Ce qu'il faut voir de la france insoumise - Au-delà de Mélenchon !

Je trouve vraiment dommage que la France Insoumise n'ait jamais été analysée par une approche de terrain, en s'appuyant sur les groupes locaux. C'est pourtant critique pour les élections et les possibilités de fédération des courants de la gauche radicale. Les média "amis" ont raté le plus important de mon point de vue !

 

Ma pensée politique est profondément inspirée par les courants politiques autonomistes. Anarcho-syndicalisme, anarchisme politique, écologie politique, épisode de la Catalogne libre. Ces courants me plaisent car je suis convaincu que la politique pour le peuple doit être construite et mise en oeuvre par le peuple. Et ce, en dehors de tout cadre autoritaire !

J'ai toujours été très critique des organisations partisanes, en particulier le parti de gauche, construit autour des prétentions électorales de Jean-Luc Mélenchon, ayant beaucoup de mal à dépasser ce cadre. J'étais donc très critique à l'égard de la France Insoumise. Encore plus de l'AEC qui m'a déçu sur pas mal de points (non régularisation de tous les sans papiers, service militaire, CSG... j'en passe).

...Et puis à plusieurs reprises j'ai eu l'occasion d'en discuter dans la rue avec des militants insoumis pendant leur tractage. 

Déjà je suis tombé sur des personnes qui acceptent tout de suite la critique. Et qui sont elles-mêmes critiques du mouvement. Ça m'a fait bizarre, ayant eu par le passé de nombreux échanges « animés » avec des militants du PG, du PCF, de LO et du NPA… Dont je n'ai jamais compris l'alignement partisan.

Ensuite j'ai découvert qu'ils étaient militants mais loin d'être fanatiques. Et ce concernant la personne de Mélenchon, le porte parolat national et le contenu de l'AEC.

Enfin, ils m'ont invité à venir dans leurs réunions, juste pour voir. Et là je me suis dis, tiens donc, c'est une secte leur truc…

Mais j'y suis allé. Et comme disent mes copains, « tu t'es fait embobiner par la secte ». Et bien oui, j'ai été séduit. Par l'autonomie du mouvement, par sa décentralisation, par sa remise en question de tout ce qui vient de Paris, par l'esprit de lutte locale, de combat électoral mais pas que. Par l'ouverture réelle du mouvement : tout le monde y est accepté ! On ne demande rien aux nouveaux venus à part leur prénom pour les tours de paroles. A ma première participation il n'y a même pas un mois, j'ai pu lancer un vote sur une de mes propositions qui a été acceptée. Et là je participe à la rédaction des argumentaires pour les candidats, aux échanges avec les autres orgas politiques, à la stratégie de communication. Sans qu'on m'ait demandé quoi que ce soit. Ni profession de foi, ni signature de la charte. Rien. Je me sens donc très libre et rien ne m'empêche de donner le fond de ma pensée critique dès que l'occasion se présente. Et les autres attendent ça de moi.

Et ce qui me désole c'est que j'ai du découvrir l'envers du décor tout seul. En lisant mediapart je restais uniquement sur une vision négative du mouvement, comme étant l'élan d'un seul homme, Mélenchon. Alors certes, il faut lui reconnaître que sans lui, le mouvement n'existerait pas. Mais le mouvement est en passe de dépasser son créateur. De ne lui donner qu'un rôle honoraire. Et de se prendre en main par lui-même.

Alors certes ce n'est pas le paradis politique, et il y a encore énormément de travail. Nous en sommes tous conscients mais gardons malgré tout le moral et l'envie de poursuivre le combat.

Pour aller plus loin, le mouvement a besoin d'intégrer encore plus de diversité sociale. Et pas que militante. Il nous faut des classes populaires en présence massive. Pour l'instant elles restent minoritaires, le mouvement est surtout porté par des militants diplômés...

Il nous faut encore plus de militants qui n'ont jamais milité. Encore plus de « gens » politiquement neufs. Avec des vrais convictions de gauche, mais sans aucun parti pris.

Il nous faut construire une nouvelle version de l'AEC. Avec une équipe du programme qui intègre les classes populaires et les militants locaux. Assez des programmes consolidés par les intellectuels.

Il nous faut définir une nouvelle façon de piloter le discours national, en s'inspirant des organisations syndicales. Je pense que les insoumis doivent devenir une forme d'organisation syndicale non directement connecté à l'entreprise. Un syndicalisme hors les murs. Sans carte.

Une formation collective et libre, permettant une implication à la mesure de son envie et de ses moyens.

Si mediapart et les autres journaux "amis" avaient eu l'audace d'analyser la france insoumise par ce prisme, je pense qu'il aurait été beaucoup plus facile de fédérer les gauches radicales. Je crois les insoumis prêts à changer de nom si c'est la seule condition. Je nous crois prêts à nous libérer de l'influence de Jean-Luc Mélenchon sans renier la qualité de ses analyses et de ses discours, sans renier sa paternité du mouvement (mais surtout le rôle de Chantal Mouffe dans cette initiative !). Je crois que ce qui compte uniquement pour les insoumis c'est de construire le futur de la gauche sur les fondations mises en place par la FI. En respectant ses militants locaux, non partisans, qui veulent rompre avec la cuisine politique à l'ancienne. Voilà ce qui explique ma déception profonde. Je trouve que nos medias amis ont raté quelque chose d'important, vraiment. Ils sont passés totalement à côté du caractère révolutionnaire de cette organisation réellement nouvelle.

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