Servier sévit toujours

Les laboratoires Servier, connus pour avoir produit le Mediator, dans le commerce en 1976, jusqu'en novembre 2009, après qu’Irène Frachon ait dénoncé le scandale d'un médicament qui serait responsable de la mort de plus de 500 morts (on compterait aujourd'hui 2940 victimes connues) et publié un livre Mediator, combien de morts ? édition Dialogues.

Les laboratoires Servier, connus pour avoir produit le Mediator, dans le commerce en 1976, jusqu'en novembre 2009, après qu’Irène Frachon ait dénoncé le scandale d'un médicament qui serait responsable de la mort de plus de 500 morts (on compterait aujourd'hui 2940 victimes connues) et publié un livre Mediator, combien de morts ? édition Dialogues.

L'enquête pénale est terminée depuis avril 2014 mais la Justice semble avoir du mal a ouvrir le procès [voir Mediator : vers un procès parisien escamoté en 2015 , article de Michel de Pracontal, le 16 janvier 2014].

Depuis, le groupe Servier utilise tous les artifices juridiques qui lui permettent de baisser le taux des indemnités dues aux victimes, voire les refuser, usant d'une véritable «guérilla de procédure» pour retarder le versement d'une quelconque somme.

Encore récemment une patiente, handicapée à vie du fait du Mediator, s'est vue refuser l'indemnisation faute de temps du laboratoire pour examiner son dossier. Dans ces cas c'est l’ONIAM, organisme d’État chargé d’indemniser les victimes, qui fait l'avance, devant être remboursé ensuite par Servier. Mais à son tour, l'administration est confrontée aux mêmes méthodes de la maison-Servier. Si Mediator concernait directement les victimes de ce médicament-meurtrier, là ce sont aussi les contribuables qui risquent d'être les payeurs en lieu et place des fautifs.

 Paru dans Rue 89, ce dessin de Baudry * le 4 mars 2011

 C'est ce récent épisode qui a été à l'origine de la nouvelle initiative d'Irène Frachon , en lançant fin août 2015, le manifeste des trente, réunissant des personnalités du monde médical et des citoyens, dénonçant l'attitude du laboratoire Servier envers les victimes du Mediator. Ce manifeste invite également les professionnels à «reconsidérer leurs liens avec le groupe pharmaceutique». En effet l’association Regards citoyens a révélé que Servier, avec un chiffre d'affaires de 4 milliards d’euros a dépensé 13,22 millions en "cadeaux et contrats" au profit de praticiens entre janvier 2012 et juin 2014. Il y a donc encore dans ce pays des professionnels de la santé qui ne semblent pas informés ni questionnés par les pratiques de Servier. J'insère dans le premier commentaire le texte du manifeste des 30 et le lien si on souhaite le signer.

Sur RTL, Irène Frachon expliquait que les "Les avocats de Servier savent faire feu de tout bois avec un cynisme et une cruauté qui dépassent l'entendement". Et elle ajoute "Dans des dossiers caricaturaux, où on a la preuve de tout, de la prise (du médicament), du dommage, du drame, ils contestent tout".

La médecin accuse l'avocat Jacques Antoine Robert de ralentir les procédures. "Le laboratoire Servier va indemniser toutes les victimes à condition que cela ne coûte rien. Or aujourd’hui, il y a des factures lourdes qui arrivent chez Servier, de patients dramatiquement handicapés, et là Servier ne veut plus payer. C’est officiel depuis juin dernier."

L'avocat dément ces accusations et dit qu'il dispose d'une équipe d'une dizaine d'avocats qui travaille quotidiennement sur ce dossier.

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La pneumologue Irène Frachon

Les Laboratoires Servier, dans un communiqué, publié le 27 août 2015 "dénoncent la polémique lancée sur internet appelant les médecins soignants à réévaluer la pertinence des liens les unissant au laboratoire". Servier assure collaborer avec les partenaires et reconnaît toutes manifestations d'ordre médical qui "respectent les exigences de transparence et l'éthique médicale". Il est tout de même surprenante -et indécent- ces références à la transparence et à l'éthique, de la part d'une entreprise qui est le contraire de ces pratiques.

Un communiqué de presse de l’Office nationale d’indemnisation des accidents médicaux avertit que c’est l’argent public qui va indemniser "ses patients à la place de Servier du fait des multiples contestations du laboratoire."

Et les politiques?

On sait que Jacques Servier avait su s'entourer de «politiques», à force de largesses "sonnantes et trébuchantes" et de tapes dans le dos. Douste Blazy, qui fut ministre de la Santé et maire de Lourdes a obtenu pour l'équipe de foot locale autour de 300.000€ (environ 45.000 euros, en 1998). Un autre ministre Jean-Bernard Raimond, ministre des affaires étrangères du gouvernement Chirac(1986-1988), puis ambassadeur de France. Il a aussi été député RPR des Bouches-du-Rhône de 1993 à 2002, et vice-président de la commission affaires étrangères. Il a été salarié de Servier du 1er janvier 1992 à sa retraite le 30 juin 1999, alors qu'il était député. Il aurait perçut plus de 1 200 000 €.

Le cabinet du jeune avocat Nicolas Sarkozy avait beaucoup conseillé Jacques Servier y compris dans la création d'une Fondation, dont le but «c’était d’éviter de payer des impôts». Lors de la remise des insignes de la grand-croix de la Légion d'Honneur, en juillet 2009, Sarkozy avait rappelé cette collaboration: «Vous avez fait de votre groupe une fondation ; Raymond [Soubie] et moi y avons joué un rôle», visiblement admiratif... un an plus tard éclatait le scandale Mediator.

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Jean Jaurès : que reste-t-il de son héritage? Henri Nallet chez Servier?

Un autre politique a également beaucoup conseillé Jacques Servier. Il s'agit d'Henri Nallet, ancien ministre socialiste de l'agriculture et de la justice. Il aurait perçu 2,7 millions € entre juin 1997 et décembre 2008, en tant que directeur dans différents départements des Laboratoires Servier et conseiller du patron, Jacques Servier. Ensuite, de 2009 à avril 2013, un revenu annuel de 812.000€, au titre de consultant de l'entreprise. Ni les révélations d'Irène Frachon, ni l'ouverture d'une enquête judiciaire n'ont ébranlé la confiance de M Nallet dans la maison-Servier. Et il n'a pas vu non plus aucune incompatibilité entre sa posture et celle de Jean-Jaurès. Il est le Président de la Fondation Jean Jaurès. Il est par ailleurs président du Haut Conseil de la coopération agricole (HCCA), depuis mars 2015.

Bien entendu, aucun de ces «politiques» n'est impliqué dans l'affaire du Mediator... Mais il y a de quoi s'interroger sur toute cette «corruption de la démocratie» dont la République exemplaire paraît minée!

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