Aniki Bóbó à Manoel de Oliveira!

Le dernier film que j'ai vu en salle de Manoel de Oliveira c'est un de ses premiers, Aniki Bóbó, sorti en 1942. Écrit trois ans plutôt, une très libre adaptation d'un conte de Rogério de Freitas, publié dans la revue d'art et critique Presença en 1935. Le film a été présenté dans le Cycle Enfants des Villes, à la Cinémathèque Française en décembre 2013.

Le dernier film que j'ai vu en salle de Manoel de Oliveira c'est un de ses premiers, Aniki Bóbó, sorti en 1942. Écrit trois ans plutôt, une très libre adaptation d'un conte de Rogério de Freitas, publié dans la revue d'art et critique Presença en 1935. Le film a été présenté dans le Cycle Enfants des Villes, à la Cinémathèque Française en décembre 2013.

Il raconte l’histoire d'un groupe d'écoliers, des garçons qui en venant de l'école croisent une petite fille dont le « chef » est amoureux. Une rivalité va naître avec un autre jeune, un peu rêveur. Tout ceci entre-coupé par des moments studieux, dans la salle de classe et un pathétique maître d'école de l'époque ou le patron du magasin « loja das tentaçôes » où on trouve de tout, du tissu, des bonbons, des belles poupées... La ligne de chemin de fer y joue un rôle important ainsi que le fleuve.

Nous y découvrons la Ribeira, quartier populaire au bord du fleuve, au pied du pont (construit par un disciple d'Eiffel) à Porto. Lors du casting avec les enfants, Manoel de Oliveira les a entendu dire une comptine, Aniki Bóbó, qui est devenu le titre du film.

Lors de cette séance, un dimanche de décembre 2013, la salle était pleine d'enfants qui ont applaudi, presque soixante-dix ans plus tard. C'est ma façon de rendre hommage à Manoel de Oliveira, cinéaste portugais, doyen des réalisateurs, mort hier à l'âge de 106 ans.

Une très longue longévité cinématographique. Un premier film, au temps du muet, Douro Faina fluvial, à l'âge de 23 ans (1931), un hommage à sa ville natale Porto et à son fleuve le Douro, jusqu'à son dernier, O velho do restelo, en septembre 2014. Au moment de sa sortie il disait qu'il en avait encore dans ses cartons...

Antonio Santos, dessin à Porto-Cartoon, 2013

Son œuvre est très diverse, pour beaucoup inspirée par la littérature portugaise mais aussi française. Un film documentaire-fiction, fait en 1962, le tournage de Acto da Primavera (Mystère du printemps) qui est la célébration par la population d'un village du nord-est du Portugal (Curalhas-Chaves) de la Passion du Christ. C'est à ce moment-là que j'ai eu l'occasion, très jeune, de rencontrer Manoel de Oliveira, le Ciné-Club de Porto ayant organisé une visite sur le lieu de tournage. En 1963 un court-métrage A Caça (La chasse) lui procure des problèmes de censure avec les autorités portugaises et il est interrogé par la PIDE (police politique portugaise) sur certains propos du dialogue entre les deux protagonistes, partis chasser, sans fusils...

Il me semble que c'est surtout à partir de la révolution des œillets (1974) que son pouvoir créatif s'affirme, après le Passé et le Présent (1972) une pièce de théâtre adapté au cinéma, d'une veuve qui vénère ses défunts maris tout en dénigrant le vivant.

Ce sont des écrivains portugais avec lesquels il va trouver arguments et scénarios, notamment Agustina Bessa Luis (écrivaine contemporaine) ou Camilo Castelo Branco (écrivain du XIXème, traducteur de Chateubriand). Manoel de Oliveira était très attaché à la culture française, un ami de Henri Langlois qui l'a fait connaître en France, ayant filmé Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Chiara Mastroianni, Michael Lonsdale, Michel Piccoli mais aussi Claudia Cardinale. Ses deux avant-derniers, L'Etrange Affaire Angélica (2010) et Gebo et l'Ombre (2012), me semblent des films très aboutis où on trouve toute la magie et singularité de son cinéma.

Catarina Morais, dessin à Porto-Cartoon, 2013

 Une rétrospective e son œuvre  a eu lieu, en septembre 2012 à la Cinémathèque Française. On peut visiter le site et voir notamment la vidéo d'une riche et émouvante rencontre entre Manoel de Oliveira et l'écrivain italien, spécialiste de Pessoa Antonio Tabucchi. qui nous a quitté il y a trois ans /espace-videos/dialogue-entre-manoel-oliveira-antonio-tabucchi

Antonio Tabucchi, Manoel de Oliveira à la Cinémathèque Française

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