Médiation familiale: un anniversaire

Depuis plus de trente ans que la médiation familiale s'exerce en France, en situation de séparation et divorce, pour aider les personnes en conflit à trouver une réponse équitable. “Le conflit permet de prendre conscience de son individualité et de l’altérité, qui autorise la reconnaissance de l'autre dans sa différence. La médiation traite, ainsi la confrontation des différents points de vue”.

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Le dispositif de la médiation consiste dans un processus mettant en présence les deux parties en conflit et de rechercher en commun une autre compréhension de leur conflictualité.

Il s'agit d'amener les personnes à sortir des positions figées et définitives qui nourrissent l'affrontement, pour se rendre compte des intérêts qui motivent chacune dans l'objet qui les oppose.

Les professionnels ont moins à s'occuper du contenu du désaccord (qui appartient à chacun) mais davantage au cadre des échanges qui permettra, sinon une solution, en tout cas la réponse la mieux adaptée et proche des intérêts de chacun.

En effet la ou le médiateur n'exprime ni décision, ni conseil. Son rôle est de faciliter des échanges francs, de guider chacun et ensemble à manifester sa démarche et ses besoins.

Plus facile à dire qu'à faire, mais l'esprit de médiation (vouloir trouver une sortie au différend) est une démarche utile et nécessaire dans la vie de tous les jours. La médiation, d'une façon générale, peut être entendue comme une façon de s'inscrire dans la vie et dans les choses, dans le rapport à l'Autre, presque une attitude philosophique.

Une empathie envers les autres, qui ne se caractérise pas par une attitude naïve face au conflit mais un état d'esprit ouvert à ce qui est en jeu et ce dont le désaccord est le révélateur.

Curieux, peut-être même mal venu, d'évoquer la médiation à un moment où la société paraît de plus en plus conflictuelle, et les raisons d'être en guerre sont un facteur commun dans le récit quotidien du monde. Les discours de Trump, de Bolsonaro ou d'Orban... sont les manifestes de la volonté d'imposer leur point de vue, leur loi en niant l'Autre. La Macronie face aux gilets jaunes est dans cette même position défendant chacun des intérêts divergents, manifestement de classe possédante d'un côté méconnaissant l'attente de reconnaissance et de survie matérielle de l'autre; l'écologie (point de départ du conflit) étant bien loin de leurs préoccupations.

C'est peut-être un argument supplémentaire pour défendre et partager l'intérêt collectif du principe de la médiation...

Médiation généraliste et familiale

La médiation généraliste s'est développée en France, notamment depuis qu'un premier Médiateur de la République ait été nommé. Ce fut en 1973. Par la suite dans les municipalités, services publics, entreprises, même les grands journaux et radios ont crée ce poste.

Je ne sais pas si la médiation a apporté, d'une façon globale, moins de conflits et plus d'harmonie... entre les usagers et les cheminots cet été. Les recours dont j'ai eu à connaître se limitaient aux disparités de remboursement dont les annulations ou retards importants des trains ont pu susciter des conflits avec l’administration de la SNCF.

La médiation familiale, vers la fin des années 80 s'est orientée vers les questions de la sphère privée et en particulier lors d'une séparation ou d'un conflit opposant des époux, des concubins, des parents voire des grands-parents/parents... Le travail en médiation dans les conflits de ce qu'on appelle la “résidence (garde) alternée des enfants, est parfois une opportunité pour travailler aussi sur la parentalité et sur la protection de l'enfance. La médiation familiale n'est pas une réponse univoque aux conflits familiaux, c'est une approche, comme toute relation humaine, avec des avantages et des limites...

D'inspiration québecoise, la médiation familiale a réussi en France à disposer dans les années 90 d'un cadre institutionnel suffisant pour créer des VAE (validation des acquis d'expérience) et ensuite un diplôme d’État, permettant l'exercice de la profession par des médiatrices/médiateurs diplômés...

Souvent suggérée par les JAF (Juge aux Affaires Familiales), les avocats du contentieux familial s'en sont beaucoup approprié de la médiation familiale. Une filière avocats-médiateurs a même été créée.

Reste que l'exercice de la médiation familiale fait appel à un savoir faire juridique, psychologique, social mais aussi à un savoir être de bienveillance et de disponibilité.

La société n'est pas très disponible actuellement à la médiation, le législateur et les services du ministère de la justice ne donnent pas de signes pour que la médiation, au sens large, soit autrement reconnue. Le discours ambiant dit qu'il faut diminuer le recours au Juge ce qui en réalité cache simplement la volonté de réduire les dépenses dans une vision comptable des rapports sociaux et humains.

Je reste persuadé de l'importance de la médiation, comme recherche de résolution des conflits et pour maintenir ou recréer les liens. J'ai eu à suivre quelques timides mais concluantes expériences notamment auprès de jeunes collégiens délégués de classe, voire dans des écoles primaires pour vivre autrement en cours de recréation...

C'est pour moi l'occasion de signaler les 30 ans de l'APMF (Association Pour la Médiation Familiale) ** [http://www.apmf.fr- ] qui réunissant des professionnels de la médiation familiale a élargie son champ d'intervention avec des professionnels du social, de la santé mais aussi juristes, avocats, éducateurs, notaires bref, des personnes compétents dans leur spécialité et susceptibles de s'intéresser à l'Autre sans jugement ni à priori.

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