement a été amené à recourir à la technique du vote bloqué, ce qui donne rarement de bonnes lois.

Conséquence : même sous la Vème république, l'analyse des programmes des candidats à l'élection présidentielle doit tenir compte du fait que leur mise en oeuvre dépend pour beaucoup de la couleur de la prochaine majorité à l'Assemblée nationale. Si l'on s'en tient - avec prudence - aux sondages d'opinion - l'hypothèse que le prochain président de la république ne soit pas de la même famille politique que la majorité des députés n'est pas totalement fantaisiste. Il n'est donc pas exclu que le prochain président de la république ne puisse pas, en tout ou partie, tenir ses engagements, faute de pouvoir être soutenu paar les élu(e)s. Nombre des promesses des candidats supposent le vote de lois, notamment de finances. Et le président de la république ne peut qu'agir pour que son gouvernement propose : la décision revient aux parlementaires.

Prenons un exemple. La plupart des candidats a développé un programme écologique, avec plus ou moins de sérieux, plus ou moins de conviction. L'une des mesures la plus mise en avant tient à simplification du cadre juridique applicable aux énergies renouvelables pour en permettre le développement. Aucun ne précise à ce jour quelles sont précisément les mesures de simplification qu'il conviendrait de voter. Et pour cause : quel que soit le candidat élu à la présidentielle, nul ne peut dire à ce jour qui sera ministre de l'écologie et s'il disposera d'assez de soutiens à l'Assemblée nationale pour adopter ce type de mesures et lesquelles. 

Il serait donc précieux de ne plus penser que l'élection présidentielle est la seule digne d'intérêt et de disposer du programme complet des partis politiques qui présentent des candidats aux élections législatives pour pouvoir les analyser en correspondance avec les programmes des candidats à l'élection présidentielle. Cela serait cohérent avec la réforme du quinquennat qui avait pour objet de prévenir les épisodes de cohabitation en favoraisant la création d'une "majorité présidentielle". Si l'on s'en tient à cette réforme, il serait donc utile de disposer du programme, non pas seulement des candidats à l'élection présidentielle mais de la majorité présidentielle appelée à gouverner pendant cinq ans. Voter pour un programme qui ne sera peut être jamais appliqué n'est pas une perspective acceptable.

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