Danser ensemble, vivre ensemble!

Dans ce nouvel épisode du podcast, je cause de pistes de danse, de commun et de partage du sensible. Danser ensemble pour vivre ensemble!

Il y a quelques jours, en scrollant nonchalamment mon mur Facebook, vieux bonhomme que je suis à utiliser encore prioritairement ce réseau social rangé dans la catégorie has been par la plupart des kids, je tombe sur le statut d’un ami et partenaire de crime, Laurent : danser ensemble c’est vivre ensemble.

Il se demandait en commentaire s’il devait ajouter un point d’interrogation à cette sentence. Je lui ai répondu très vite que ça me semblait superflu et que nous nous devons, nous djs, de l’affirmer avec véhémence ! Pour être tout à fait juste, je lui ai suggéré d’ajouter à ce lieu commun un tantinet convenu et dépouillé de consistance, ce vivre ensemble auquel pas grand monde ne peut s’opposer, je lui ai suggéré d’ajouter "en hauteur". Une piste de danse qui fonctionne et je m’imagine un château dans le ciel, tel un duo house français ou le dessin d’un cinéaste d’animation japonais.

Le château dans le ciel que rien ni personne ne peut abattre ou saborder. Le château dans le ciel comme une humanité plurielle et éphémère, ce nous que notre monde contemporain a tant de mal à solliciter, nommer et vivre.
Il sera question de ce nous dans ce numéro de la Causerie. Cet ensemble qui se forme lorsque la soirée est bonne et que l’on peut enfin quitter les simulacres, rôles et costumes qui jalonnent notre quotidien pour embrasser tout groove chantant celui ou celle que l’on est ou désire être.

Cotonou Street Dance © A.S Cotonou Street Dance © A.S

Quand il s’agit de considérer les bons ingrédients pour faire d’une fête une vraie fête, il faut commencer par cette question : qui est présent dans le public ?

Comme nombres d’espaces, les pistes de danse ne sont pas obligatoirement des lieux que je qualifierais d’interstitiels, des lieux de frottement où se croisent et se rencontrent des groupes et individus aux profils différents. Les clubs sont pour beaucoup des lieux d’endogamie où les mêmes personnes dansent ensemble. Les clubs, surtout, choisissent leur public et le portier a donc une grande influence sur la composition de la salle. Les filtres, on les connaît : le prix à l’entrée, son look, le fait d’être raccord avec l’identité du lieu, l’origine sociale ou raciale pour les mauvais clubs qui pratiquent (encore) la discrimination (répréhensible faut-il le rappeler!) et tout un tas d’autres variables jamais complètement explicites. Le déterminant numéro un reste la capacité pour tout à chacun, vous ou moi, à se sentir à sa place dans telle ou telle soirée. A ce sujet, je vous conseille le dernier numéro du magazine Trax qui donne la parole à nombre de portiers historiques des clubs parisiens qui racontent leur métier et quelques anecdotes plus ou moins cool.

Pour qu’une piste de danse soit un lieu du commun, il faut donc introduire la notion d’inclusion ou de soirée inclusive. Une soirée où les portes sont grandes ouvertes, oui mais où le public n’est pas non plus le tout venant. Une piste de danse, c’est pas une foire !

Une piste de danse, c’est plutôt un tiers-lieu. On s’y invite le temps d’une nuit et on co-construit avec ses camarades d'un soir une ambiance, une vibe, une histoire, des histoires. Cette piste, cet espace, deviennent alors un sanctuaire où tous et toutes peuvent se mouvoir à l’envie, décrocher des écrans pour se regarder enfin, se frôler, se sentir, partager de l’énergie et de l’amour. Il faut donc disposer de la place nécessaire pour danser et veiller à ce que chacun respecte l’espace de l’autre. Une autonomie des individus pour le bien être collectif.

Avec le talent d’un bon dj, cette masse humaine prend forme et la communication entre le booth et le dancefloor s’établit. Une sorte de va et vient continuel, le dj cherchant à tracer un chemin à son auditoire, qui lui-même exprime implicitement des envies et des recommandations. On est tous là, au moment M.
Et surtout, il faut de la générosité.
On poursuit donc ce moment. Ce moment généreux où un fluide parcourt la salle et connecte les danseurs et danseuses.

La suite :

La Causerie Musicale #23 | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S.


Retrouvez les références musicales et bibliographiques citées dans le programme sur le blog de la causerie musicale

Le podcast est également disponible sur itunes et spotify.

Belle écoute!

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