Et si les musiques créoles étaient notre soul music?!

Avec le podcast "la Causerie Musicale", nous continuons aujourd’hui à sillonner aux bordures hexagonales, aux frontières musicales de France pour révéler le patrimoine musical francophone des marges. Cette semaine, sont évoquées les musiques antillaises et réunionnaises afin d'envisager notre moment musical ultramarin.

La Causerie Musicale | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S. La Causerie Musicale | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S.

 

De nouvelles écoutes s’établissent autour du répertoire musical antillais et réunionnais.
De quoi sont-elles le nom ou le vecteur ? Que disent-elles, en France, de l’évolution du regard collectif sur les cultures populaires et musicales ?

Quelques pistes pour tenter de répondre à ces questions. La musique est affaire de tendances, de créneaux, de moments où une conjonction de facteurs met sur le devant de la scène une esthétique. La club culture et le milieu rare groove se nourrissent de ces tendances, contentant par la même la soif de découverte d’une partie du public toujours prêt à expérimenter une nouveauté et suivrent les avis de leurs prescripteurs fétiches. Il y eu le trip-hop, étoile aujourd’hui éteinte, il y eu le revival deep funk, le moment dubstep… il y aurait aujourd'hui le moment créole. Il passera sans aucun doute, une nouvelle tendance conduisant les suiveurs à découvrir un truc encore plus frais. Les traces de ce moment n’en seront toutefois pas complètement effacées.

Avec ce phénomène de tendance s’ajoute le penchant contemporain à l’exotisme branché. On est loin du bon temps des colonies chanté par l’autre affreux de la chanson française. Non, ici, le goût pour l’altérité et le lointain se vit comme la démonstration d’une conscience de l’autre, d’une citoyenneté ouverte sur un monde globalisé où l’on circule allègrement entre ici et ailleurs. J’ai écouté il y peu l’expression post-exotisme dont je n’ai pas vraiment saisi le sens. Il s’agit peut-être de ça, le post-exotisme, ces citadins, vous ou moi, qui vont pas trop mal et vivent dans les villes monde (même si, pour ma part, je vis dans une ville moyenne dite "de province") et s’offrent le luxe de la découverte. un exotisme toujours assorti d’une asymétrie de position et de cet héritage bien occidentale de vouloir s’accaparer le monde.

L’hypothèse que je voudrais retenir quant à ce moment créole, recouvre une interprétation plus heureuse. Sans attester d’un travail de recherche sérieux qui pourrait confirmer mon impression, je n’en reste pas moins convaincu que cette attirance grandissante d’un public jeune et métropolitain, et souvent blanc, pour les musiques antillaises ou réunionnaises est un signe fort de la réalité multi-culturelle de notre société. Oui, en France, ce terme n’a pas bonne presse, il faut toujours y accoler mille explications et justifications. Je vous fais pleinement confiance pour le définir comme bon vous semble.

Nous vivons un temps culturel et artistique bien particulier. Moins celui de l’avancement, du nouveau, du tranchant, du génial que celui de l’hybridité et de l’entrelacement. Dans l’art, on recycle pour donner corps à des expressions non pas nouvelles mais nouvellement posées. On déplace notre regard, on change de perspective. Une partie, même infime (la variable quantitative n’a que peu d’importance) du public se reconnait ainsi dans les expressions musicales hybrides, transgenres et par extension créoles. On ne reconnait pas tant l’autre et le différent que soi-même et la manière dont on se pense au monde. La créolité est affaire d’invention. D’invention au monde. Fini la simple rigolade pendant la teuf du réveillon où Bernard passe la Compagnie Créole. Les musiques créoles, c'est du sérieux maintenant. Il y a un petit quelque chose qui s’est passé et j’ai le sentiment qu’en France, on est devenu fier de s’approprier un répertoire exprimant une profondeur, un esprit faisant largement défaut dans nombre de productions pop 'made in hexagone'.

Les musiques créoles, c’est notre soul music! Elles sont en passe de faire le cross-over comme le son Motown et la voix de Marvin Gaye l’on fait aux États-Unis. La France n’est peut-être pas si réac'! Le vieux monde se découvre une histoire et un présent musical qui résonnent au plus profond de nous-mêmes. Les tambourinaires du gwo-ka, la langue qui transbahute du maloya, la note bleue syncopée du jazz créole, le son digital naïf et brut du zouk… ce n’est pas seulement frais. Ça éveille l’esprit tout autant que le corps. Ça met en synergie la tête, les jambes et l’âme. Ça remue au sens plein du terme.

Pour la suite :

La Causerie Musicale | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S.

Retrouvez les références musicales et bibliographiques citées dans le programme sur le blog de la causerie musicale

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Bonne écoute!

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