Trois lectures musicales

Je vous propose quelques recommandations au rayon bibliothèque de la Causerie Musicale : une revue critique qui fait honneur à l’esthétique de la réception, un travail sur l'histoire de la modernité sonore et un essai autour de la musicienne Karen Carpenter et des États-Unis réactionnaires des années 70.

Pour commencer, je souhaite vous parler non d’un livre mais d’une revue. Il s’agit d’Audimat, une revue de critique musicale éditée par le festival Les Siestes Électroniques. Né à Toulouse, ce festival fêtera en juin prochain sa 19éme édition. Pour avoir vécu à Toulouse plusieurs années et participé ainsi à plusieurs éditions, je peux affirmer sans complaisance aucune que ce festival est unique en son genre. Festival de musiques électroniques, qui mélange les genres, les esthétiques et qui poursuit depuis sa naissance la volonté de faire écouter plutôt que faire danser sur les musiques émergentes de notre temps. Au rang de bons souvenirs d’une écoute estivale, tranquillement allongé dans un parc de la ville : les sets de Juan Atkins, de Thomas Fehlmann ou du duo allemand Funkstorüng.


Dans la droite ligne d’une démarche de programmation exigeante mais accessible, l’équipe du festival a lancé une revue il y a quelques années. Je reprend les mots de présentation de la revue sur son site internet : "une écriture sur la musique libérée des contraintes d‘actualité et des formats de la presse périodique. Audimat veut rendre compte de la situation actuelle de la pop music, et l‘éclairer par son histoire. Il s’agit de recenser ce qui se passe, d‘aller s‘entretenir avec la musique et son évolution, de se plonger méthodiquement dans l‘expérience musicale, et dans ce qu‘elle implique sur le plan des médiations, de l’imaginaire, de la société, de la pensée, de l’affectivité."

La Causerie Musicale #20 | © Musique pour l'Imaginaire La Causerie Musicale #20 | © Musique pour l'Imaginaire

 

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Pour le second conseil lecture, j’aimerais me pencher sur un livre de Jonathan Sterne, enseignant l’histoire culturelle et les théories de la communication à l’Université McGill de Montréal: une Histoire de la Modernité Sonore.


La thèse principale de Sterne est de déconstruire l’idée que notre contemporanéité culturelle est le fruit de l’ère de l’image et que nous serions donc strictement une société de l’image. Pourtant, au commencement, avant même notre naissance, dans le ventre de notre mère, nous entendons avant de voir. Il documente surtout que la modernité occidentale s’est structurée fondamentalement autour des technologies sonores et de leur essor. Le son est partout, dans l’évolution des sciences, les mutations de la médecine, l’émergence des mass media…


Il explique comment les inventions et développement de la téléphonie, de l’enregistrement sonore et de la radiophonie procèdent d’un champ socioculturel similaire et sont donc interconnectés. Il évoque également, la naissance et les premières utilisation du phonographe, le son comme problème industriel, les vifs débats autour de l’authenticité et de la fidélité dans le processus de reproduction sonore...

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Pour finir, en guise de troisième recommandation de lecture, je veux vous parler de la Disparition de Karen Carpenter par Clovis Goux, journaliste et cofondateur du label Dirty. Vous avez forcément entendus une chanson des Carpenters, ce groupe formé par un frère, Richard et une soeur, Karen, deux enfants de la classe moyenne américaine qui, durant la décennie 70, représentent, en musique, le retour à l’ordre moral. Contre les valeurs libertaires du mouvement hippie, leurs plus grands tubes « Close to You », « We’ve Only Just Begun » ou « Rainy Days and Mondays » penchent volontairement du côté de la réaction d’une Amérique aux valeurs éternelles et blanches qui, dans le même temps, sombre dans le chaos du Vietnam.

La suite :

La Causerie Musicale #20 | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S.

Retrouvez les références musicales et bibliographiques citées dans le programme sur le blog de la causerie musicale

Le podcast est également disponible sur itunes et spotify.

Belle écoute!

 

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