Le Tout-Monde des Disques Espérance

A l'heure où certain.e.s nient le divers et le multiple qui caractérisent la société française, je vous propose une balade sonore dans le tout-monde du label français Disques Espérance dont l'approche était justement portée sur la fusion des genres et l'hybridation des identités.

Cet été, j’ai découvert le film Transes du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni consacré au groupe le plus populaire du Maroc, Nass El Ghiwane. Je vous en reparlerai bientôt, je vais consacrer cette saison une causerie à ce groupe et à ce film, véritable chef d’œuvre de cinéma direct. J’avais la chance d’être en compagnie d’un ami, Saâd, lui-même marocain qui agrémentait la narration cinématographique d’un sous-texte précisant le contexte, les lieux et le langage. A fin de notre visionnage, il sortit un disque de Nass El Ghiwane pour prolonger notre transe. Ce disque sans titre, si ce n’est celui du groupe, est paru en 1976 sur le label Disques Espérance.

Les Disques Espérances © Arnaud S. Les Disques Espérances © Arnaud S.

Je reconnus tout de suite le macaron au centre du disque, identique sur tous les albums sortis par ce label français. Son logo de couleur verte, une étoile et ses filaments, est visible dans la partie supérieure et centrale du disque, le fond vert est lui parcouru de lignes blanches plus ou moins obliques. Ce label, c’est une de mes quêtes de longue date, tant la ligne artistique et musicale de cette maison correspond à mon identité en devenir en tant que dj et producteur. Pour le second volet de cette série dédiée aux labels français, il me semblait donc indispensable de m’arrêter avec vous sur ce label indépendant au nom quasi messianique, les Disques Espérance.

Les informations disponibles sur cette aventure discographique sont maigres. Je sais qu’il est né sous l’impulsion de deux producteurs, Marcel Perse et Michel David, comme sous-division de leur maison mère Sonodisc. Les deux bonhommes étaient employés de Ngoma, un label congolais, et ont souhaité ensuite voler de leur propres ailes avec Sonodisc pour rééditer et distribuer les répertoires de labels africains, caribéens et sud-américains, proposant des éditions européennes d’albums de Oum Kalthoum, du label guinéen Syliphone ou des productions du génial inventeur camerounais Francis Bebey.

Les disques Espérances naissent en 1974 pour s’inscrire dans cette même approche, multipolaire, sans frontière et puissamment fusion. Je me suis toujours figuré les bureaux des Disques Espérances sur une île de l’archipel caribéen. Je crois même être tombé il y a quelques années sur une information dans le genre, attestant de la localisation antillaise du label. Qu’importe que ce fait ou plutôt cette projection soit véritable ou non. La ligne musicale du label le place sur cette terre du milieu, au centre du monde, dans les caraïbes, préférant aux étiquettes stylistiques et à l'essentialisme culturel l’étendard du divers, de l’hybride et d’une créolité qui devient davantage qu’elle n’est. 

Les disques Espérances distribuent ou produisent des fusions musicales à la fois issues et vecteurs d’une déterritorialisation, obligeant à abandonner nos repères cartographiques traditionnels pour une figuration du monde faite d’entrelacements et de circulations inarrêtables. Que cette maison soit française est révélatrice de notre réalité, la France n’étant point un hexagone mais bien un archipel s’étendant des Amérique à l’Océanie, en passant par l’Océan Indien.

Les disques Espérances sont donc des éditions archipel favorisant les ponts et les liens entre pays et zones continentales, des liens contraints par la géopolitique tandis que l’histoire des circulations mondiales forcées ou délibérés, des diasporas d’hier et d’aujourd’hui les rendent si spontanés en musique.

La suite :

La Causerie Musicale #15 | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S.

Retrouvez les références musicales et bibliographiques citées dans le programme sur le blog de la causerie musicale

Le podcast est également disponible sur itunes et spotify.

Belle écoute!

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