Marche et invente ta vie

Bernard Ollivier est un marcheur «au long cours», lui qui a marché et écrit, entre autres sur la Route de la Soie, (quatre volumes et un grand succès de librairie), cette fois commente la marche des autres. Pas n'importe lesquels, ceux qui dans le cadre de l'Association qu'il a crée, entament une marche «pour inventer leur vie». (Ed. Arthaud 2015)

Bernard Ollivier est un marcheur «au long cours», lui qui a marché et écrit, entre autres sur la Route de la Soie, (quatre volumes et un grand succès de librairie), cette fois commente la marche des autres. Pas n'importe lesquels, ceux qui dans le cadre de l'Association qu'il a crée, entament une marche «pour inventer leur vie». (Ed. Arthaud 2015) Ce n'était pas un marcheur, mais la marche l'a rajeuni, une sorte de résilience et, l'ayant expérimentée, son parcours l'a amené à créer une association pour faire marcher des jeunes en grande difficulté.

Persuadé des effets bénéfiques de la marche, Bernard Ollivier anime depuis plus de douze ans l'action de Seuil. Association qui accueille, par la marche, un mineur confié par un Juge des Enfants, dans le cadre civil ou pénal, (parfois comme alternative à l'incarcération). Un accompagnant, engagé par l'Association, aura la tâche de l'emmener, pendant trois mois au bout du chemin, plus exactement d'un chemin, qui pourrait être Roncevaux-Porto en passant par St Jacques de Compostelle et Cabo Fisterra (1400 km); [voir le documentaire de Stéphanie Paillet].

Beaucoup de jeunes, la majorité, sont arrivés au bout des cent jours de marche. D'autres ne tiennent pas le contrat et, pour des raisons très diverses interrompent et décident de rentrer chez eux, en internat ou retournent en prison. L'association ne fait pas de sélection, tout jeune proposé par les travailleurs sociaux de la justice (PJJ) ou des conseils généraux (ASE), qui fait une lettre de motivation argumentée en fonction de ses connaissances, pour lequel un juge des enfants ordonne un séjour de rupture, et le voilà parti, sac à dos et petit matériel de camping reparti entre lui et l'accompagnateur. Trois interdictions, pas de shit, pas de musique-MP3, pas de téléphone portable, une obligation respecter le plan de marche minutieusement établi par le Directeur, Paul Dall'acqua, un ancien de la PJJ.

Un jeune et une accompagnatrice sur l'un des chemins de Saint-Jacques, en Espagne.

Un jeune et une accompagnatrice sur l'un des chemins de Saint-Jacques, en Espagne. © Julien Guerrero

Et le résultat de tout ça? Peut-on se demander. C'est ce que Bernard Ollivier a voulu savoir. C'est aussi la question qui lui est posée à chaque rencontre avec ses lecteurs ou par les autorités de tutelle qui contrôlent activité de son Association (Justice et Aide Sociale à l'Enfance) : retour sur l'investissement !!! Pour Bernard Ollivier une conviction, la marche est une source d'énergie, de rencontres, d'apprentissages divers et multiples. D'aucuns disent qu'elle pourrait s'apparenter à de la thérapie (on peut en tout cas affirmer qu'elle peut avoir des effets thérapeutiques). L'autre conviction de Bernard Ollivier c'est son engagement contre l'incarcération des mineurs (prison ou centres fermés) qui lui semble une école de récidive.

Pour ce livre, Bernard Ollivier a choisi un panel de jeunes (quatorze garçons et filles) anciens-de-Seuil, qu'il a réussi à joindre et qui ont accepté de témoigner sur leur expérience de marche quelques années après ce "séjour de rupture" (depuis 2002). Une constante à partir de leurs dires, l'autonomie acquise, un regain de confiance en soi, la fierté d'avoir accompli un acte peu commun, de se prouver et prouver aux autres des nouvelles capacités. Et un sentiment diffus, pas toujours très affirmé mais comme une «force intérieur» qui semble faire son chemin, à des rythmes différents et des circonstances diverses mais la sensation que quelque chose est à l’œuvre pour soi. On peu dire que seul le jeune saura, le moment venu, tirer une conclusion qu'on devine, parfois confusément, en train d'élaboration.

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Sur la façade du siège de Seuil par Jean-Marc Paumier, peintre de rue sous la signature "Rue meurt d'art"

Au delà de l'intérêt du récit, enrichi par les qualités de conteur de Bernard Ollivier, qui sait bien nous faire partager ces bribes d'histoires de vie, ce livre lance plusieurs pistes de réflexion. Aussi bien dans le cadre de la justice que de l'action éducative, c'est une ouverture à des réponses alternatives qui ne sont pas des recettes arrêtées, mais des propositions à la recherche et à la créativité dans l'accompagnement de jeunes adolescents en difficulté. Ceci soulève aussi la question de l'alternative à la prison, de la méthode qui pourrait permettre d'observer et regarder autrement, face à l'enfermement des mineurs et jeunes adultes. On peut aussi évoquer la place de l'école et le rôle qu'elle joue ou pas dans la curiosité de ses élèves: "Qu'as-tu appris à l'école aujourd'hui mon fils, à l'école aujourd'hui"...

Cette expérience vient surtout questionner notre propre capacité à entendre autrement ces jeunes et leurs familles en précarité et stigmatisés. Comme le commentait, Catherine Sultan, Juge des Enfants, «nous n'avons pas le droit de ne pas prendre de risque». Quand on incite un jeune à "inventer ta vie", comme le fait Bernard Ollivier c'est parce que on y croit et qu'on sait qu'il n'y a que lui qui peut donner sens à cette expérience personnelle. De notre côté nous pouvons y contribuer en soutenant SEUIL. www.assoseuil.org

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