Les transes de Nass El Ghiwane

Dans ce nouvel épisode du podcast, il est question d'un chef d’œuvre du cinéma documentaire, de transes, de Hay Mohammadi, quartier de Casablanca, de poésie de combat et d'un groupe phare de la scène musicale marocaine, Nass El Ghiwane.

Quand j’étais au Maroc, on m’a parlé à plusieurs reprises de Nass El Ghiwane. On m’en a parlé comme d’un trésor national, d’une institution au même titre que le roi et son royaume, sauf que dans le cas de ce groupe, il s’agit d’une institution populaire, une institution qui s’est forgée depuis le quartier de Hay Mohammadi de Casablanca pour se nicher au fil des années dans le cœur du peuple marocain.

Sur place, je n’ai quasiment pas écouté Nass El Ghiwane. Le ton et les mots pour parler de ce groupe avaient un goût d’interdit. Je découvrais plus largement leur musique à mon retour en France.
C’est bien plus tard, 16 ans après, que je découvre le film qui lui est consacré, Transes. Je suis même tombé dessus par hasard, lors d’une déambulation en médiathèque pendant l’été. L’édition DVD de Transes a été le fruit d’un travail de restauration initiée par Scorcese qui, statut aidant, a permis de faire découvrir hors du pays et de la communauté marocaine ce film fameux.

On regarde ce film autant qu’on l’écoute puisque de larges scènes sont consacrées à des captations de concerts ou des moments musicaux improvisés ou dûment codifiés comme lors d’une scène montrant une procession gnaouie. En témoigne la richesse de la bande originale du film, paru sur vinyle, et qui jalonne l’ensemble du podcast (voi ci-dessous pour l'écoute).

Transes (El Hal) B.O Transes (El Hal) B.O

L’histoire de Nass El Ghiwane s’inscrit dans la longueur, le groupe naissant au tout début des années 1970 et exerçant jusqu’à aujourd’hui. Au fil des années, il a connu des formations à géométrie variable et de nombreux musiciens ont été, pour quelques mois ou quelques années, des membres de ce groupe dont l’aura populaire ne s’est jamais démenti.


Comme le rappelle Omar Sayed dans un livre très complet, sobrement nommé Nass El Ghiwane (éditions Sirocco & Senso Unico, 2011) qui retrace en détail l’épopée du groupe, lorsque la formation émerge, la scène musicale marocaine subit l’hégémonie de la musique égyptienne. Se produisent alors et essentiellement des chanteurs orientaux accompagnés par de grands orchestres où violons et luths dominent. Les mélodies sont langoureuses et les textes aux accents romantiques. C’est en premier lieu sur ce terrain, les paroles, que Nass El Ghiwane va opérer une révolution.

Le groupe puise par ailleurs ses inspirations musicales dans le répertoire vernaculaire marocain. Bendir et sentir, deux instruments de la tradition musicale marocaine ne sont alors utilisés que par des artistes de rue ou au sein de communautés constituées. Ils sont relativement méprisés dans le cénacle professionnel du petit monde de l’industrie musicale. Nass El Ghiwane contribuera à les remettre au goût du jour, participant notamment  à la diffusion internationale de la musique gnaoua. 


Puiser dans les traditions et un instrumentarium populaire et délaissé pour se créer un son nouveau et donner vie à une expression artistique neuve. C’est la lettre de mission non écrite et non exprimée de Nass El Ghiwane. Ce fut également celle d’autres artistes, dans des contextes différents. Je pense par exemple à Max Cilla qui réinventa l’usage de la flûte des mornes, la flûte traditionnelle martiniquaise, en l’intégrant dans un ensemble jazz. Comme le rappelle Edmond Amran El Maleh dans les liner notes de l’album, la source d’inspiration du groupe est double : la confrérie des Hmadcha dont la musique et le rite se rattachent à la mystique musulmane, le soufisme, et celle des Gnaoua, plongeant ses racines dans l’Afrique Noire.

La suite :

La Causerie Musicale #18 | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S.

Retrouvez les références musicales et bibliographiques citées dans le programme sur le blog de la causerie musicale

Le podcast est également disponible sur itunes et spotify.

Belle écoute!

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