Ariel Kalma, musique aux confins

Un épisode du podcast "La Causerie Musicale" consacré à l'album "Le temps des moissons" du musicien Ariel Kalma. Une musique de la verticalité, une musique à sentir et à vivre...

Ariel Kalma, est un musicien français resté à la marge de l’industrie musicale et des lumières de la pop music. Son œuvre, que la critique musicale a rangé dans la catégorie New Age, a été recemment redécouverte grâce à des rééditions. L’album Le Temps des Moissons, son premier, datant de 1975 a fait l’objet d’une réédition en 2015 par le label anglais Wah Wah.

Le Temps des Moissons par Ariel Kalma © Arnaud S. Le Temps des Moissons par Ariel Kalma © Arnaud S.

 

Ariel Kalma est saxophoniste. Dans les années 60, c’est un musicien de scène qui tourne pour le compte de Adamo, d'Higelin ou de Richard Pinhas. Mais très vite, les sentiers de la variété ou du rock sont trop étroits pour lui. Ariel est un chercheur, au sens plein du terme. Il ambitionne de sonder l’intime et le lointain au moyen des sons et de la musique.

Son credo? Le dépassement de la théorie musicale occidentale classique, l’affranchissement face aux règles de composition et aux voies nécessaires pour devenir musicien, la revendication qu’avant d’être musique, la musique est son. Ca tombe bien, à l’époque, il est loin d’être le seul en France à soutenir ces quelques thèses. C’est ainsi qu’il s’approche ou est approché, je n’ai pas le détail de la rencontre, par Pierre Henry, qui formalise alors une avant-garde musicale qui sera nommée musique concrète. Le principe est simple : dépasser la composition pour jouer des sons et des bruits. Ariel, ca l’intéresse et il va trainer ses guêtres au GRM, le Groupe de Recherche Musicale dirigé par Pierre Henry.

Mais très vite, il sent que cette famille n’est pas la sienne. Il se sent mal à l’aise au milieu de ces théoriciens qu’il considère certainement comme trop académiques dans leur manière d’ériger un courant musical lorgnant avec les musiques savantes. Précisément, il lui manque la dose de soul, d’âme qui constitue l’essence même de la matière musicale. C’est qu’en même temps, il s’initie à la méditation, qui à l’orée des années 1970 n’est pas cette pratique standardisée que les entreprises proposent aujourd'hui à leurs collaborateurs, histoire de faire rimer bien-être et productivité.


Ariel Kalma aspire à la verticalité. Il veut s’élever et par la même nous élever par les sons et la musique. Il part alors en Inde, voyager, méditer et étudier la musique modale et la verticalité de la gamme à 22 intervalles des musiques indiennes.

La musique de cet album est une musique improvisée, construites par strates et séries et dépouillée d’une structure rythmique conventionnelle. Une musique du mouvement vers le haut, flirtant avec le ciel, une musique d’élévation, invitant corps et âme à voguer et ouvrir les portes de quelques mondes inconnus.
Cette musique est une musique des confins du monde terrestre. Par-delà sa teneur esthétique et sa composante plastique, cette démarche musicale résonne en moi également par ce qu’elle suggère des lignes fragiles entre musiques expérimentales et populaires.

A l’écoute du Temps des Moissons, on se situe dans un univers musical semble t-il éloigné des canons des musiques populaires. Musique ambient, inspirée par le courant minimaliste, musique improvisée, avant-gardiste. Pas de couplet ni de refrain, pas de guitare ni de batterie, pas de mélodie à retenir. La démarche de Kalma invite de surcroit à se rassembler sur soi, sa musique titille quelques forces immanentes plutôt que de convoquer, dans la tradition des musiques populaires, un être au monde collectif et partageable.

Pourtant, Ariel Kalma n’a pas cherché à créer une musique proprement expérimentale. Il a simplement cherché un langage sensitif et émotionnel. Le Temps des Moissons propose une musique à sentir et vivre, plus qu’une musique à réfléchir.


La suite (enregistrement réalisé lors d'une écoute musicale samedi 21 septembre au Grin à Clermont-Ferrand) :

La Causerie Musicale #13 | © Musique pour l'Imaginaire © Arnaud S.

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