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Billet de blog 14 déc. 2016

SNCF : Analyse de la perte de compétitivité du transport ferroviaire

La SNCF n'assure plus depuis quelques années sa mission de service public consistant en particulier à offrir un service de transport local accessible et de qualité. Sa qualité de service est plus que mauvaise et les défaillances du réseau de plus en plus courantes, allant même jusqu'à la catastrophe. Je détaille ici les raisons de cette débandade annoncée.

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Il faut savoir que le fer subit une concurrence totalement déloyale de la route. Et personne n'en parle. Pourquoi ? Parce qu'il faut réfléchir un brin. Pas grand chose hein, mais trop pour ces tartuffes de Seux, Guetta, Lenglet et Couturier pour ne citer que les perroquets du service public... 
En quelques phrases. La SNCF porte depuis la fin des années 90 l'entièreté de la charge de maintenance du réseau. En d'autres mots : les impôts ne financent plus la maintenance du réseau ferroviaire. Encore autrement : la vente des billets de train doit payer le coût de la maintenance. 
Cette décision est purement politique. 
Et oui, car si nous étions face à la "beauté du libéralisme et de sa main magique", nous aurions réservé le même sort à la maintenance des routes. Nous aurions demandé aux usagers de la route (civils et entreprises) de payer pour chaque trajet réalisé sur la dite route. Nous leur aurions demandé une redevance à hauteur de l'impact de leur véhicule sur le réseau utilisé. Vous me direz, "oui et bien c'est le cas non avec les autoroutes ?". Et bien oui et non. 
Car d'une part, les autoroutes payantes ne représentent qu'un faible pourcentage des coûts de maintenance des infrastructures routières. D'autre part, car le prix payé par les usagers des autoroutes n'est absolument pas proportionnel à leur impact sur les infrastructures. 
Une semi de 42 T, c'est l'équivalent d'au mois 100 voitures (scénario optimiste certains vont jusqu'à un ratio de 1:10000) ! Je vous laisse imaginer si les camions devaient payer 100 fois plus que les bagnoles... 
Et dernier point, cerise sur le gâteau, en cas de déficit des concessionnaires, la collectivité rembourse le manque a gagner... 
Nous faisons donc face à une incroyable aberration : 1 T transportée sur 50 km par le fer coûte (en coût complet environné) beaucoup moins que le transport d'1 T transportée par la route, mais par la route, l'Etat subventionne une grande partie de ce coût... Bonjour la concurrence libre et non faussée. 
Ajoutons à cela les directives du livre blanc du transport européen (super dossier de Fakir, mais je ne retrouve pas le numéro) qui permettent l'impensable en laissant possible la création de commissionnaires de transport (en gros ce sont des concentrateurs de commandes de transport qui les affectent ensuite à d'autres entreprises) qui établissent des filiales dans les pays de l'est, leur permettant ainsi d'établir les commandes de transport à leur siège social en France et de faire transporter les marchandises par des conducteurs polonais payés au lance pierre. C'est illégal (ça s'appelle du cabotage) mais difficilement attaquable au vu du droit européen (libre circulation des travailleurs en particulier). 
De fait, la SNCF n'est donc plus compétitive en terme de fret depuis une bonne décennie et en terme de transport de personnes depuis macron et ses bus bidons. Et là c'est la spirale infernale : moins de commandes de transport, moins de recettes, moins d'utilisation du réseau capillaire, moins de budget pour la maintenance consacrée à ce réseau. 
Alors voilà, comme la SNCF est en très fort déficit et que l'Etat rechigne à payer ce déficit qu'il a créé lui-même (en n'affectant plus l'impôt à la maintenance du réseau), la SNCF se retrouve à rogner sur ses coûts. Et comme sa seule activité encore légèrement rentable c'est le TGV elle se focalise sur ce TGV. De fait, la desserte locale en pâtie directement, malgré des subventions locales très juteuses (dédiées au financement des trains).
Tout cela explique également l'explosion des prix des billets de train de ces 15 dernières années. Quand j'étais étudiant (début 2000), je pouvais traverser la France sans changement de train en 7h de trajet pour 20 € ! Et avec un billet seulement à - 25%, souvent pris la veille pour le lendemain. Il y a avait des trains corail partout, qui venaient d'être modernisés, tout confort. 
Voilà, il me semblait important que ces causes soient mises à plat et montrées aux citoyens et usagers des réseaux de transport.

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