Quand la france (musicale) vise l'espace

La suite de la série sur les frontières musicales de France avec cette semaine une disco spatiale made in France avec pour personnages Arpadys, Sauveur Mallia, Pierre-Alain Dahan, Slim Pezin, Bernard Fevre, Black Devil Disco Club, Minimoogli, Cosmos n°1, Marc Cerrone, François de Roubaix, Pierre Vassiliu, Umberto Ibach....

La Causerie Musicale | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S. La Causerie Musicale | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S.

Vous ne connaissez certainement pas Frédéric Mangeon. Il est violoniste classique de profession. Il travaille à Paris et enregistre pour d’autres. Il exerce surtout ses talents d’instrumentistes entre les murs de studios, à l’abri des regards. Un musicien de studio. Ça, c’est pour la face A. Face B, Fred est Minimoogli, un producteur de musiques électroniques et un dj, amoureux de house, d’afrobeat et de disco. Pendant quelques années, il dirigea une aventure discographique, à la barre d’un label indépendant, Tubetracks. Un jour, alors qu’il avait terminé une session en studio, il discutait avec l’ingénieur du son maison. Au centre de la discussion, la disco et le rare groove made in France. C’est alors que ce même ingé son dit à Fred « Mais tu sais, on a toujours des bandes de l’époque qui trainent en stock. »

Les bandes en question appartiennent au label Télé Music, un illustre label français d’illustration musicale. Les morceaux eux sont ceux d’un projet musical français qui pris différentes dénominations : Arpadys, Disco & Co ou Spatial & Co. De la disco dites cosmic ou space disco, qui à l’époque passa complètement inaperçue pour être trois décennies plus tard recherchée par des djs et dans les radars de la tendance musicale qui secouait alors le milieu électronique underground.
Arpadys, c’était 6 bonhommes : George Rodi, Jean-Pierre Sabar (ou Jean-Pierre Guigon dans le civil), Marc Chantereau, Pierre-Alain Dahan, Sauveur Malia et Slim Pézin. Des musiciens de studio eux aussi. Des compositeurs et arrangeurs qui ont surtout travaillé au service des autres et en particulier des têtes de gondoles de la variété et de la pop française. Et puis, le soir venu, quand ils gardaient les clés du studio et qu’ils étaient enfin libérés des contraintes d’un producteur qui espérait bien enregistrer le prochain tube pour payer sa résidence secondaire à Marbella, ils convoquaient la disco et l’espace comme side project.

Space disco, cosmic disco ou la digestion bien européenne de la révolution qui secoua la planète musicale dans les années 70, ou plus exactement pour le pic de production, entre 1977 et 1979. Pendant ces trois années, tout le monde va faire son morceau de disco, aux États-Unis bien sur mais également en Europe et dans le monde entier ou presque. Si t’es pas disco t’es perdu! Les majors se ruent sur la poule aux œufs d’or et vont la dépecer jusqu’à la mort clinique. La France ne déroge pas à la règle et tout le monde veut son hit disco. Les producteurs et managers flairent l’affaire et poussent leur poulains à enregistrer des titres censés faire danser. Il en ressortira une somme considérable de morceaux indigestes, des espèces d’ersatz sonores sans âme ni idée. Il en sortira également des perles, qui font le bonheur encore aujourd’hui des djs. 
En France, un batteur va mener la danse, tel un Hamilton Bohannon qui serait né à Vitry Sur Seine en 1952. Il va régner sur la planète disco hexagonale. Cerrone, Marc de son prénom, enchaine les hits. Si Bernard Fèvre est notre Kraftwerk, pour filer l'analogique allemande, Cerrone est notre Moroder.

Au milieu de ce tumulte, des musiciens, des compositeurs, des arrangeurs de talent, vont profiter du moment disco pour expérimenter à leur manière l’électronique musical. Parce que les années 70 sont également celles de la démocratisation des synthétiseurs analogiques qui deviennent les outils centraux du son cosmic disco.

Cosmic Disco © A.S Cosmic Disco © A.S

Je reviens sur Arpadys et cette histoire de bandes restées à l’abandon au fond d’un stock d’un studio d’enregistrement parisien. Fred s’empressa de les récupérer et envisagea ensuite de rééditer sous formes de compilations et de singles les titres qu’elles contiennent. J’ai découvert Arpadys avec Stone Roller, un titre qui m’envoya en l’air direct! La production est super précise, le son est cristallin, le groove millimétré. Le morceau ne respecte pas les canons traditionnels du genre disco. Déjà, c’est un instrumental. Vu que je suis très très très exigeant question voix, ça m’arrange! Ensuite, il n’y a pas ni drop ni césures marquées avec un pont censé révéler le climax du titre. Non, ici, on est sur une orchestration plus tenue et un séquençage qui donne dans la progressivité. On court à vitesse constante sur un plateau déjà élevé. Avec les sonorités de synthétiseurs, on gravite à bonne hauteur. La variante discoïde proposée n’est pas un vulgaire plagiat de la disco new-yorkaise originale. C’est une disco composée par des musiciens de studios opérant bien loin des pistes de danse et d’un rapport direct au public tandis que la disco, dans son essence même, est un genre musical dont les bases ont été largement pensées et définies par des producteurs et djs se confrontant chaque week-end à un dancefloor et cherchant la juste formule pour le contenter.

La suite :

La Causerie Musicale #07 | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S.

Retrouvez les références musicales et bibliographiques citées dans le programme sur le blog de la causerie musicale

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