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Billet de blog 9 déc. 2018

A Love Supreme, le jazz en forme de baiser

Deep & spiritual jazz au programme avec des artistes africain-américains mais également européens, asiatiques, africains qui continuent à remettre en question les codes érigés de la discipline jazzistique. Le jazz en forme de baiser. A Love Supreme.

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En décembre 1964, John Coltrane entre en studio pour un enregistrement. Il pense à cette session depuis des mois et s’est employé pour créer les conditions idéales afin de jouer une musique qu’il ambitionne nouvelle. Il a rassemblé son quartet, formé de Jimmy Garrison à la basse, Elvin Jones à la batterie et Mc Coy Tyner au piano. Les quatre compères rejoindront le studio de l’ingénieur du son Rudy Van Gelder. Il enregistreront 4 titres. A Love Supreme.

Saint John Coltrane

“Partir d’un point et aller le plus loin possible“. C’est une confession faisant office de ligne de conduite et de méthodologie musicale qu’il livra lors d’un entretien accordé avec le journaliste français Michel Delorme [John Coltrane - Je pars d'un point et je vais le plus loin possible, entretiens avec Michel Delorme (Éditions de l'éclat, 2011)].

“Partir d’un point et aller le plus loin possible“. Ces mots ne valent-ils pas tout simplement pour tous les domaines de l’existence ? Ces mots ne désignent-ils pas ce que vous et moi entreprenons malgré nous en naissant au monde ? “Partir d’un point et aller le plus loin possible“ ?

John Coltrane est une comète aux trajectoires successives. Celle d’un jeune jazzman prometteur, faisant ses classes au côté de Miles. Il cherche déjà. La musique ne lui suffisant pas pour combler ses manques, comme nombre de jeunes musiciens de sa génération, comme nombre de jeunes jazzmen de sa génération et des générations suivantes, comme nombre de jeunes africain-américains, comme nombre d’humains, il carbure à la dope. Sa dépendance entache probablement cette première trajectoire. Pourtant, à l’orée de ce qui suivra, il est préférable d’être prudent quant à un jugement trop hâtif. Il cherche. Il ne trouve pas encore. Il est déjà brillant.

Puis, les premières émancipations. Celle de devenir soliste et d’enregistrer ses propres disques. Celle d’un mari et d’un père de famille veillant à réduire autant que faire se peut ses tendances à la destruction jouissive que procure la came. Les contrats fleurissent, les enregistrements s’enchaînent et les classiques se gravent sur plastique. Court passage chez Blue Note le temps d’enregistrer Blue Train. Période Atlantic ensuite où les choses sérieuses commencent avec notamment le disque Olé, accomplissant des premières recherches fructueuses dans le jazz modal. Son chemin se trace dans la lumière, le free jazz le secoue, l’éveil est saisissant. Puis, enfin, la dernière ligne lui fait face. Il ne le sait pas mais il mourra précocement, en 1967, à 40 ans, après 10 ans de carrière, pas plus. Cette dernière tranche de sa vie musicale, cette dernière partie de sa vie tout court, est sans aucun doute la plus riche et excitante. Il impulse, du nouveau du label qu’il rejoint, une nouvelle voie. Une nouvelle voiE, avec un E. Une nouvelle voiX, avec un X. Cette voix, il ne l’invente pas. Il la souffle. Cette voix, c’est en partie celle de son esprit, de sa foi, de son être spirituel donc. Il puise au-dedans, de cette lumière immanente d’un homme révélé et accompli pour offrir à ses auditeurs, à vous et à moi, une musique profonde et puissante, une musique pure et sophistiquée, une musique dont la vie jaillit à chaque note. Jazz spirituel. Voici le nom que l’on peut apposer à cette voi(e)x. Cette lumière inondera nombre d’oreilles et d’esprits et entraînera jusqu’à aujourd’hui un sillon de musiciens inspirés par ce son coltranien défiant les étiquettes et les frontières stylistiques.

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à cette branche souvent méconnue de ce que l’on nomme le jazz. Deep & spiritual jazz par lequel des artistes africain-américains mais également européens, asiatiques, africains continuent à remettre en question les codes érigés de la discipline jazzistique. Le jazz en forme de baiser. A Love Supreme.

La suite à l'écoute en podcast :

La Causerie Musicale #04 | A Love Supreme © Arnaud S.

Retrouvez les références musicales et bibliographiques citées dans le programme sur le blog de la causerie musicale

Le podcast est également disponible sur itunes, mixcloud et spotify.

Belle écoute!

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